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ENTRETIEN. Affaire Hulot : les vérités de Matthieu Orphelin, écarté de la campagne de Yannick Jadot... |
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Matthieu Orphelin, député écologiste du Maine-et-Loire et ex-porte-parole de Yannick Jadot, candidat à l’élection présidentielle. © Archives Eddy Lemaistre
Le député écologiste du Maine-et-Loire, proche de l’ancien ministre, s’est vu retirer samedi 27 novembre le porte-parolat de la campagne du candidat à l’élection présidentielle. S’il comprend les interrogations, il plaide non-coupable et revient en détail sur la nature de ses liens, ainsi que sur ce dont il avait connaissance. Il réaffirme aussi ses divergences sur la campagne et qu’il avait prévenu Yannick Jadot de son départ en décembre.
Les accusations de viol et d’agressions sexuelles contre Nicolas Hulot continuent à provoquer des remous dans la campagne du candidat écologiste à la présidentielle, Yannick Jadot. En première ligne, son ex-porte-parole Matthieu Orphelin. Le député du Maine-et-Loire a été « mis en retrait » ce samedi, du fait de sa proximité avec l’ex-ministre. Tout en rappelant son soutien aux femmes qui se sont exprimées, il « refuse de payer pour une faute [qu’il] n’a pas commise ». Entretien.
Comprenez-vous les questionnements autour de ce que savaient les proches de Nicolas Hulot, accusé de viol et d’agressions sexuelles ?
Bien sûr, je les comprends, compte tenu de la brutalité des témoignages qu’on a découverts dans Envoyé spécial. Ce n’est pas anormal que les gens se demandent s’il y avait un système organisé. La réponse est non. J’ai dit immédiatement mon soutien aux victimes. Je salue leur courage d’avoir parlé. Ce n’est pas rien et c’est très grave, ce qui a été dévoilé, même s’il a droit à la présomption d’innocence.
Vous-même avez souvent évoqué votre proximité avec Nicolas Hulot. Avez-vous pu vous rendre compte de certaines choses ?
En 2007-2008, je n’étais pas dans l’entourage politique de Nicolas Hulot, à l’époque du Pacte écologique. Ensuite, j’ai été beaucoup plus proche de lui, même si on ne se parle plus, pour d’autres raisons, depuis des mois. Ce que j’ai vu, et que tout le monde a vu puisque c’est dans le livre de Bérengère Bonte, c’est que c’était un dragueur, un dragueur lourd, avec une attirance pour les femmes. Bien sûr, je me pose aujourd’hui la question : y a-t-il des choses que tu aurais dû voir ou interpréter ? Je n’en ai pas trouvé pour l’instant.
En 2018, au moment de la sortie de l’article le mettant en cause dans Ebdo, vous aviez parlé de « rumeurs infondés et d’inquisition ». Vous le regrettez ?
Mon tweet date d’avant la sortie d’Ebdo et des élément que contenait l’enquête. Mais pas une seule fois depuis, je ne lui ai apporté mon soutien sur ces affaires-là. Nicolas Hulot ne m’a pas dit toute la vérité et m’a même menti. Quand je lui demande quelle est la réalité dans tout ça, il me sort le papier du procureur qui dit que les faits ne sont pas établis. Dans une autre histoire concernant une de ses anciennes employées, j’avais entendu la rumeur. Je lui pose la question en 2016. Il me montre un échange et me dit que c’était une histoire consentie. Je m’en veux de l’avoir cru.
Le cas de Pauline Lavaud a été avancé ces derniers jours pour illustrer la connaissance qu’aurait eue l’entourage de Nicolas Hulot. Ecartée de la campagne de la primaire écologiste de 2011 parce qu’elle « excitait trop » Nicolas Hulot, elle nous a indiqué ce week-end que vous n’étiez ni l’auteur, ni le témoin de cette éviction.
Je ne la connaissais pas et n’avais pas entendu parler de son histoire avant 2018. Mais merci de lui avoir posé la question, ce n’était pas long de le vérifier… Attention, je ne suis pas une victime. Je n’ai pas passé le meilleur week-end de ma vie, mais les seules victimes dans cette affaire ce sont les femmes qui subissent des violences sexuelles et sexistes. Il faut en finir avec l’impunité.
Vous payez votre proximité avec Nicolas Hulot ?
J’ai sans doute servi de fusible facile, mais ce n’est pas très grave. Mais quand un plomb saute, il faut se demander pourquoi. J’ai du respect pour Yannick Jadot. Je pense qu’il sait que je ne savais rien, mais il a de toute évidence été mal conseillé. Mais encore une fois, c’est la libération de la parole qui compte. Et collectivement, il doit y avoir une réflexion et des actions nouvelles au sein d’EELV, dont ils ne peuvent s’exonérer en m’ayant fait partir. Je rappelle que j’ai coprésidé le premier groupe parlementaire à faire adopter une charte pour l’égalité femmes-hommes, que mes premières actions en politique ont été à la région de mettre en place des actions éducatives pour la lutte contre les discriminations et l’égalité femmes-hommes.
Vous dites ne pas être « dupe » de la décision de vous écarter, en évoquant les divergences sur la conduite de la campagne de Yannick Jadot ?
J’avais dit à Yannick Jadot que je partirais le 20 décembre au plus tard, pour cause de divergences. Ce que Julien Bayou reconnaît finalement ce lundi matin. Les difficultés de la campagne, tout le monde les connaît… Quand Sandrine Rousseau dit dans L’Obs « qu’on s’emmerde » dans cette campagne… Mais je voulais, de mon côté, le faire en douceur.
Suite à la séquence de ce matin, pour préciser mon propos: après vérification, on m'informe que Matthieu Orphelin a bien fait état de désaccords ce mercredi au téléphone. Dont acte. Je continue de penser que ce n'était pas le moment d'en faire état dans ce communiqué. https://t.co/sH3G8VyLAs
— Julien Bayou (@julienbayou) November 29, 2021
Mais quitter la campagne est un acte fort ?
Je ne veux pas de mal aux écologistes. Mais quand vous êtes porte-parole, vous ne pouvez pas ne pas être aligné à 100 % avec le candidat. Sur les jeunes, j’avais proposé en vain qu’on consacre novembre et décembre à aller leur parler. Essayer de les mobiliser, dans les facs, les foyers de jeunes travailleurs, les sorties d’usine… Autre divergence majeure, la primaire populaire. On peut parfois les trouver maladroits. Mais 190 000 personnes ont dit sur ce site qu’elles voulaient que les candidats de gauche et écologistes se retrouvent. Yannick Jadot a dit non et ne veut pas y participer. Je le respecte, c’est sa campagne, mais je pense qu’il fait une erreur.
Selon vous, invoquer l’affaire Hulot serait un prétexte pour régler des désaccords politiques ?
Je ne dirais pas ça. Il y a une coïncidence, mais c’est évident que les deux sont liés. Yannick Jadot a voulu se protéger. Mais je refuse de payer pour une faute que je n’ai pas commise. Je n’étais pas au courant des violences révélées par Envoyé spécial. Il n’y a pas le début d’une accusation contre moi. Mais le plus important, c’est, encore une fois, de lutter pour la fin des violences sexistes et sexuelles.
L’épisode pourrait vous dissuader de vous représenter aux législatives en 2022 ?
Ce n’est pas la question en ce moment, vraiment. Chaque chose en son temps. Mais le score que j’ai obtenu aux régionales à Angers, en tête avec 44 %, est la meilleure réponse à ceux qui disaient que les Angevins se détourneraient après mon départ de La République en marche, parti dont le candidat a fini à moins de 8 %.