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En Anjou, la colonie Ker Madeleine reprend vie dans une vidéo... |
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Comme ces garçons et filles, ici en 1957, près de 2 000 enfants passeront leurs vacances à la colonie Ker Madeleine. © Collection privée
Grâce à cette colonie de vacances dont l’idée est née dans le Haut-Anjou après la Seconde Guerre mondiale, 2 000 enfants de la campagne ont pu profiter de l’air de la mer au Pouliguen (Loire-Atlantique), dans une villa bâtie par Eugène Proust (1861-1943), qui fut maire d’Angers. Un appel à témoignages est lancé pour enrichir les souvenirs des colons d’alors.
Jean-Jacques Carré souhaite activer la mémoire des personnes liées à la colonie Ker Madeleine qu’a dirigée son père Jean Carré, qui plus tard fut maire de Challain-la-Potherie (Maine-et-Loire).
« Un rêve »
Une vidéo, commentée par l’auteur et exhumant des archives inédites, raconte cette histoire (1). À travers ce montage, c’est un appel à témoignages qui est lancé.
Tout débute avec une villa du même nom, construite dans les années 1900 du côté du Pouliguen (Loire-Atlantique). Car Ker Madeleine, c’est aussi le récit d’« un rêve ». Celui d’Eugène Proust (1861-1943), avocat angevin et collectionneur de timbres, qui fut maire d’Angers de 1929 à 1935. C’est lui qui fit construire cette villa baptisée du prénom de sa fille et qui deviendra une colonie.

La tour métallique haute de 20 m, assemblée avec des boulons, fut créée pour l’Exposition nationale d’Angers, en 1895, puis transportée au Pouliguen. Collection privée
Elle fut construite en face d’une structure métallique haute de vingt mètres et assemblée par des boulons, conçue pour l’Exposition nationale d’Angers en 1895 et transportée au Pouliguen deux ans plus tard. Cette tour était un lieu de divertissement disposant d’un bar, d’un restaurant et d’une piste de danse.
Deux autres villas du même style furent construites à côté de Ker Madeleine, dont les locataires avaient le privilège d’admirer l’océan.
Une association à Bourg-l’Évêque
À l’origine de la colonie, il y a « une rencontre entre l’abbé Eugène Bricard, curé de Bourg-l’Évêque en 1948, professeur de philosophie et de sciences naturelles au collège de Combrée de 1942 à 1950, et sœur de la charité Madeleine Proust qui, ayant hérité de son père d’une villa au Pouliguen, y accueillait des orphelins et des convalescents », résume Jean-Jacques Carré. De là va naître « l’idée d’une colonie de vacances ».
À cette époque, partir en vacances à la mer, alors qu’on vit à la campagne, relève du luxe. Pour le rendre abordable est créée une association qui existera durant soixante-quinze ans, le Cercle familial de Bourg-l’Évêque.

Eugène Proust (1861-1943), un avocat qui sera maire d’Angers de 1929 à 1935, à l’origine de la villa Ker Madeleine qui deviendra une colonie de vacances. Collection privée
Son objectif est d’organiser des vacances pour les enfants des communes de Bouillé-Ménard, Combrée, et des cités minières de Bel-Air Nyoiseau, Chazé-Henry et Noyant-la-Gravoyère. Pour concrétiser ce noble projet, l’abbé Bricard bénéficie d’un coup de pouce du curé Jean Davy, lui aussi enseignant à Combrée. Lequel lui succédera en 1951.

Les grandes tentes érigées sur la propriété Ker Madeleine, ici en 1956, pour les jeunes colons du Haut-Anjou. Collection privée
Le succès de cette initiative est grandissant jusqu’en 1960. « Au mois de juillet, ce sont 50 garçons de 8 à 14 ans qui profitent de l’air marin. En août, autant de filles y partent. » L’hébergement des enfants se fait dans un dortoir dit logis de l’âne. Les plus grands, eux, dorment sous des tentes de surplus de l’armée américaine.
2 000 enfants en ont profité
C’est en 1960 que Jean Carré prend la responsabilité de la colonie. Des enfants de Candé, Pouancé et Challain-la-Potherie en bénéficient alors. Ker Madeleine grandit grâce à l’ajout de nouvelles tentes et de préfabriqués. « Une tente chapelle va s’ajouter », relève Jean-Jacques Carré.
Jusqu’en 1968, ils seront une quinzaine de bénévoles à tenir les cuisines, l’intendance et à encadrer. Des règlements, venant réclamer des travaux de mise en conformité, vont ruiner les ambitions des organisateurs en 1967.

Les animations ne manquaient pas pour occuper les enfants en vacances à Ker Madeleine. DR
« Sœur Madeleine aurait pu financer avec des concours bancaires. Elle va décéder, laissant l’évêché d’Angers légataire universel. Ce dernier va vendre les terrains et les biens », conclut Jean-Jacques Carré. Ce sera aussi la fin du Cercle familial de Bourg-l’Évêque.
En vingt ans, 2 000 enfants auront ainsi profité de l’air de la mer.
(1) Film téléchargeable sur le site de l’Amicale des anciens élèves et amis de Combrée. Les témoignages des personnes liées à l’histoire de la colonie Ker Madeleine peuvent être transmis par courriel à : contact@amicalecombree.fr