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La question du jour. Faut-il continuer à vendre de l’eau en bouteilles plastique ?

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Faut-il continuer à vendre de l’eau en bouteilles plastique ? © Archives CO

Boisson préférée des Français, l’eau en bouteille plastique reste un indispensable des supermarchés en dépit de préoccupations écologiques grandissantes, et d’une eau du robinet bien moins onéreuse… mais de plus en plus source de méfiance.

Chaque semaine, Vanessa Vercruysse, une mère de famille de Tourcoing, commande six packs d’eau sur le site de courses en ligne Picnic, pour une quinzaine d’euros.

Je ne bois pas d’eau du robinet parce que je trouve qu’elle a un goût, explique cette agent administratif de bientôt 45 ans.

Avec 6,5 milliards de bouteilles et packs d’eau nature plate ou gazeuse achetés en 2025, cette denrée conserve une place centrale dans les habitudes alimentaires des Français, relève une étude Worldpanel publiée en amont de la journée mondiale de l’eau dimanche.

La star incontestée des rayons, toutes enseignes et tous produits confondus ? Le pack de 6x1,5L de Cristaline, article le plus vendu en grande surface l’année dernière (286 millions d’unités), selon un classement NielsenIQ dévoilé fin janvier par le spécialiste de la grande distribution Olivier Dauvers.

Moins chère que ses concurrentes, Cristaline occupe également la deuxième place avec 256 millions de bouteilles d’1,5L achetées à l’unité, loin devant celles de Coca-Cola (81 millions).

En France, la consommation de boissons sucrées et alcoolisées tend à se réduire très fortement, explique Gaëlle Le Floch, experte Worldpanel.

À cela s’ajoutent des prix qui défient toute concurrence - 20 centimes pour le litre d’eau de source et 46 centimes pour l’eau minérale, selon l’UFC Que Choisir -, un nombre d’acteurs français très variés et des investissements publicitaires colossaux, analyse-t-elle.

La passion française pour l’eau en bouteille est telle que certains distributeurs en ligne imposent des limites.

La première semaine, on a eu une personne qui s’est fait livrer toute une camionnette de packs d’eau, relate Grégoire Borgoltz, directeur des opérations Picnic France, pays où le distributeur néerlandais a commencé ses livraisons en 2021.

Aux Pays-Bas, où l’eau du robinet est plébiscitée, une tournée de livraison permet de fournir 15 clients, contre 10 à 11 en France à cause de l’eau, rapporte le dirigeant qui se passerait bien de ce produit encombrant et aux faibles marges.

Même constat pour un franchisé Franprix à Paris : c’est compliqué pour les livraisons, compliqué pour le stockage dans nos petits magasins de centre-ville… Mais cela reste une référence indispensable de nos rayons.

PFAS et microplastiques

Quid de l’eau du robinet, qui coûte un centime pour deux litres et divers usages, selon Nathalie Davoisne, directrice du Centre d’information sur l’eau (CIEau) ?

Selon un baromètre Kantar réalisé pour le CIEau, près de 7 Français sur 10 en boivent tous les jours, quand seuls 14 % n’en consomment jamais.

Mais le taux de confiance des sondés s’est érodé, passant de 85 % en 2023 à 78 % aujourd’hui, signe des préoccupations grandissantes autour des polluants éternels ou PFAS - dont la présence conduit dans certaines zones à interdire la consommation d’eau du robinet - ou encore des résidus de pesticides.

En réponse aux inquiétudes, le CIEau vient de lancer une application pour informer les consommateurs sur la qualité de l’eau de leur commune.

Les eaux en bouteilles n’ont pas été épargnées par les scandales, concernant notamment l’utilisation de traitements interdits par Nestlé Waters (Perrier, Vittel), ou les craintes autour des microplastiques.

Mais leur succès persiste, au grand dam d’associations environnementales comme No Plastic in my Sea, rappelant que la bouteille plastique est le déchet le plus trouvé sur les plages européennes.

Les bouteilles en PET (polyéthylène téréphtalate) sont 100 % recyclables, défend Christophe Lekieffre, délégué général du Syndicat des Eaux de sources et des eaux minérales naturelles.

À condition que les consommateurs trient bien leurs déchets, comme Vanessa Vercruysse assure le faire.

Plus d’une bouteille sur deux sont aujourd’hui récupérées pour être recyclées, selon M. Lekieffre.

Les grandes enseignes (Leclerc, Carrefour, etc.) misent aussi dans certains points de vente sur les bornes de recyclages B.Bop de la start-up Green Big, proposant des bons d’achat en échange des bouteilles vides réduites en paillettes.

Le spécialiste du bio Biocoop a de son côté arrêté de vendre de l’eau en bouteille dès 2017 pour des raisons environnementales.

 
Courrier de l'Ouest  

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