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Huit comédiens de doublage français s’attaquent à des sociétés d’IA accusées de cloner leur voix... |
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Des célèbres voix de doublure françaises accusent deux sociétés d’IA d’avoir utiliser leurs voix sans leur accord. © Illustration : Mininyx Doodle : Getty Images
Huit comédiens de doublage français, dont les voix emblématiques d’Harrison Ford, Julia Roberts ou Angelina Jolie, ont mis en demeure mardi 3 février deux sociétés américaines d’intelligence artificielle accusées de reproduire et d’exploiter leurs voix sans autorisation.
Huit comédiens de doublage, voix françaises de Harrison Ford, Julia Roberts ou Angelina Jolie, ont adressé des mises en demeure à deux sociétés américaines d’intelligence artificielle accusées de reproduire et utiliser leurs voix sans autorisation, a appris l’AFP mardi 3 février auprès de deux d’entre eux et de leur avocat.
Dirigée contre Voice Dub et Fish Audio, cette action collective, présentée comme inédite en France, témoigne des craintes persistantes des comédiens de doublage face aux menaces que l’IA fait peser sur leur métier.
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Un litige autour des fonctionnalités des plateformes
Le litige se noue autour d’une des fonctionnalités de ces plateformes : la possibilité, moyennant paiement, de faire lire un texte avec une voix choisie dans un large catalogue (fonction dite « text to speech ») où sont notamment reproduites celles d’Emmanuel Macron ou Kylian Mbappé.
Assurant que leur voix y figure sans leur consentement, huit comédiens ont fait établir un constat d’huissier et adressé à Voice Dub et Fish Audio des mises en demeure leur sommant de retirer tous les « modèles de clonage exploitant (leur) voix », selon ces documents datés du 30 janvier consultés par l’AFP. Ils réclament également 20.000 euros de dommages et intérêts.
« Il faut absolument faire quelque chose », assure à l’AFP l’une des requérantes, Françoise Cadol, VF d’Angelina Jolie ou Sandra Bullock. « Tout se passe sans notre autorisation, on parasite notre interprétation, on est néantisé, piraté. C’est notre métier, on vit de notre voix ». « On prend ma voix pour faire dire n’importe quoi à n’importe qui et ils se font payer sans même que j’aie le moindre droit de regard », complète auprès de l’AFP Richard Darbois, voix française de Richard Gere, Patrick Swayze ou Buzz l’éclair, lui aussi associé à cette procédure.
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Assignation en justice ensuite
Si elles restent sans réponse, ces mises en demeure seront suivies d’une assignation en justice, affirme à l’AFP l’avocat des huit comédiens, Me Jonathan Elkaim, selon qui ces plateformes ne peuvent se soustraire aux protections françaises sur le droit d’auteur et la vie privée, dont la voix est juridiquement un des éléments.
« Étant donné que le contenu manifestement illicite diffusé par ces sociétés s’adresse sans aucune hésitation à un public français et que l’on peut l’acheter en France, la loi française s’applique », assure l’avocat.
Sollicitées, les deux sociétés visées n’ont pas réagi dans l’immédiat.