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La question du jour. Les attentes des citoyens envers les maires sont-elles trop élevées ?... |
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Les attentes des citoyens envers les maires sont-elles trop élevées ? © AFP
Minée par « l’impuissance » malgré un engagement total, Camille Pouponneau, ex-maire de Pibrac (Haute-Garonne), raconte dans un livre son quotidien d’élue prise en étau jusqu’à l’épuisement, entre exigences croissantes de ses concitoyens et injonctions contradictoires de l’État, qui l’ont poussée à démissionner.
Élue maire à 30 ans en 2020, Camille Pouponneau est tout sauf représentative des maires de France, âgés en moyenne de 60 ans et à 80 % des hommes.
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Symbole d’un renouveau, l’édile DVG a pourtant dû jeter l’éponge en octobre 2024 pour se protéger d’un  burn-out sévèreÂ
dont elle témoigne dans son essai « Maires, le grand gâchis » (éd. Robert Laffont).
 J’ai décidé d’écrire ce livre parce que j’ai vraiment envie de provoquer une prise de conscience, à la fois auprès des élus nationaux et de nos concitoyens, sur le fait que notre démocratie locale est en dangerÂ
, explique-t-elle.
Diplômée de Sciences-Po, familière des collectivités, élue au conseil départemental de Haute-Garonne, Camille Pouponneau avait sur le papier tout pour réussir son mandat à Pibrac, ville de 9 000 habitants située à l’ouest de Toulouse et dans laquelle elle a grandi.
Mais celle qui s’est engagée pour  changer le réelÂ
et  servir l’intérêt généralÂ
déchante vite. Normes ubuesques, injonctions contradictoires de l’État, interpellations des habitants sur des sujets aussi triviaux que les déjections canines ou la taille d’une haie, crise énergétique qui fait grimper les factures, difficultés à exercer son rôle de cheffe des agents municipaux, indemnités de maire inférieures au Smic, absence totale de vie privée : sa nouvelle fonction s’avère rapidement un fardeau.
D’autant que la jeune élue, animée  par l’envie de lancer des projetsÂ
, est aussi confrontée à l’absence de moyens financiers, la réduisant au rôle de  gestionnaire des miettesÂ
.
 Ce manque de moyens financiers […] a largement motivé mon abandonÂ
, explique celle qui travaillait  de 5 heures à 22 heures, six jours par semaine, et sept heures le dimancheÂ
avant de se voir prescrire des antidépresseurs.
Boucs émissaires
À un an des élections municipales, ce témoignage raconte autant  l’impuissanceÂ
qui paralyse l’action publique, que l’impossible application de  lois incompatiblesÂ
, comme le choix cornélien entre construire une piste cyclable et préserver la salamandre tachetée.
Dans cet univers kafkaïen, les attentes des habitants n’ont pourtant jamais été aussi élevées.  Depuis leur canapé, devant la télé, les citoyens envoient des CV pour un emploi ou une photo d’un trou à réparer sur la chausséeÂ
, narre Camille Pouponneau, à qui on demande aussi  d’enfiler sa cape de super-héroïneÂ
pour empêcher la disparition des services publics.
 Le maire ne peut agir sur les non-remplacements de profs ou les déserts médicauxÂ
, poursuit-elle en relevant  l’écart entre le pouvoir qu’on attribue au maire et son pouvoir réelÂ
.
Reste qu’aux yeux des citoyens,  tout doit aller vite : les réponses, les solutions et leur mise en Å“uvreÂ
, le maire devenant ainsi  un prestataire comme les autresÂ
alors même que chaque projet est de plus en plus complexe à mettre en œuvre.
Un passage piéton qui  sort de terre après plus d’un an, avec des dizaines et des dizaines de normesÂ
pour le prix  d’une belle voiture neuveÂ
l’a ainsi  rendue dingueÂ
.
 Là où l’État devrait être facilitateur […], il passe son temps à nous censurer, à nous menacerÂ
, déplore-t-elle.
À cela s’ajoutent des attaques personnelles, contre ses proches, voire la peur qui la saisit quand elle apprend qu’une  grosse cylindrée aux vitres teintéesÂ
cherche son domicile.
Le poids de l’intercommunalité gigantesque, la métropole toulousaine, où Pibrac ne compte que deux élus sur 133, a aussi contribué à la  perte de sensÂ
qu’elle a ressenti, alors que des décisions structurantes sont prises à cette échelle.
Plusieurs édiles femmes ont récemment démissionné ou se sont mises en retrait pour cause de burn-out, comme à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Périgueux ou Jouy-en-Josas (Yvelines).
 La pression est plus forte quand on est une femme parce qu’on est dans un milieu très masculinÂ
, reconnaît l’ex-maire de Pibrac, qui évoque son corps  qui allait lâcherÂ
et vit désormais en Bretagne, où elle espère se reconvertir dans le conseil et la formation.