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La voiture automatique, invention choletaise... |
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André Fouillaron, décédé en 2005, photographié dans une voiture de son grand-père. Le modèle, datant de 1906, appartient au musée de l'automobile de Mulhouse. © Archives Ouest-France
Dans un ouvrage historique, Jean Maillard raconte la « double vie » de Gustave Fouillaron, inventeur d'un système repris par la marque Daf en 1958.
La « double vie » de Gustave Fouillaron (1), mercier à Cholet et constructeur d'automobiles à Levallois-Perret, méritait bien un livre. Jean Maillard, professeur au lycée Europe-Schuman de Cholet, révèle avec beaucoup de précision historique et d'honnêteté intellectuelle le parcours de cet homme bien de son temps.
Républicain, progressiste, anticlérical, l'industriel avait quelque chose « d'atypique » dans les Mauges. Cela ne l'a pas empêché d'être conseiller municipal pendant vingt ans et de devenir en 1899 l'un des premiers élus de la Chambre de commerce.
Mais ce qui restera de Fouillaron, c'est son ingénieuse application, dans l'automobile du variateur de vitesse à poulies extensibles. Un système repris (ou réinventé) par le constructeur néerlandais Daf dans les années 1950 (voir ci-dessous).
Gustave Fouillaron s'est lancé dans la fabrication de « cycles et automobiles » et de machines à coudre alors qu'il approchait la cinquantaine. Cette activité constitue une parenthèse d'une quinzaine d'années dans sa vie. Après la Première Guerre mondiale, il a repris son métier de bonnetier à Cholet et Angers, comme si de rien n'était.
Plus étonnant : le souvenir de cette invention s'est effacé dans sa propre famille. Son petit-fils André, décédé à Cholet il y a trois ans, avouait avoir découvert très tardivement l'activité automobile de son grand-père !
Le livre de Jean Maillard a aussi le mérite d'évoquer l'inimaginable effervescence liée à l'automobile au début du siècle. L'auteur rappelle qu'à l'époque il y avait un « nombre pléthorique » de constructeurs dans toutes les régions de France.
Cependant, cette activité s'est rapidement concentrée dans la région parisienne : « Levallois-Perret (où Fouillaron s'installera) et les communes avoisinantes de Courbevoie, Neuilly, Puteaux, Boulogne, Asnières et Suresnes rassembleront jusqu'à 238 constructeurs automobiles », souligne l'auteur.
« Comme pour la majorité des constructeurs automobiles, l'activité de l'usine Fouillaron consiste en un travail d'assemblage, raconte Jean Maillard. Moteur, châssis, carrosseries, pneumatiques, pièces diverses sont combinées et non produites dans l'atelier ».
La marque glorifiée par Mauriac
C'est donc bien grâce au système de transmission par poulies extensibles que Fouillaron est devenu célèbre. Au Salon de l'Automobile de décembre 1901, son stand est « un des plus visités ». Pour asseoir sa réputation, Fouillaron participera à de nombreuses courses automobiles et notamment à la Paris-Madrid de 1903, où il alignera deux véhicules qui ne finiront pas l'épreuve.
Il n'empêche ! Les voitures Fouillaron acquièrent rapidement la réputation de « grimpeuses de côtes ». La marque n'est-elle pas une des grandes triomphatrices de La Coupe des Pyrénées en 1905 ?
Chose plus singulière, les voitures Fouillaron ont laissé une trace dans la littérature. Dans le Mystère de Frontenac, François Mauriac évoque la modernité et la robustesse des voitures du constructeur choletais : « C'est une voiture Fouillaron... Je suis venu en trois heures de Bordeaux : 70 kilomètres, pas une anicroche », explique un des personnages du livre.
« Le roman donne une illustration de l'importance de la clientèle rurale et riche dans le développement de l'automobile avant 1914 », conclut Jean Maillard.
Michel CAILLARD.
Pratique. La double vie de Gustave Fouillaron, mercier à Cholet, constructeur automobile à Levallois-Perret, par Jean Maillard, Pixel Press Studio. Préface de Jean-Louis Loubet, professeur d'histoire contemporaine. Prix : 18 €.
(1) Gustave Fouillaron est né dans la commune de La Caillère, en Vendée en 1849. Il est décédé en 1933.