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Inondations : dans ce hameau cerné par les eaux, il ne reste plus qu’une famille, les canards et les carpes de Jean-Paul... |
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Les Ponts-de-Cé, le 22 février 2026. Le long de la maison, route de Juigné-sur-Loire, Jean-Paul Bienvenu et son neveu Sébastien Bonamay ne peuvent que constater l’étendue des dégâts. © CO
Encerclé par les eaux de la Loire et du Louet, le hameau des Petites plaines, entre les Ponts-de-Cé et Mûrs-Erigné, a été vidé de ses habitants. Y subsistent la famille Alleaume et les animaux de Jean-Paul Bienvenu qui va les nourrir tous les jours en bateau.
Ils ont bien failli jeûner ce dimanche après-midi. La faute à un moteur Mercury récalcitrant. Mais moins que celui de quatre voisins qu’il faudra finalement remorquer… Car c’est en bateau à moteur que Jean-Paul Bienvenu s’en va nourrir sa quarantaine de canards, mais également ses pigeons et sa palombe, depuis une semaine et la montée des eaux qui encerclent sa maison.

Jean-Paul Bienvenu et le neveu Sébastien Bonamy inspectent aussi les maisons du voisinage. CO
Avec son épouse, Sylvie, ils auraient pu continuer d’y vivre à l’étage ; ils ont préféré le confort et la sécurité de la demeure des beaux-parents. Les animaux, eux, sont restés dans le grand jardin inondé de la maison du couple Bienvenu, aux Petites plaines. Situé dans la commune des Ponts-de-Cé mais en proximité de Mûrs-Erigné, le hameau compte une douzaine de maisons. Retraités, Sylvie et Jean-Paul Bienvenu y vivent depuis plus de trente ans. Ils y ont connu la crue de 1995 qui curieusement ne s’était pas invitée dans leur petit bourg. À peine sur la route. C’est surtout la Maine qui avait débordé à Angers plus que la Loire.
Le pic attendu à une hauteur de 5,47 m
En 1982, il y avait eu de l’eau dans notre maison
, confie Sandrine Alleaume, une voisine, qui fait les allers-retours entre sa maison des Petites plaines et le carrefour de la rue de Juigné-sur-Loire en… canoë. Avec sa mère Yvette, 79 ans, et sa fille Alicia, lycéenne de 18 ans, elles ont décidé de rester aux Petites plaines. C’est calme. On joue aux cartes. On s’occupe
, confie Sandrine Alleaume, 52 ans, en précisant qu’elle se trouve précisément à deux kilomètres de la pâtisserie Allard, une référence dans le quartier, pour ses pâtés aux prunes et ses frangipanes, notamment. C’est la seule famille qui poursuit sa vie dans ce hameau devenu une île.
On est encerclé d’eau mais ce n’est pas un problème quand on a un bateau. J’ai dit à tous les nouveaux habitants d’acheter un bateau, mais bon…
, explique Jean-Paul Bienvenu. Pêcheur mais surtout chasseur de gibiers d’eau, le sexagénaire est à son affaire au cœur de cette Camargue ligérienne. L’eau a encore monté de dix centimètres
, s’étonne quand même l’ancien machiniste en approchant de sa maison. La route de Juigné-sur-Loire ressemble au chenal d’un port de mer. Le portail de la maison des Bienvenu est noyé, de même que le jardin et évidemment le bassin qui accueillait plus de 400 carpes koï de collection. Je ne sais pas si je vais les retrouver
, s’interroge Jean-Paul Bienvenu alors que ses canards ont faim.

Un peu surélevée, la moto ne l’a pas été assez. CO
Chez les voisins, c’est le même spectacle de désolation. Des poubelles qui flottent dans les jardins, du bois de chauffage également. Et même une belle moto que son propriétaire a oublié de ranger et qui n’est sans doute pas près de pétarader. Aux Ponts-de-Cé, le pic était attendu ce dimanche à une hauteur de 5,47 mètres. La décrue sera lente.