|
Nouveau théâtre populaire : née en Anjou, cette troupe joue aujourd’hui dans toute la France... |
3
« Notre comédie humaine » une trilogie Balzac. © Christophe Raynaud de Lage.
Elle est née en 2009, autour d’un festival joué dans une propriété de l’Anjou. Depuis, la troupe du Nouveau théâtre populaire a déployé ses ailes dans toute la France. Elle joue, en ce moment, deux trilogies dédiées à Molière et Balzac. Itinéraire d’enfants du théâtre devenus grands.
« Nous jouons quoi qu’il arrive : sous la pluie ou sous les étoiles. » C’est le neuvième et dernier point du manifeste du Nouveau théâtre populaire (NTP), né en Maine-et-Loire. Un hommage explicite au Théâtre national populaire de Jean Vilar, créateur du festival d’Avignon.
Ici, toutes les décisions sont prises collectivement et tout corps de métier est à égalité de responsabilité. Le metteur en scène d’une pièce peut tenir la buvette, le spectacle suivant.

Lazare Herson-Macarel, l’un des membres fondateurs du Nouveau théâtre populaire, est auteur, metteur en scène et comédien. Ouest-France
Au nom de la troupe, Lazare Herson-Macarel relaie ces convictions avec force. Il souligne « la liberté » qui inspire le NTP, autant dans le choix des pièces que dans leur interprétation. Insiste sur « la vie de troupe » qui anime les vingt et un membres permanents : « On s’est tous mis au service d’une idée qui nous dépasse et ne cesse de se réinventer. » La preuve avec deux grandes tournées dans toute la France.
« Affronter de grands textes »
2009 : région parisienne. Âgés d’une vingtaine d’années, les membres du futur NTP jouent dans des compagnies de théâtre lycéennes, avec une ambition : « Affronter de grands textes, partager notre passion du théâtre, et pas seulement avec les habitués  », rembobine Lazare.
Ils investissent la propriété familiale de l’un d’entre eux, à La Fontaine-Guérin, près d’Angers. Un plateau est construit, un festival créé : quinze jours, cinq pièces, 5 € l’entrée. En quinze ans et soixante-dix-huit créations, la fréquentation a bondi de 700 spectateurs à 12 000 ! Entre-temps, les enfants du tréteau se sont formés, principalement au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, la référence.
L’écrin de la Fontaine-Guérin est désormais « un lieu public de résidence et de création » . Et si les membres du NTP vivent d’autres expériences – Baptiste Chabauty est même devenu pensionnaire de la Comédie française voici un an – ils se retrouvent chaque été en Anjou, où plus d’un tiers réside à l’année.
L’appétit vient en mangeant. Depuis la rentrée 2024, le collectif déploie ses ailes sur les plus grandes scènes nationales, de Marseille (Bouches-du-Rhône) à Aubervilliers(Seine-Saint-Denis). Avec la folle ambition de mener deux tournées de front, deux trilogies : Molière (Le Tartuffe, Dom Juan , Psyché) et Balzac (Les belles illusions de la jeunesse, Illusions perdues, Splendeurs et misères des courtisanes).

Lors de la répétition de la trilogie « Le ciel, la nuit et la fête » dédiée à Molière (ici, « Psyché », mis en scène par Julien Romelard) au festival d’Avignon. Thierry CANTALUPO
À chaque fois, les trois pièces sont présentées séparément puis ensemble lors d’une intégrale qui cloue le spectateur à son siège pendant sept heures. « Une expérience hors norme pour goûter le théâtre sans compter. » Pour avoir testé les menus, on l’affirme : le NTP est un tourbillon d’énergie créatrice, d’une générosité exigeante, d’une joie communicative.
La troupe angevine, « riche d’ambition et pauvre de moyens » se heurte, elle aussi, aux réductions drastiques des budgets culturels. « La pérennité de notre aventure n’est jamais acquise » , philosophe Lazare. Mais le NTP jouera quoi qu’il arrive, sous la pluie ou sous les étoiles.
Notre comédie humaine (trilogie Balzac) : du 11 au 14 décembre au Quai à Angers (Maine-et-Loire) ; du 29 janvier au 1er février au théâtre de Caen (Calvados). Le ciel, la nuit et la fête (trilogie Molière), du 15 au 18 janvier au Trident à Cherbourg (Manche) ; du 22 au 25 au théâtre de Caen.