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Présidentielle 2022. En Anjou, elle reprend la ferme de ses grands-parents avec son compagnon... |
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Les trois générations réunies sous la serre destinée au maraîchage : de gauche à droite, les grands-parents Janine et Henri Leray, Sarah Pétreault et son compagnon Killian Conesa, et les parents Nathalie et David Pétreault. © Ouest-France
Depuis octobre 2021, Sarah Pétreault, 24 ans, et Killian Conesa se sont installés dans une ferme de Challain-la-Potherie, au sud-ouest de Segré, près d’Angers (Maine-et-Loire). Une exploitation qui appartenait aux grands-parents de la jeune femme, retraités depuis 2003.
« Mes grands-parents seraient encore en vie, ils seraient émerveillés. » Quand Henri Leray évoque la reprise de son ancienne ferme par sa petite fille Sarah Pétreault (24 ans) et son compagnon Killian Conesa (26 ans), son regard s’embue quelque peu. Un mélange d’émotion et de fierté tant le lieu lui est cher. Car cette maison nichée au cœur de la campagne de Challain-la-Potherie, à 45 minutes au nord-ouest d’Angers (Maine-et-Loire), est dans la famille depuis cinq générations.
« On ne voulait pas la vendre »
Elle aurait pourtant bien pu la quitter voilà deux ans, quand Henri et son épouse Janine décidèrent de la mettre en vente. Impensable pour Sarah qui, depuis son adolescence, s’était toujours dit avec Claire,sa sœur aînée, qu’elles achèteraient cette maison « pour faire des chambres d’hôtes ou autre chose ».
Mais sans doute pas pour s’y installer en tant qu’agricultrice. Pour elle, qui « n’avait jamais planté un légume avant », le déclic est venu sur le tard, après avoir fait une croix sur une carrière de vétérinaire, bifurquant vers l’agronomie puis l’agroécologie. Sa rencontre avec Killian, désireux de s’installer, fit le reste.
« L’accès à la terre est compliqué »
Ils se sont donc positionnés pour racheter la ferme, conscients de bénéficier d’une chance unique. Ils ont aussi acquis 10 des 55 hectares loués par les grands-parents à un voisin, depuis leur départ en retraite en 2003. « Sans lien de famille, ça n’aurait pas été possible » , précise Henri.

Killian Conesa et Sarah Pétreault passent de nombreuses heures à monter la serre. Bientôt, ils la bâcheront. Ouest-France
« On a de la chance , reconnaît Killian. Il est difficile de s’installer sur des petites surfaces aujourd’hui. Souvent quand quelqu’un vend ses terres ou les met à louer, ce sont au moins 50 hectares. » Sarah abonde : « L’accès à la terre est compliqué. On voit tellement de nos amis qui mettent trois ans à trouver un bout de terrain… »
« Ailleurs, cela aurait été beaucoup plus difficile »
La jeune femme embraie sur « tous les bénéfices de l’expérience de papy et mamie. Sur leur connaissance du terrain, de l’évolution des règles. Et aussi parce qu’ils nous permettent d’être bien acceptés par le milieu des agriculteurs ici. Ça facilite énormément de choses. C’est un héritage aussi de ce qu’ils ont construit. Ailleurs, cela aurait été beaucoup plus difficile. »

Sarah Pétreault et Killian Conesa ont débuté un élevage de poules bio. Pour l’heure, ils en ont 70 mais aimeraient atteindre les 250 d’ici un an. Ouest-France
Le jeune couple s’est donc installé en octobre 2021, élève des poules bio et met en place un maraîchage sur sol vivant. Pour le bonheur de David, le papa de Sarah, « très admiratif de leur engagement et de leur volonté ». Celui de Nathalie, la maman qui a grandi ici avant de choisir une carrière dans l’enseignement, comme sa sœur et son frère.
Une maman ravie donc mais qui a eu « un peu peur au début car on sait que c’est un métier difficile, avec beaucoup de contraintes et peu de temps libre ». Henri et Janine se souviennent de cette époque où ils pouvaient se reposer un dimanche sur deux, alternant la traite avec un voisin. « C’était très appréciable. Au bout de quelques années, on avait aussi huit jours de vacances par an. »
Un modèle privilégiant la qualité de vie à l’argent
Ce temps libre, Sarah y est attachée. « Même si actuellement, c’est impossible, notre objectif est d’avoir au moins un jour par semaine. On a construit un modèle là-dessus. Les méthodes pour lesquelles on milite permettant une réduction du travail du sol et donc un gain considérable de temps et de charges. »
Le côté pécuniaire n’est pas prioritaire. « On n’est pas dans l’idée de viser 2 000 € par mois, juste un revenu correct. On a tous les deux un bac + 5 et on accepte une vie où pendant deux ans, on n’aura pas de revenus. Mais on est heureux tous les jours. »
Et la Présidentielle dans tout ça ? « Même si on a moins le temps de suivre du fait de l’installation en cours, on s’informe car ça reste important », répond Sarah. Dans le cadre de courtes vidéos diffusées sur le site de 20 Minutes , elle avance d’ailleurs une proposition aux candidats : revoir la distribution d’une partie des aides de la PAC (politique agricole commune) afin de soutenir « le stockage de carbone par le biais de l’agriculture ».