|
Maine-et-Loire. « Faux contact à Cholet », notre polar de l’été…... |
2
«Vous connaissez Cholet ? demanda Delphine, la passagère.» © Benoît Vieillard
À l’initiative de Ouest-France, l’auteur de romans policiers saumurois Gino Blandin a écrit un court polar. L’intrigue se déroule à Cholet. Chaque dimanche de juillet-août, nous publions un chapitre.
Note d’intention. La rédaction Ouest-France de Cholet a sollicité l’auteur saumurois de romans policiers Gino Blandin, afin qu’il écrive spécialement ce mini-polar inédit, « Faux contact à Cholet ». Pour l’illustration, Benoît Vieillard a planché sur les dessins originaux. La publication se fait dans le journal du dimanche, en juillet et août. Voici le premier des huit chapitres de cette histoire. Ce polar n’est pas inspiré de faits réels, et les personnages sont inventés. Bonne lecture estivale.
« Faux contact à Cholet » : chapitre I
Après les feux tricolores, la voiture prit à droite la rue Nationale.
- Vous connaissez Cholet ? demanda Delphine, la passagère.
- Un peu, ma femme était originaire d’ici, répondit Simon Coste au volant.
- Excusez-moi…
- De rien.
La voiture de location s’arrêta aux feux suivants. Elle sentait le neuf. Comment les loueurs de bagnoles s’arrangeaient-ils pour qu’elles soient toujours nickel ? Simon jeta un regard au levier de vitesse pour s’assurer qu’il était au bon endroit. Il n’avait pas l’habitude des boîtes automatiques. D’ordinaire, à la réservation, il précisait toujours qu’il voulait une boîte manuelle, mais cette fois, il avait omis de le faire. Ils ne se connaissaient pas depuis suffisamment de temps, sa collaboratrice Delphine et lui, pour qu’elle eût assimilé ses marottes. Il ignorait tout de sa vie privée.
C’était pour lui le « baptême du feu »
Elle semblait très compétente. Le dossier qu’elle avait monté pour préparer cette confrontation était complet. Cette fois, il s’agissait de ne pas se rater. Il entrait dans ses nouvelles fonctions, c’était pour lui le « baptême du feu ». Il devait à tout prix décrocher ce contrat avec Thelas. Il en allait de sa carrière chez Intelligence Project Inc.
Cette partie de la rue Nationale ne respirait pas la gaieté. Les commerces qui avaient essayé de s’y implanter n’avaient pas supporté la dernière pandémie du Covid. Les devantures de magasins qui avaient dû être coquettes et colorées, affichaient désormais de grandes vitres sales. À l’intérieur des boutiques, des meubles renversés achevaient ce tableau de désolation.
Ça vous arrive souvent de piler ainsi ?
Soudain, il y eut un bruit strident. La Peugeot pila sur moins d’un mètre. Le van Ford qui la suivait la heurta violemment. Delphine sentit sa ceinture de sécurité la serrer et laissa tomber son portable. Que s’était-il passé ? Pourquoi ce brusque coup de frein ? Simon avait jailli du véhicule. Étrangement, il ne dirigea pas son regard vers l’arrière de la berline, mais vers l’avant. Le visage défait, il eut le temps de dire à la jeune femme de s’occuper de la voiture tout en tendant son doigt face à lui.
Déjà , le conducteur du van rappliquait. C’était un type charpenté du genre déménageur, pas rasé, vêtu d’un marcel et d’un pantalon crade couleur camouflage.
- Qu’est-ce que c’est que ce bordel, gueula-t-il avec un accent des pays de l’Est. Ça vous arrive souvent de piler ainsi ? Vous êtes malade ?
- Je vous rappelle qu’il faut toujours rester maître de son véhicule. C’est vous…
Simon réalisa vite que le costaud avait visiblement l’intention de lui mettre son poing dans la gueule. Les voitures affluaient derrière le Ford et commençaient à klaxonner. Les conducteurs venaient aux nouvelles.
Pourquoi avez-vous donné ce coup de frein ?
- Gardons notre calme, suggéra Simon. Je suggère que nous nous garions un peu plus loin pour faire le constat. Tout est de ma faute. Je le reconnais. Je vous paierai les dégâts. Je prendrai tout à ma charge.
À ces mots, le type baissa d’un ton, jugeant qu’à son look Simon Coste devait avoir les moyens d’honorer ses promesses. Il n’insista pas et regagna son fourgon tout en bougonnant. Simon en fit de même. Delphine resta sur le trottoir pendant que les deux véhicules se garaient devant une ancienne pizzeria. La circulation redémarra aussitôt.
Une demi-heure plus tard, l’incident était clos. Le van repartit avec un bruit de ferraille et dans un nuage de fumée. Delphine avait retrouvé un semblant de sérénité même si elle sentait encore son cœur battre un peu trop rapidement. Alors qu’elle rangeait le constat à l’amiable dans la boîte à gants, elle ne put s’empêcher de demander :
- Que vous est-il arrivé ? Pourquoi avez-vous donné ce coup de frein ?
- Je l’ai vue ! répondit le garçon qui semblait lui aussi recouvrer ses esprits.
- Qui ?
- Ma femme !
L’auteur de « Faux contact à Cholet » : Gino Blandin

Gino Blandin. Ouest-France
Gino Blandin est retraité à Saumur. D’abord superviseur sur des plateformes de forage en mer, il se reconvertit ensuite dans l’Éducation nationale. Il fera toute sa carrière d’instituteur à l’école Jean-de-la-Fontaine à Saumur. Polars ou livres historiques, il a signé et publié 26 ouvrages. Parmi ses polars : Enquête du côté de Loudun (2023), Cholet marron ! (2021), Saumur brutes (2018)…