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La question du jour. Faut-il permettre aux jeunes de voter dès 16 ans ?... |
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Faut-il permettre aux jeunes de voter dès 16 ans ? © CO - Josselin Clair
Face à une panne démocratique qui touche de plein fouet les jeunes, dont la majorité n’a pas voté lors du premier tour du scrutin municipal, plusieurs solutions émergent afin de ramener au vote une génération qui n’est pas profondément désintéressée des enjeux politiques.
J’ai voté une fois dans ma vie, c’était pour la présidentielle de 2022 et c’est ma mère qui m’avait forcé
, admet, un brin d’embarras dans la voix, Robin Moissonnier, 24 ans.
Si ce jeune diplômé en recherche d’emploi ne vote pas, c’est parce que (sa) vie n’a jamais changé, peu importe qui est élu
.
Comme à son habitude, il n’a donc glissé aucun bulletin dans l’urne dimanche dernier. Dans ma commune, je ne sais pas qui se présente, ni au nom de quel parti
, poursuit-il.
Et le cas de Robin Moissonnier ne fait pas exception. Comme lui, 56 % des jeunes âgés entre 18 et 24 ans ne se sont pas déplacés dimanche dernier, selon une étude Ipsos-BVA Cesi. Le record revient aux 25-34 ans, avec 60 % d’abstention.
Cette panne démocratique n’est pas nouvelle, ni propre aux scrutins locaux : lors des élections législatives de 2024, la palme de la tranche d’âge la plus abstentionniste revenait également aux 18-34 ans.
Et pourtant, dire que les jeunes ne s’intéressent pas à la vie de la cité et aux grands thèmes nationaux
est faux
, assure auprès de l’AFP Adeline Hazan, présidente d’Unicef France.
En 2024, près de la moitié des 18-24 ans avaient signé une pétition ou défendu une cause en ligne, selon une étude de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP). Ils étaient 33 % à avoir participé à une grève ou à une manifestation au cours des douze mois précédant l’enquête.
Droit de vote à 16 ans
Ainsi, des propositions émergent afin de traduire cet engagement en participation électorale. Parmi elles, l’abaissement du droit de vote de 18 à 16 ans, régulièrement mentionné dans le débat public et appliqué dans plusieurs pays européens tels que l’Autriche ou l’Allemagne.
Plus on vote jeune, plus on prend l’habitude de voter
, poursuit Adeline Hazan, qui plaide pour que cette mesure soit appliquée dans un premier temps aux scrutins locaux et européen.
Autre avantage à ses yeux, la lutte contre la mal-inscription électorale
. Passé la majorité, de nombreux jeunes déménagent, sans procéder à une nouvelle inscription, alors que celle-ci est automatique lors du recensement à 16 ans.
Voter à 16 ans offre enfin un cadre
de sensibilisation, celui de l’éducation nationale
, pointe auprès de l’AFP le coprésident de l’ONG apartisane A voté, Kenza Occansey.
Si ce droit est acquis aux lycéens, les associations pourront intervenir lors des cours d’éducation morale et civique (EMC), et ainsi toucher beaucoup plus de jeunes
.
Le Sénat avait rejeté, en 2021, une proposition de loi PS visant à baisser l’âge minimum du vote, n’y voyant aucune aide dans la lutte contre l’abstention.
« Un vieux modèle » électoral
Une fois les enjeux expliqués, Adeline Hazan plaide pour que les jeunes participent à la prise de décision démocratique
lors de conseils municipaux de jeunes, de groupes de parole ou encore de comités consultatifs. À leur issue, des propositions seront formulées, puis présentées aux élus afin d’habituer les jeunes à donner leur avis
, et ainsi les inciter à voter.
Ultime cause de cette panne démocratique, selon le coprésident d’A voté : la jeune génération ne se retrouve pas dans la manière dont on fait démocratie
, analyse Kenza Occansey, dénonçant un vieux modèle
électoral dans lequel il n’est pas possible de voter en semaine, pendant plusieurs jours ou dans n’importe quel bureau de vote.
Le vote en ligne peut faciliter la participation
, pointe-t-il. Si la démarche n’avait requis qu’un clic, Robin Moissonnier, aurait très certainement
voté dimanche dernier. Depuis mon canapé, je peux arriver à me motiver
, plaisante-t-il.
Comme lui, 36 % des jeunes plébiscitent le vote électronique, selon une étude du magazine l’Étudiant, publiée le 17 mars.
Mais pour l’heure, Robin Moissonnier n’a pas prévu de se déplacer en bureau de vote ce dimanche, pour le second tour. S’il fait beau, je pense que je ferai plutôt un barbecue
, conclut-il.