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RÉCIT. « Ils sont prévenus, on ne reviendra plus les chercher » : les habitants de cette île de la Loire doivent partir... |
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Chalonnes-sur-Loire, le vendredi 20 février 2026. Les sauveteurs secouristes, venus de Nantes pour épauler les pompiers, mettent prudemment leur embarcation à l’eau sur le quai immergé. © Régine Lemarchand
Ordonnée par le préfet du Maine-et-Loire en raison des inondations, l’évacuation des îliens de Chalonnes, près d’Angers, est suspendue au bon vouloir des intéressés. La Loire en crue est dangereuse et les secours ne veulent plus prendre de risque.
Le grand bateau pneumatique des secouristes glisse doucement sur le quai immergé. Difficile de savoir où plonger l’hélice quand on ne sait pas ce qui se cache sous la surface. Borne en pierre parapet, souche, l’eau boueuse ne permet pas de se faire une idée précise. Les trois jeunes bénévoles prennent le parti de laisser l’embarcation rejoindre tranquillement le lit du fleuve où le courant très puissant les embarque aussitôt. Ils sont arrivés de Nantes vers midi pour prêter main-forte aux pompiers qui ont déjà mis à l’eau deux canots. Résister aux courants et tourbillons qui agitent le fleuve nécessitait des moteurs puissants.

Chalonnes-sur-Loire, le vendredi 20 février 2026. Derrière le bateau des secours, les maisons à demi immergées donnent une idée des difficultés à rester sur l’île pendant la crue. Régine Lemarchand
L’île de Chalonnes, qui s’étire jusqu’à Montjean est très grande et abrite d’ordinaire 350 habitants selon la maire, Marie-Madeleine Monnier, présente pour la mise à l’eau, chasuble orange sur le dos. Pas besoin de traverser pour le voir, avec la hausse du niveau de la Loire, les îliens sont sous l’eau et, en accord avec le préfet, la maire de Chalonnes presse les derniers résidants de déserter. Ce vendredi, on estimait qu’ils étaient encore entre 80 et 100 à résister aux sirènes du départ. La veille, 25 avaient tout de même accepté d’être rapatriés.
Le lieutenant-colonel des pompiers Cyrille Thomy, qui coordonne l’opération d’évacuation sur place, est catégorique. On fait un dernier passage pour leur dire qu’on peut les évacuer. Ils sont prévenus : s’ils restent, on ne pourra plus venir les chercher pour ne pas mettre plus en danger les moyens de secours
. Il espérait convaincre au moins une quarantaine d’habitants. Au final, ce vendredi, vingt ont accepté de partir accompagnés de huit animaux, chiens, chats et autres poules.
Les bovins restent au sec sur l’île

Chalonnes-sur-Loire, le vendredi 20 février 2026. Le spectacle de la Loire en crue et le ballet des sauveteurs attirent une foule de curieux. Régine Lemarchand
Sur le pont où des dizaines de Chalonnais se pressent pour profiter du spectacle, on aperçoit un hélicoptère qui survole à basse altitude les maisons immergées. Ça doit être la gendarmerie qui fait de la surveillance car on n’a pas prévu d’hélitreuiller les gens
.
Il y a également trois fermes sur l’île mais leur situation ne soulève pas vraiment d’inquiétude, notamment la plus grande, qui compte 250 bêtes. La ferme est sur un promontoire, ils ont encore un mètre de marge
, dit l’émissaire du SDIS (service départemental d’incendie et de secours). Ça devrait largement suffire à leur garder les sabots hors de l’eau, même les prévisions les plus pessimistes n’envisagent pas un tel scénario. Et pour les secours, c’est une bonne nouvelle car exfiltrer 250 bovins requerrait une tout autre logistique et des moyens de transport plus conséquents.
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Chalonnes-sur-Loire, le vendredi 20 février 2026. Le centre d’hébergement provisoire est en place dans une salle qui jouxte le collège Saint-Exupéry pour accueillir les évacués sans solution. Régine Lemarchand
Pour les habitants, la commune a ouvert un centre d’hébergement provisoire dans une salle qui jouxte le collège Saint-Exupéry. En début d’après-midi, les lits de camp étaient dressés mais aucun occupant potentiel ne s’était encore manifesté. Ils vont probablement aller dans leur famille et des amis mais s’ils n’ont pas d’hébergement, on a ce qu’il faut
, assure la maire, harassée par ces jours difficiles. On ne fait que ça, on ne dort pas beaucoup
. Selon ses estimations, une quarantaine d’irréductibles îliens auraient finalement choisi de ne pas en bouger.