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Jack Lang démissionne de l’Institut du monde arabe : comment fonctionne cette institution à la gouvernance complexe ?... |
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L’Institut du monde arabe, photographié en juin 2025. © Stéphane Geufroi / Ouest-France
La succession de Jack Lang à la tête de l’Institut du monde arabe est incertaine, après la démission de l’ancien ministre de la Culture pris dans l’affaire Epstein. Cet établissement, qui est à la fois un musée et une bibliothèque est aussi un lieu diplomatique important au système de gouvernement très complexe.
Connu pour ses expositions événements, l’Institut du monde arabe (IMA) se retrouve au cœur de l’actualité après la démission de son président Jack Lang, empêtré dans l’affaire Epstein. L’ancien ministre de la Culture a annoncé démissionner samedi 7 février 2026, après plusieurs jours de polémique.
Un lieu culturel et diplomatique
Cette institution qui borde la Seine à Paris a été créée en 1980. Elle est connue pour ses multiples événements. Au fil des ans, plusieurs expositions marquantes y ont été présentées, comme celles sur Gaza, Cléopâtre, ou sur le football dans le monde arabe.
Mais à la différence de nombreux autres établissements culturels, l’Institut du monde arabe, à la fois musée, bibliothèque, ou encore centre de langues, n’est pas une institution publique.
Le prestigieux centre a été créé en 1980 et a été « conçu pour établir des liens forts et durables entre les cultures ». Il est né d’un accord international entre la France et 22 pays arabes. C’est une institution créée sous le statut de fondation privée, reconnue d’utilité publique.
Ce lieu culturel est aussi un lieu diplomatique important. D’où une proximité avec le ministère des Affaires étrangères (sans être placé sous sa tutelle).
Un système de gouvernement très complexe
Jack Lang était président de l’institution depuis 2013. Il avait ensuite été réélu plusieurs fois. Sa dernière réélection date de 2023. La nomination du président se fait par le président de la République, mais elle doit être entérinée par un vote du conseil d’administration, où siègent deux hauts fonctionnaires issus du Quai d’Orsay.
Comme le souligne un rapport de la Cour des comptes de 2024, le ministère des Affaires étrangères « intervient sur la plupart des sujets au conseil d’administration et rencontre régulièrement la direction de l’IMA ».
Mais si leurs relations « ressemblent beaucoup à une tutelle », selon ce même rapport, « le concept de tutelle est impropre pour désigner les relations entre la fondation privée qu’est l’IMA et les administrations chargées d’être à son contact ».
Lire aussi : RÉCIT. La semaine qui a poussé Jack Lang à la démission après les révélations sur ses liens avec Jeffrey Epstein
Qui pour remplacer Jack Lang ?
Le départ de Jack Lang laisse donc une place vacante. Les noms d’Audrey Azoulay, qui vient de quitter la direction générale de l’Unesco, ou de Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, sont évoqués. Ce dernier avait déjà brigué le poste en 2023.
Le remplacement ne devrait pas tarder. Dès que la décision a été connue, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a annoncé lancer la procédure de désignation d’une présidence par intérim de l’IMA, avec la convocation d’un conseil d’administrations « sous sept jours ».
Un financement public
L’IMA reste financièrement très dépendant de l’État. La subvention annuelle versée à l’institution par le ministère des Affaires étrangères, et qui s’élève à 12,3 millions d’euros, reste sa « principale recette », selon la Cour des comptes.
Parmi les autres sources de financement, outre les revenus issus des ventes, l’IMA bénéficie aussi du mécénat, à un niveau « faible », notamment de la part du groupe TotalEnergies.
Alors que l’établissement connaît régulièrement un déficit financier, la participation des pays arabes s’est quant à elle érodée.
Une gouvernance internationale
Lors de sa co-fondation avec les membres de la Ligue arabe, l’IMA avait organisé sa gouvernance et son financement sur un mode de partage entre la France et les pays arabes.
Leur statut au sein de la gouvernance « complexe » de l’établissement conserve une importance de taille : au sein du conseil d’administration, la moitié des quatorze sièges sont occupés par des diplomates arabes.
Mais les pays co-fondateurs, censés contribuer aux frais de fonctionnement annuels à hauteur de 40 %, ont cessé de verser ces sommes, selon la Cour des comptes.
D’après l’IMA, le financement des pays arabes s’effectue désormais sous la forme d’un « soutien ponctuel » de certains pays, notamment l’Arabie saoudite, le Qatar et le Koweït.
Outre les aspects financiers, « l’IMA observe depuis quelques années un désengagement relatif des pays arabes dans ses projets », a relevé la Cour des comptes. Un défi auquel devra notamment répondre le successeur ou la successeure de Jack Lang.