Accueil Info Info en continu REPORTAGE. À Varades, sur les bords de la Loire en crue, les autorités s’inquiètent, les habitants moins

REPORTAGE. À Varades, sur les bords de la Loire en crue, les autorités s’inquiètent, les habitants moins

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photo  chez henri et monique, à varades, on trinque à la loire, qui pour le moment n’a pas occasionné de trop gros dégâts dans le secteur.  ©  ouest-france 2

Chez Henri et Monique, à Varades, on trinque à la Loire, qui pour le moment n’a pas occasionné de trop gros dégâts dans le secteur. © Ouest-France

À Varades, à l’est de la Loire-Atlantique, les habitants du village de pêcheurs de la Meilleraie profitent du paysage, unique, que leur impose la crue de la Loire. À quelques pas de là, 392 habitants, pourtant éloignés du fleuve et protégés par une digue, ont reçu l’ordre d’évacuer. La majeure partie n’a pas suivi la consigne.

« Allez on trinque ? » Oui mais à quoi ? « À la fin du chantier de peinture à l’intérieur de la maison. » Mais aussi et surtout : « À la Loire ! » Chez Henri et Monique, alors que les eaux du fleuve en crue sont au pas de leur terrasse, l’ambiance est à la détente. Et à la contemplation. « Ce n’est pas tous les jours que l’on voit ça. C’est un spectacle. On ne s’en lasse pas », lâche Henri, pourtant habitué. « J’ai 82 ans et j’ai toujours vécu ici, à la Meilleraie. »

Dans ce petit village de pêcheurs de Varades (commune déléguée de Loireauxence) faisant face au Mont-Glonne et à l’abbatiale de Saint-Florent-le-Vieil, on a eu beau chercher, on n’a point trouvé âme qui redoute les débords de la Loire. Qu’importe si le jardin est sous les eaux. Qu’importe si la route est inondée. « On a la barque pour se déplacer. » Pas du tout inquiets, Monique et Henri ? « Du tout, assurent-ils. Il faudrait qu’on ait de l’eau jusqu’à la fenêtre pour qu’on se fasse du souci. » Ce n’est arrivé qu’une fois depuis qu’ils vivent ici. En 1982. Pas question, donc, pour l’heure de monter les meubles sur parpaings. Encore moins d’évacuer !

« C’est quoi ces conneries ? »

Le village de la Meilleraie a les pieds dans l’eau. Mais, ironie du sort, ce sont les habitants des lieux-dits voisins, situés de l’autre côté de la digue SNCF et ayant les pieds au sec, qui ont reçu l’ordre d’évacuer. Au total, 392 Varadais ont reçu un SMS sur les coups de 14 h leur intimant l’ordre de quitter leurs résidences. Cela ne s’était jamais produit.

Une heure plus tard, dans les lieux-dits concernés, l’heure était à la stupéfaction. « C’est quoi ces conneries ? lâche un habitant. L’eau ne va jamais venir jusqu’ici ! » Au plus près, 400 m et une digue, donc, séparent les premières habitations de la Loire. D’autres, comme ce jeune couple, habitant le hameau de la Gare depuis trois ans, prennent le SMS au pied de la lettre et s’en vont vivre chez un ami. « On préfère être prudents. Si on nous demande de partir, c’est qu’il y a un risque. »

photo les habitants du village de la gare, à varades (loireauxence), pourtant au sec, ont reçu l’ordre de quitter leurs maisons.  ©  ouest-france

Les habitants du village de la Gare, à Varades (Loireauxence), pourtant au sec, ont reçu l’ordre de quitter leurs maisons. Ouest-France

Des habitants refusent d’évacuer

Le « risque », justement, c’est que la digue SNCF ne joue plus totalement son rôle. « Elle est fragilisée, constate Philippe Jourdon, le maire de Loireauxence. Son seuil de protection maximale, fixé par l’Établissement public de la Loire à 5,36 m, a été atteint en début d’après-midi. » La digue est à bout de forces. Pour la préserver, la SNCF va fortement limiter le trafic des trains ces prochaines 48 heures.

Du côté des habitants, l’appel à évacuer n’était que moyennement suivi ce mardi soir. La municipalité avait pourtant prévu d’ouvrir les portes du complexe sportif de Varades pour les personnes sans solution de relogement. « Certains ont trouvé refuge dans leur famille, chez des amis, note Philippe Jourdon. Une seule personne nous a sollicités pour être relogée. On l’a installée dans notre hébergement d’urgence. Mais la majorité des habitants est restée. On ne peut pas les contraindre à quitter leurs maisons. »

 
Basile Caillaud    Ouest-France  

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