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Comment cet artiste d’une compagnie du Maine-et-Loire va entrer à la Comédie-Française... |
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Baptiste Chabauty, dans « Psyché », créée par le Nouveau théâtre populaire dans le festival « In » d’Avignon, en 2021. © Thierry Cantalupo
Prix du conservatoire de musique à Strasbourg, Baptiste Chabauty a doucement basculé vers le théâtre. Fidèle compagnon d’une troupe professionnelle angevine, il rentre, le 23 novembre, à la Comédie-Française. Un rêve éveillé.
Il pleut à torrent sur Baptiste Chabauty, en ce dimanche électrique, près d’Angers (Maine-et-Loire). Solidement entouré au sein du Nouveau théâtre populaire (NTP), il interprète Gargantua, de Rabelais, avec une incroyable vigueur, langage cru et corps nu.

Dans « Gargantua », Baptiste Chabauty (couronné), entouré de trois de ses camarades de jeu du Nouveau théâtre populaire, Sacha Todorov, Julien Campani et Valentin Boraud. Mise en scène : Émilien Diard-Detœuf et Sophie Guibard. Roxane Kasperski
Pas de quoi doucher l’enthousiasme du comédien, au sourire généreux, quand il sort de scène, ses cheveux blonds enfin séchés. Le 27 novembre, Baptiste Chabauty va devenir pensionnaire de la Comédie française, à tout juste 40 ans. Il ne cache pas « son excitation professionnelle » à l’idée de travailler avec de nouvelles metteuses en scène (pour ses trois premiers spectacles) et de « rencontrer de nouveaux personnages » à interpréter.
Violon et percussions
Mais comment Baptiste en est-il arrivé là , lui qui rêvait des Beaux-Arts avant d’apprendre le violon puis de décrocher le prix du Conservatoire de Strasbourg en percussions ? « Le virage s’est fait quand j’ai été musicien sur scène pour des troupes de comédiens. J’ai découvert l’infini des possibles que donne le plateau de théâtre. »
Un conservatoire d’arrondissement puis la classe libre du prestigieux cours Florent plus tard, il rejoint la troupe professionnelle du NTP. Une formidable compagnie « de générosité et d’engagement », composée d’amis formés dans les meilleures écoles supérieures de théâtre.
Cet été 2023, leur festival a accueilli 12 000 spectateurs dans leur fief de Fontaine-Guérin (Maine-et-Loire) – un plateau, une salle de répétitions et la volonté de ne jamais snober le spectateur.
« Je travaille aussi avec des gens du NTP, dans leurs propres compagnies », confie Baptiste. C’est ainsi qu’il se retrouve à l’affiche de Change me, mise en scène par Camille Bernon et Simon Bourgade, disciples du NTP. Nous sommes en 2018, au théâtre de la tempête, à Paris.
Éric Ruf, l’acteur et metteur en scène, devenu administrateur de la Comédie-Française, s’interroge : « D’où il vient, lui ? ». Baptiste saute sur l’occasion pour lui décrire son parcours dans un long mail. « Éric Ruf m’a répondu et demandé de le tenir au courant quand je jouais à Paris ».

Baptiste Chabauty, dans « Psyché », ici avec Morgane Nairaud, dans une mise en scène de Julien Romelard. Thierry CANTALUPO
Le rêve d’entrer au « Français » va devenir réalité six ans plus tard. « Il faut que la maison ait besoin d’un acteur », sourit Baptiste. Et comme de plus en plus de pensionnaires travaillent avec... Netflix, une place s’est libérée.
Le profil multidisciplinaire de l’Angevin d’adoption a séduit. D’ailleurs, en marge du Français, l’artiste compte bien peaufiner son projet musical, Bravo Baptiste, concert théâtralisé autour de ses compositions pop.
Le centre et la décentralisation
Du NTP et ses 21 comédiens, au Français qui en compte 60, Baptiste va mettre de côté le foisonnement d’une troupe où chacun touche à tout, pour se consacrer à son rôle d’interprète. Autre différence : « Le Français, c’est le centre du théâtre ; le NTP, c’est la décentralisation ». D’ici, son retour en Anjou, il savoure : « Je ne jouerai plus sous l’orage ! »