|
L’histoire des couronnes de mariées à la chapelle de Saint-Léger-des-Bois... |
3
La chapelle de la Touche-aux-Ânes, petit édifice à pignons élancés, abrite les deux Vierges à l’Enfant et une trentaine de couronnes de mariées. Les couronnes étaient déposées par les jeunes épousées. © Ouest-France
La chapelle de la Touche-aux-Ânes, petit hameau assoupi aux confins de la commune de Saint-Léger-des-Bois (Maine-et-Loire), recèle des curiosités et plus particulièrement des couronnes de mariées déposées il y a bien longtemps. La coutume qui s’est perpétuée durant tout le XIXe siècle et la moitié du siècle suivant, s’est éteinte aujourd’hui.
La chapelle de la Touche-aux-Ânes, petit hameau assoupi aux confins de la commune de Saint-Léger-des-Bois (commune déléguée de Saint-Léger-de-Linières en Maine-et-Loire), recèle des curiosités et plus particulièrement une trentaine de couronnes de mariées. Les couronnes étaient déposées par les jeunes épousées.
La coutume, qui s’est perpétuée durant tout le XIXe siècle et la moitié du siècle suivant, s’est éteinte aujourd’hui. Mais on voyait encore, il y a quelques décennies, une voiture s’arrêter…
Toute une histoire qui est cependant liée à cette coutume joliment contée par J. Étienne, journaliste des années d’après-guerre. Elle remonte au XVIe siècle et nul ne sait plus le nom de son héros, le paysan ou l’ânier, qui découvrit une statuette de bois représentant une Vierge à l’Enfant « élégamment drapée dans un manteau dont on ne peut aujourd’hui déterminer la couleur avec précision, » a précisé Henri Enguehard, architecte départemental, qui s’est intéressé au sujet.
« Les hommes, malgré leur rudesse, avaient le sens religieux »
Au hameau de la Touche-aux-Ânes où avait eu lieu la découverte, les conversations s’animèrent et décision fut prise, « en ce temps-là les hommes, malgré leur rudesse, avaient le sens religieux et le respect de la Madone », commente le journaliste, d’ôter la statuette de son arbre, sans doute une aubépine très abondante à cet endroit, pour la mettre en sûreté en l’église de Saint-Léger. Sitôt dit, sitôt fait.

La chapelle abrite les deux Vierges à l’Enfant, celle-ci étant en pierre peinte de 1,25 m de haut d’art populaire selon l’expression de Henri Enguehard, architecte départemental. Elle est vêtue d’une longue robe dont les plis épais descendent aux pieds. Ouest-France
Mais le lendemain, plus de statuette dans l’église. On s’inquiète, on crie « au voleur ! » puis soudain quelqu’un annonce que la Vierge est à nouveau dans son Mai-Rose.
Un plaisantin aurait-il voulu s’amuser aux dépens des habitants du petit hameau ? Mieux valait qu’il ne se fît pas connaître ! On ramena la Vierge à l’église et on ferma la porte.
La Sainte-Vierge voulait rester là où on l’avait trouvée
Le lendemain, même affaire, même conclusion. On en parla beaucoup, chacun se justifiant de n’y être pour rien. Troisième transport de la statue à Saint-Léger, troisième retour à la Touche-aux-Ânes. C’était clair, la Sainte-Vierge voulait rester là où on l’avait trouvée, elle venait de le prouver avec un entêtement auquel on fut sensible au relais du hameau où les petits ânes gris harassés déposaient les sacs de sel, où les conversations battaient leur plein.

La couronne de mariée est toujours composée de fleurs souvent d’oranger, signe de virginité. Amidonnage, séchage, découpe, gaufrage, puis montage des éléments, la fabrication est confiée à un artisan. Fleurs, feuillage, miroirs et nœuds sont tous porteurs d’un message symbolique. Ouest-France
Un oratoire fut construit qui n’a rien à voir avec l’actuelle chapelle érigée en 1766, petit édifice à pignons élancés, qui accueillit donc la statuette un peu endommagée « mais qui possède toute la grâce du XVIe siècle, » a tenu à dire Henri Enghehard l’architecte en 1972, et qui a accueilli une autre Vierge à l’Enfant en pierre peinte un peu plus grande.
Les couronnes s’alignent sur les étagères
Rien n’était cependant clos puisque la coutume, citée plus haut, s’est donc perpétuée jusqu’au milieu du XXe siècle. Sur les étagères s’alignent les couronnes en fleurs artificielles et perles diverses, déposées jadis par les épousées, sautant ruisseaux et fossés pour se mettre sous la protection de la Madone. Longtemps on a vu une voiture s’arrêter, un groupe de jeunes en descendre et aider l’aïeule à quitter le moderne engin pour gagner la chapelle et retrouver la couronne qu’il y a si longtemps… Moment de vive émotion !
Il y a quelques semaines, une dame a demandé à Josette Guémas la clé. Elle a déposé une couronne aux fleurs artificielles sur l’une des étagères de la chapelle de la Touche-aux-Ânes où la Madone paraît si présente. La coutume ne s’est pas tout à fait éteinte.