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La question du jour. Faut-il suspendre la plateforme en ligne Shein ?... |
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Faut-il suspendre la plateforme en ligne Shein ? © Hans Lucas via AFP
Après l’enquête judiciaire ouverte pour la vente de poupées sexuelles d’apparence enfantine, le gouvernement a décidé d’engager la suspension de la plateforme asiatique en ligne Shein qui a inauguré ce mercredi 5 novembre son premier magasin physique au monde au BHV. Cinq autres boutiques Shein ouvriront en province prochainement dont une à Angers. Décriée et accusée de causer la ruine du secteur du textile et des petits commerces, la plateforme en ligne Shein doit-elle être suspendue ?
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé ce mercredi 5 novembre engager une procédure de suspension
en France de la plateforme numérique du distributeur Shein, le temps
que cette dernière se conforme aux lois du pays.
Un premier point d’étape devra être fait par les ministres dans les 48 prochaines heures
, selon Matignon, qui n’a pas précisé les modalités techniques de l’opération.
Shein a dit prendre acte de la décision du gouvernement, dans un communiqué, martelant que la sécurité de nos clients et l’intégrité de notre marketplace (place de marché où sont proposés des produits de vendeurs tiers, N.D.L.R.) sont nos priorités absolues
.
La plateforme souhaite engager
rapidement le dialogue avec les autorités françaises afin de répondre aux préoccupations exprimées et de présenter les mesures déjà mises en œuvre pour protéger les consommateurs français
.
Shein a annoncé en parallèle suspendre sa marketplace
en France, après le scandale lié à la vente de poupées sexuelles ressemblant à des fillettes.
La plateforme a fait ce choix à la suite de préoccupations liées à certaines mises en ligne effectuées par des vendeurs tiers indépendants
et indépendamment
de la décision de Matignon d’engager une procédure de suspension.
Ce rebondissement intervient quelques heures à peine après l’inauguration à 13 h au BHV de la première boutique physique de Shein, au 6e étage de ce grand magasin au cœur de la capitale française.
Sous la vigilance d’un important dispositif policier, des premiers clients, majoritairement des femmes, sont venus dans l’espace Shein de plus de 1.000 m2, par curiosité
ou parce que c’est moins cher
.
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« C’est une arnaque ! »
Hammani Souhaila, une des premières clientes, sortie tout de même avec un t-shirt à 16,49 euros pour sa fille de 17 ans, a regretté que les produits vendus au BHV étaient plus cher qu’en ligne
.
Laure, cheffe d’entreprise dans le médical, 58 ans, est elle clairement déçue : C’est une arnaque ! Il ne faut pas sortir de HEC pour comprendre ça, je ne reviendrai pas
. Elle a toutefois acheté une chemise à 16 euros, intéressée par le bon d’achat équivalent valable dans le reste du BHV.
Face au BHV, le message Shein non merci
trône sur une affiche en haut de l’Hôtel de Ville, sous la fenêtre de l’élu écologiste - et candidat à la mairie de Paris - David Belliard.
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Trois amendes
L’arrivée de la plateforme, fondée en 2012 en Chine et désormais basée à Singapour, cristallise les tensions autour de la régulation du commerce en ligne et de la mode jetable.
La vente de poupées sexuelles d’apparence enfantine sur son site internet, constatée par la Répression des fraudes, a entraîné l’ouverture d’une enquête judiciaire. Shein a depuis assuré avoir interdit les produits de type poupées sexuelles
.
Les poupées, comme par hasard c’est arrivé là, ça ne m’a pas empêchée de venir
, répond une autre cliente, Fatima Mriouch, éducatrice de 48 ans. Venue par curiosité
, elle estime qu’ il n’y a pas que Shein
en cause dans les dérives environnementales ou sociales du secteur textile mondial.
L’entreprise a déjà écopé cette année en France de trois amendes pour un total de 191 millions d’euros, pour non-respect de la législation sur les cookies, fausses promotions, informations trompeuses et non-déclaration de microfibres plastiques.
Frédéric Merlin, le patron de la Société des grands magasins (SGM), propriétaire du BHV depuis 2023, a rétorqué que Shein, c’est 25 millions de clients en France
, mercredi sur RTL.
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Bientôt cinq autres magasins Shein
Si Shein est autant décrié, outre les accusations de recours à des sous-traitants sous-payés et des pratiques supposées néfastes pour l’environnement, c’est aussi parce qu’il est accusé de causer la ruine du secteur du textile et des petits commerces.
Plusieurs marques françaises ont d’ailleurs fui le BHV, dénonçant un partenariat en contradiction avec leurs valeurs et leurs intérêts.
Cinq autres boutiques Shein ouvriront en province prochainement à Angers, Dijon, Grenoble, Limoges et Reims.
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