|
Fuite, trafic en prison, organisation criminelle… Le dossier « Uber stup » jugé ce lundi en Vendée... |
1
Treize personnes sont jugées lundi 20 octobre pour leur participation à un vaste trafic de stupéfiants entre la Vendée, le Maine-et-Loire et la Loire-Atlantique. © ARCHIVES OUEST-FRANCE
Une véritable « organisation criminelle ». Voilà comment la présidente du tribunal de La Roche-sur-Yon (Vendée) décrit le dossier « Uber stup » jugé ce lundi 20 octobre. Pendant plus d’un an, un réseau composé d’une dizaine de personnes a écoulé d’importantes quantités de drogue via le canal Telegram « 85 cartel ». À la tête de ce trafic, un suspect incarcéré à la maison d’arrêt d’Angers (Maine-et-Loire). L’ombre de fuites plane par ailleurs sur le dossier. Explications.
« C’est la dernière fois que vous coupez la parole à quelqu’un où je vous expulse de cette salle », s’énerve Isabelle Jubineau, la présidente du tribunal correctionnel. Un procès tendu vient de démarrer à La Roche-sur-Yon (Vendée). Les enquêteurs avaient surnommé ce dossier « Uber stup ». L’un des plus importants du département ces dernières années.
À l’entame de l’audience, la magistrate a décrit une véritable « organisation criminelle ». En marge d’une saisie de cannabis, en février 2024, une étiquette particulière est trouvée sur les stupéfiants. Le drapeau du Brésil. La marque d’un réseau déjà dans le viseur de la justice qui utilisait le canal Telegram « Le bon plan 85 ». Un nouveau, intitulé « 85 cartel », a pris la suite après l’interpellation de plusieurs membres.
Supermarché de la drogue et règlement de comptes
Les premières investigations de la brigade de recherches de La Roche-sur-Yon montrent que Kylian Patin, en attente de son procès pour la revente de près de 100 kg de drogue en Vendée, aurait repris le trafic depuis la maison d’arrêt d’Angers. Une opération d’ampleur est lancée : écoutes, balises, surveillance, mais également infiltration de la boucle Telegram.
Elle permet aux enquêteurs d’observer un système digne « d’un supermarché de la drogue ». Tarif dégressif en fonction de la quantité, livraison à domicile, existence de packs avec de la drogue et des cigarettes de contrebande… Il est possible d’acheter du « cannabis filtré » ou encore de « la cocaïne pure ».
L’infiltration permet aussi aux gendarmes de prendre la mesure de l’organisation criminelle. Sur la boucle Telegram, on propose ainsi des services pour « attacher des gens dans une forêt », « tabasser » ou « brûler une maison ». Ou encore pour racheter des armes, des voitures volées et du matériel multimédia. Un mécanicien est même chargé de poser de fausses plaques sur les véhicules.
« Vous aviez été informée de l’opération d’interpellations ? »
Six jours après la condamnation d’une partie du réseau pour le premier dossier, l’opération d’interpellations est lancée par les gendarmes. Problème, à l’heure des perquisitions, les produits stupéfiants manquent à l’appel. Et l’ombre de fuites plane sur l’enquête. En garde à vue, les suspects ont tous désigné un avocat présent dans le dossier comme à l’origine de l’information.
« Vous aviez été informée qu’il y allait avoir une opération d’interpellations ? », s’enquiert la présidente auprès d’une revendeuse de drogue. Réponse de l’intéressée : « Non. » La question risque de se poser tout au long de la journée.