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RÉCIT. « C’est difficile de laisser nos maisons » : ce village est inondé, la population le quitte le cœur gros... |
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Cheffes, le 20 février 2026. Les pompiers sont intervenus pour évacuer la petite famille Desmats et ses animaux. © CO
Très durement touché en 1995 lors de la crue dite du siècle, le petit village de Cheffes, au nord d’Angers (Maine-et-Loire), est de nouveau noyé sous les eaux de la Sarthe. Sur ordre du préfet, sa population a quitté le village le cœur gros, vendredi 20 février.
Il a été l’un des derniers habitants de Cheffes (sous Sarthe) à quitter le village. Même pas peur, l’ancien, dans sa barque, bonnet noir sur la tête, cuissarde de pêcheur jusqu’au torse. 1995 ? On en est encore loin ! On sera sans doute plus près de 1936
, répond André Grazélie, ancien navigateur et mémoire du bourg ligérien. L’octogénaire connaît les cotes des crues de la Sarthe par cœur et notamment celle de 1995 qu’il a vécue : 7,43 m le 27 janvier. L’ordre d’évacuer la commune avait été donné par hélicoptère. En 1936, c’était 6,86 m. La marque pourrait bien être dépassée ce week-end suivant les prévisions : 6,82 m ce samedi 21 février à 17 heures pour une prévision moyenne mais 6,96 m pour une prévision haute.

André Grazélie a été l’un des derniers Cheffois à quitter le village. CO
Ce vendredi, l’évacuation s’est déroulée dans le calme toute la journée avec cette coupure générale d’électricité en ligne de mire à 18 heures. On a surélevé tout ce qu’on a pu, mais là, c’est la fin. On n’a pas le choix. On laisse notre maison, c’est difficile. Il y a un tourbillon d’émotions. On vit cette situation anxiogène depuis huit jours. On passe du rire aux larmes
, confie Laura Guignard. Rue du Val-Saint-Sulpice, les pieds dans l’eau et le regard un peu perdu, la jeune femme attend son compagnon, Florian, parti donner un dernier coup de main. Ce n’est pourtant plus le moment de rehausser les meubles
, dit encore la jeune femme, Cheffoise depuis trois ans. On savait
, assume-t-elle.
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« Je lui avais promis Venise, on a la Sarthe »
Dans ce petit quartier du Val-Saint-Sulpice, près du port de plaisance, Bruno Dareau n’en revient toujours pas de cette eau de la Sarthe qui a envahi si vite la petite maison qu’il loue - par amour
depuis trois ans. Hier matin, ça allait encore. Mais là, ce n’est plus possible
, dit-il. Il y a une trentaine de centimètres d’eau dans son rez-de-chaussée. Les gens sont résilients et on sent une grosse solidarité. Faudrait que ça dure au-delà d’une crue
, confie le monsieur alors qu’un habitant quitte le village les pieds dans l’eau et Abou, son gros sharpeï, dans les bras. Il avait fait un premier passage avec Huscher en laisse, son bouvier bernois. Mes chiens n’aiment pas l’eau. On a tout monté à l’étage, on prie et on s’en va. On reviendra peut-être de temps en temps, si c’est possible
, explique Julien Besson. Ils disent huit jours mais c’est très incertain ?
, s’interroge Elodie, son épouse. À leurs côtés, Sowen, leur petit garçon de dix ans, quitte également village sans savoir quand il y reviendra.
Alors que sa femme et ses enfants sont au sec chez des amis, David Raimbault inspecte une dernière fois sa maison. Il a « garé sa barque sur le rond-point de la place. Ça me permet d’y avoir accès quand je veux
, dit-il même si les pompiers et la préfecture interdisent de naviguer sur les eaux en crue. On n’a pas de vision sur la suite. J’ai des caméras dans la maison pour suivre ce qu’il s’y passera
, commente l’habitant de Cheffes.
Sur les eaux bouillonnantes de la Sarthe, comme dans les airs grâce à un drone, les pompiers s’activent pour que personne n’échappe à l’évacuation. Ils évacuent à partir de 6,82 m alors qu’on est encore qu’à 6,80 m
, note Thomas Eveleens en quittant lui aussi sa demeure de la Taupinière où il a été surélever du bois de charpente. L’eau affleurait le rez-de-chaussée mardi, il y en avait trente centimètres dans la cuisine ce vendredi.
Il a fallu que les pompiers interviennent en bateau pour que pour qu’Anthony et Gwénaelle Desmats quittent sereinement leur domicile. S’il n’y avait pas d’eau dans leur maison surélevée, il y en avait quatre-vingts centimètres dans leur rue. Il y avait aussi trois chats et deux chiens à secourir. Je lui avais promis Venise, on s’est fait la Sarthe
, dit le jeune en rigolant. Avant de prendre la direction de la maison des beaux-parents. Au sec et au chaud.