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Pourquoi certains avions émettent-ils des traînées blanches et d’autres non ?... |
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Des cirrus formés par les contrails dans le ciel de Van, en Turquie, le 10 novembre 2024. © AFP
Comment se forment les traînées blanches ? Quel impact ont-elles sur l’environnement ? Quelles solutions pour les endiguer ? Le Courrier de l’Ouest vous répond.
Il prenait l’apéritif sur sa terrasse à Angers quand Jean, levant les yeux au ciel, s’est étonné de voir passer deux avions au même endroit et au même moment, l’un suivi de traînées blanches et l’autre non. Brandissant son téléphone pour nous envoyer la photo (ternie par un point noir lié à son objectif et non visible en réalité, précise-t-il), il s’interroge : Comment est-ce possible ?
Le Courrier de l’Ouest vous répond :
Gaz d’échappement, délestages de kérosène voire produits chimiques visant à intoxiquer la population… Les traînées blanches des avions font l’objet de théories du complot et autres fausses informations. Mais de quoi s’agit-il réellement ?
Pas de chemtrails mais des contrails
Elles se forment par la condensation de l’air, soit au bout des ailes, dans ce cas, on les doit à l’air qui tourbillonne à l’extrémité des ailes ou des ailerons de l’avion, car il s’y produit une brusque chute de pression qui fait baisser la température
, explique le groupe Aéroports de Paris. Dans la haute troposphère, soit entre 8 et 15 kilomètres d’altitude, la température est de -40 °C. Lorsque l’air est très humide, les gouttelettes en suspension gèlent et créent ces traînées très brèves.
Si elles se manifestent en sortie de réacteurs, la transformation de la vapeur en glace en est également responsable. Soit avec les gouttelettes de l’air humide, soit avec les gaz d’échappement très chauds qui agissent comme noyaux de congélation.
Les traînées ou contrails (con
pour condensation et trails
signifiant pistes en anglais) s’estompent par sublimation (soit le passage d’un état solide à un état gazeux) mais peuvent aussi durer plusieurs heures et former une fine couche nuageuse à haute altitude également appelée cirrus.

Deux avions dans le ciel d’Angers. L’un produisant des traînées blanches et l’autre non. DR
Quel impact sur l’environnement ?
Ces traînées ne sont pas anodines pour la planète. Agissant comme une couverture, ce nuage artificiel va à la fois renvoyer vers l’atmosphère la chaleur reçue par les rayons du soleil et refléter le rayonnement infrarouge émanant de la Terre. Si la journée ces deux effets créent une sorte d’équilibre de la température, les spécialistes considèrent que les contrails accélèrent le réchauffement climatique à la tombée de la nuit et la nuit.
35 % du réchauffement climatique lié à l’aviation sont dus à ces condensations selon la start-up Estuaire, spécialisée dans la réduction des émissions non-CO² du secteur. Alors que que seuls 3 % des vols sont responsables de 80 % de l’impact climatique lié aux traînées de condensation.
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Quelles solutions ?
Mais ce n’est pas une fatalité puisque plusieurs leviers existent déjà. D’abord et c’est presque le plus évident : faire voler moins d’avions. Le trafic aérien international ne cesse d’augmenter. En 2024, il a atteint un record avec une hausse de 10,4 % sur un an, selon le rapport de l’Association du transport aérien international, publié en janvier 2025.
Les zones dans lesquelles des contrails sont susceptibles de se créer peuvent être évitées en adaptant le plan de vol. Des paramètres techniques peuvent aussi générer moins de particules de matières non brûlées : le type de carburant, le moteur. Ces éléments peuvent donc expliquer pourquoi Jean a vu deux avions l’un produisant des traînées et l’autre non. Les deux aéronefs ont pu voler à des altitudes différentes, non visibles du sol, être équipés de moteurs différents ou alimentés différemment.
Le secteur de l’aéronautique devra bien accélérer sur cette thématique puisqu’à partir de 2028, dans le cadre de la démarche Monitor Report Verify, la Commission européenne devrait inclure ces émissions non-CO² au mécanisme du pollueur-payeur.
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Les contrails ont un impact non négligeable sur le réchauffement climatique. AFP
Comme Jean, posez vos questions au Courrier de l’Ouest et la rédaction tentera d’y répondre :