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Le Sénégal vote une loi doublant les peines de prison réprimant l’homosexualité

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photo  une loi encore plus répressive contre l’homosexualité a été votée par les députés sénégalais.  ©  jerome favre / epa/maxppp 1

Une loi encore plus répressive contre l’homosexualité a été votée par les députés sénégalais. © JEROME FAVRE / EPA/MAXPPP

Les législateurs sénégalais ont approuvé un nouveau projet de loi visant à doubler la peine maximale de prison pour les relations entre personnes de même sexe et destinée à criminaliser toute tentative de promotion de l’homosexualité.

L’Assemblée nationale sénégalaise a voté mercredi une loi qui double les peines réprimant les relations homosexuelles, punies désormais de cinq à dix ans de prison, sur fond de vague d’homophobie et d’arrestations pour homosexualité présumée.

La loi prévoit également des sanctions pénales contre notamment la promotion de l’homosexualité au Sénégal. Elle doit désormais être promulguée par le président Bassirou Diomaye Faye, ce qui fera de ce pays l’un des plus répressifs en Afrique contre les personnes LGBT +.

La peine maximale sera prononcée si l’acte a été commis avec un mineur, selon le texte.

Celui-ci prévoit aussi des amendes pouvant aller de 2 à 10 millions de francs CFA (3 048 à 15 244 €), contre 100 000 à 1 500 000 de francs CFA (152 à 2 286 €) auparavant.

La loi entend toutefois punir toute personne qui se lancerait dans la « dénonciation abusive faite de mauvaise foi » de supposés homosexuels.

Le Sénégal, un pays majoritairement musulman, est agité depuis plusieurs semaines par la question de l’homosexualité, un sujet qui revient régulièrement dans les débats ces dernières années.

Celui-ci est devenu plus brûlant que d’habitude depuis l’arrestation début février de 12 hommes, dont deux célébrités locales, accusées d’« actes contre nature », des termes désignant des relations « entre deux personnes de même sexe ».

Depuis, de nouvelles arrestations en série – plusieurs dizaines – sont signalées quotidiennement dans la presse. Certaines des personnes sont en particulier accusées d’avoir volontairement transmis le sida, alimentant des débats virulents sur l’homosexualité.

« Belle loi »

Plusieurs organisations de défense des droits humains ont dénoncé ces arrestations.

Après avoir débattu toute la journée, les députés sénégalais ont voté le texte par 135 voix pour, aucune contre et trois abstentions

« Les homosexuels ne respireront plus dans ce pays. Les homosexuels n’auront plus la liberté d’expression dans ce pays », a lancé du haut de la tribune la députée Diaraye Bâ, sous les applaudissements de certains de ses collègues.

Le ministre de l’Intérieur Mouhamadou Bamba Cissé, qui représentait le gouvernement, a qualifié le texte de « belle loi ».

Depuis plusieurs années, des associations religieuses très influentes réclament la « criminalisation » de l’homosexualité. Celle-ci est largement considérée comme une déviance au Sénégal et le durcissement de sa répression est une promesse de longue date du camp au pouvoir, porteuse politiquement dans ce pays.

L’homosexualité y est aussi souvent dénoncée comme étant un instrument employé par les Occidentaux pour imposer des valeurs prétendument étrangères à la culture locale.

« Le Sénégal est un pays ouvert au monde. Mais cette ouverture ne peut justifier que nous renoncions à nos valeurs », a dit à ce sujet le ministre de l’Intérieur.

Avec cette nouvelle loi, la qualification juridique des relations homosexuelles ne change pas et reste « un délit », ce qui est suffisant pour « obtenir ce que nous voulons et même plus », a estimé le Premier ministre Ousmane Sonko.

Mais comme il avait initialement promis pendant ses campagnes électorales d’en faire un crime, l’opposition et des militants lui reprochent de ne pas avoir tenu parole.

« Vous (la majorité) menez une politique basée sur le mensonge. Je ne voterai pas cette loi car c’est une loi de tromperie », a martelé Thierno Alassane, un député de l’opposition.

Plus de la moitié des pays africains interdisent et répriment l’homosexualité.

La peine de mort est encourue en Ouganda, en Mauritanie ou en Somalie. Une dizaine de pays et territoires prévoient des peines allant de 10 ans de prison à la perpétuité, parmi lesquels le Soudan, le Kenya, la Tanzanie et la Sierra Leone.

 
Ouest-France  

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