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TÉMOIGNAGE. Napoléon 20 francs, lingots… La nouvelle ruée vers l’or est en marche... |
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Pièces et lingotins proposés à Rouen chez Godot & Fils, qui compte une centaine d’agences en France et qui voit l’or continuer de jouer un rôle central dans une ère de tension géopolitique permanente et d’endettement massif des États. © Marc BRAUN/Ouest France
Dans un monde chahuté par les tensions politiques et économiques, l’or revient en force. Témoignage à Rouen, en Normandie, chez Godot & Fils où les ventes ont grimpé de 40 % en deux ans.
Pour Jocelyn Bertois, coresponsable de l’agence rouennaise Godot & Fils, « l’or est de plus en plus demandé, avec 40 % de ventes supplémentaires depuis deux ans, à Rouen, Caen et Le Havre en Normandie, comme dans la centaine d’agences du réseau national Godot & Fils. L’or n’est plus seulement la « valeur refuge » qu’on lui prête. Il incarne l’investissement, la stabilité, la transmission, avec en toile de fond l’appréhension du contexte géopolitique et économique qui nous entoure. Et même s’il peut tendre vers une rentabilité spéculative, ça n’est pas l’ambition première de nos clients ».
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Le dirigeant avait l’habitude d’accueillir des acheteurs plus ou moins âgés, au patrimoine confortable, soucieux de sécuriser leurs économies face aux incertitudes financières, peu enclins à oser la bourse. « Depuis deux ans, leur profil s’est diversifié. Tout le monde vient ici : des jeunes couples qui veulent sécuriser une part de leur épargne, des retraités désabusés par la faiblesse des livrets réglementés, des artisans, des professions libérales. Même les agriculteurs s’y mettent ! » Ce qui ne change pas en revanche, c’est la discrétion des clients, refusant tout témoignage, même anonyme.
« On touche, on pèse, on met en sûreté »
Chez Godot & Fils, on répète que leur point commun, « c’est une certaine défiance croissante vis-à-vis du système bancaire, et surtout une envie de clarté. Avec l’or, pas de produits dérivés, pas de contrats alambiqués. On touche un Napoléon ou un Dollar en or pur, un lingot plus ou moins gros ; on pèse, on achète, on met en sûreté, on transmet le moment souhaité », décrit Jocelyn Bertois. L’engouement pour l’or est tel que certains formats comme les lingotins de 50 à 100 grammes ont connu des ruptures de stock dans le réseau, ce qui était rare il y a cinq ans. Sur l’ensemble des produits, la demande est telle que les délais peuvent s’allonger.
Les produits phares aujourd’hui sont le Napoléon 20 francs (5,8 grammes d’or pur), un excellent indicateur selon l’agence. Il valait environ 52 € en 2000, il dépasse les 500 € (+ 900 % d’appréciation). Même considération pour le lingot d’un kilogramme, vendu autour de 9 200 € en 2000 et frôlant les 97 000 € en juin 2025. Les pièces étrangères comme le Souverain de Grande-Bretagne ou le Krugerrand d’Afrique du Sud suivent une trajectoire analogue, avec des tarifs qui explosent en période de crise.
On achète pour se protéger
Par voie de conséquence, ces hausses de prix interrogent sur l’intérêt d’investir. « C’est une question récurrente. Mais l’or n’est pas un produit spéculatif, répond le dirigeant de Godot & Fils. Ce qui compte, c’est son rôle stratégique dans un portefeuille ; il n’est pas corrélé aux marchés, protège contre l’inflation, n’est pas dépendant d’un émetteur. Au passage, les banques centrales – Chine, Russie, Turquie – renforcent leurs stocks massivement depuis plus de dix ans. Elles n’achètent pas pour faire un coup, mais pour se protéger ».
Se protéger, c’est le leitmotiv des nouveaux adeptes de l’or, notamment les 25-35 ans déçus par les placements digitaux ou désorientés par les cryptomonnaies. « Ils veulent revenir au concret, à quelque chose qu’ils comprennent, renchérit Jocelyn Bertois. L’or, c’est palpable, tangible, historique. Nous avons même des parents ou grands-parents qui offrent un Napoléon pour un baptême, un mariage. Ce n’est pas une mode, c’est une redécouverte, et l’or n’est pas réservé à une élite ».