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Le cachot de Briollay enfin révélé au monde !... |
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Yannick Emery (à droite) a guidé les amateurs jusqu'à la prison de l'ancien palais de justice de Briollay. Ils sont là , devant la porte.
La commune possède l'un des édifices civils les plus anciens d'Anjou : un palais de justice du XIIe siècle. Il a ouvert pour la première fois, ce week-end.
Un authentique cachot du XIIe siècle ! C'est la surprise que réservait, ce week-end, aux amateurs de patrimoine, la petite commune de Briollay. Suivez le guide !
La porte est à droite de l'escalier de l'ancien palais de justice, place de l'Église. On passe par une trappe. On descend sept marches. Et nous y voilà . Un espace de cinq mètres sur trois, assez bas de plafond, parfaitement obscur, si ce n'est une vague lueur apportée par un étroit soupirail.
« Les prisonniers étaient attachés là avec de longues chaînes », explique Yannick Emery, adjoint au maire, en désignant les deux anneaux qui restent fixés aux murs. Les gardes déposaient la nourriture dans une petite niche, au niveau du sol en terre battue.
En face, un trou était aménagé en guise de latrines. Pas de chauffage, ça va sans dire. On ne sortait les hommes qu'au moment des inondations ! Ce qui tenait lieu de justice était rendu au-dessus, dans la grande salle dont l'état du plancher, en torchis du XIIe, n'autorise pas les visites.
La cave... dans la salle des gardes
Selon Georges Hubert, qui a écrit un livre sur la commune en 1940, « le seigneur baron pouvait juger du meurtre, du rapt, de l'encis (1), et avait le droit de pendre, bannir, trancher la tête, brûler, marquer au fer et ériger un gibet ». Le tout sous l'autorité de l'évêque d'Angers.
Suzanne Ferrand, l'épouse du propriétaire, l'avoue : voilà 14 ans qu'elle habite ici... Et elle n'a jamais visité le cachot !
Par contre, la salle des gardes, sous la salle principale, lui est très familière. C'est là qu'elle conserve ses légumes et ses bons vins. La charpente en châtaignier est d'origine ! « Elle ressemble à celle des greniers Saint-Jean, à Angers, commente Yannick Emery. C'est une coque de bateau retournée. »
Dans l'appentis, construit en 1787, on découvre l'ancienne façade principale du palais de justice, avec la belle voûte de sa porte. C'est là que Gilbert Ferrand entrepose sa barque, ses nasses, ses perches et tout son matériel de pêche.
Arsène, son grand-père, a acheté cette ancienne ferme en 1914... à une avocate parisienne. « On pense que la justice a été rendue là jusqu'en 1787 », avance l'adjoint.
Quand on contourne le jardin des Ferrand, on aperçoit les deux belles fenêtres romanes de la salle des gardes. Une vieille dame, appuyée sur ses cannes, arrive pour faire la visite : « La meurtrière de la salle des gardes donne dans mon jardin. Mais je n'y étais jamais entrée ! »
C'est en effet la première fois que Gilbert Ferrand ouvre « son » palais de justice. Une première qui a fait recette. Rien qu'hier matin, 70 personnes ont pénétré dans le saint des saints.
Au premier rang, ravis : les habitants de Briollay.
Claudine QUIBLIER.
(1) Le meurtre d'une femme enceinte ou de son enfant.