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Elles ont marqué l’histoire d’Angers et de l’Anjou

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photo marie-anne guéry, professeur d’histoire passionnée par l’histoire des femmes. © katell morin 4

Marie-Anne Guéry, professeur d’histoire passionnée par l’histoire des femmes. © KATELL MORIN

À travers le regard de Marie-Anne Guéry, agrégée d’histoire, immersion auprès d’Angevines brillantes et engagées.

Certains noms vous diront peut-être quelque chose, d’autres moins. Pourtant, ces femmes ont toutes à leur manière marqué l’histoire d’Angers et parfois plus largement de l’Anjou à des époques distinctes. Elles se sont investies pour leur ville, les causes qui leur étaient chères, les femmes et se sont fait une place parmi les hommes. Elles ont donné leur nom à une rue, à une maison pour tous… Après Aliénor d’Aquitaine, la plus éloignée de notre époque et certainement aussi la plus « célèbre », et grâce au travail de recherches de Marie-Anne Guéry, agrégée d’histoire, nous vous invitons à découvrir le parcours de ces Angevines illustres, du Moyen-Âge à l’époque contemporaine.

Quelques mots sur Marie-Anne Guéry, professeur d’histoire passionnée par l’histoire des femmes...

Après des études à Nantes, Marie-Anne Guéry a enseigné l’histoire à Bastia durant 11 ans puis à Angers, au lycée Bergson, de 1985 à 2008. Arrivée à la retraite, elle devient bénévole à l’Université du Temps Libre et peut enfin se consacrer à ses sujets de prédilection : les femmes dans l’histoire, le féminisme. « J’ai toujours essayé d’intégrer dans mes cours l’histoire des femmes mais on était prisonniers du programme. J’ai voulu profiter de la retraite pour me pencher davantage sur le sujet, glisse celle qui a milité dans les années 1970-80 dans des groupes féministes en Corse. Au début, j’étais partagée entre l’idée faire de la recherche pure puis de publier des ouvrages ou bien partager mes connaissances par le biais de conférences. J’ai choisi la deuxième option qui me permettait de faire connaître plein de femmes différentes. » À l’Université du Temps Libre, Marie-Anne Guéry a encadré des cours sur l’histoire du féminisme du Moyen Âge à nos jours qui se déroulent sur deux années. « J’ai dû arrêter pour des raisons personnelles mais j’espère pouvoir reprendre à la rentrée. » L’agrégée d’histoire a également animé plusieurs conférences, notamment à l’Institut municipal, sur Marie Talet, Germaine Canonne et Georgette Boulestreau, dont vous découvrirez les parcours un peu plus loin. « J’ai aussi fait un certain nombre de publications dans L’Anjou Laïque. » Pour ses recherches, Marie- Anne Guéry s’est appuyée sur les documents des Archives départementales, municipales, des bibliothèques… « Je suis également allée aux Archives du féminisme, à la fac de Belle Beille, dont l’historienne Christine Bard est à l’origine. J’ai également réalisé des interviews des familles de certaines femmes lorsqu’il y avait peu d’archives. C’est de cette manière que j’ai pu recueillir des documents et des anecdotes sur Georgette Boulestreau.»

Marie Talet, 1884-1944

«Marie Talet est née à Bordeaux et s’est installée en 1933 à Angers. Elle était professeur et est devenue directrice de l’établissement Joachim du Bellay dès 1933. Elle a contribué à donner une place au collège de jeunes filles public, car à l’époque, l’enseignement privé rayonnait. En 1939, lors du déclenchement de la guerre, elle a été dans la résistance idéologique, du quotidien, en protégeant ses élèves. Elle a été arrêtée en 1943 pour « esprit anti Allemands » avec Lucienne Simier, l’économe de l’établissement, et quatre autres professeurs : Jeanne Letourneau, professeur d’arts plastiques ; Anne-Marie Baudin, professeur d’anglais ; Marthe Mourbel, professeur de philosophie et Marie-Madeleine James, professeur d’anglais. Elles ont été déportées dans le camp de concentration de Ravensbrück, réservé aux femmes. Marie Talet est morte de la dysenterie dans le camp, Marthe Mourbel est décédée sur le chemin du retour. Anne-Marie Baudin est morte gazée. Lucienne Simier, Jeanne Letourneau et Marie-Madeleine James ont pu rentrer à Angers. Jeanne Letourneau a plus tard publié un ouvrage comme témoignage intitulé « Clichés barbares » et Lucienne Simier a rédigé son témoignage sur le camp de Ravensbrück. La rue où se trouve le lycée porte aujourd’hui le nom de Marie Talet et une plaque lui rend hommage au sein de l’établissement. »

Anne Dacier, 1654-1720

« Elle et son mari étaient protestants et se sont convertis au catholicisme. Elle est connue pour être la première traductrice des poèmes épiques d’Homère en français. Son nom a été attribué à une rue dans la Doutre où se trouvait à l’époque une école normale de filles. » Anne Dacier a passé son enfance à Saumur et a appris le grec et le latin avec son père.

Marie-Amélie Cambell, 1909 - 1989

« C’était une des premières femmes dentistes dans les années 1930 à Angers. Durant la guerre, elle était résistante et son cabinet était un lieu de réunion. Elle était agent de liaison de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA).

Aliénor d’Aquitaine (1122-1204)

« Pour Aliénor d’Aquitaine, c’est entre l’Histoire et la légende. Par rapport à l’Anjou, elle a été mariée à Henri de Plantagenêt. Il est parti pour essayer d’obtenir la couronne d’Angleterre. Elle a géré l’Anjou quand lui était parti. Elle comme les autres duchesses d’Anjou avait un caractère fort et était respectée, ce qui fait d’elle une grande figure. »

Yolande d’Aragon (1380-1442), Isabelle de Lorraine (1400-1453) et Jeanne de Laval (1433-1489

« Yolande d’Aragon était la mère du roi René. Isabelle de Lorraine et Jeanne de Laval ont toutes les deux été mariées avec le roi René et ont géré l’Anjou quand celui-ci partait. Yolande d’Aragon est une reine respectée, elle est à l’origine de la fin de construction de la chapelle du château. Elle a fini sa vie en Anjou. Elle a eu un rôle politique à l’échelle de la France. Elle a marié une de ses filles au futur roi de France. Elle s’est retrouvée à élever le dauphin et futur roi, Charles VII. Les duchesses d’Anjou ont marqué leur région mais la France aussi. Mais elles n’ont eu de pouvoir que parce que leur mari était absent ou décédé. »

Marguerite Billot-Thulard (XXe)

« Dès 1911, une institutrice, Marguerite Billot-Thulard, a créé une section de l’association de « l’Union française pour le suffrage des femmes ». Il y a eu à Angers des féministes de la première vague. En 1913, elle a organisé une première apparition publique de cette organisation avec un banquet et elle a fait intervenir Ferdinand Buisson qui était un partisan du droit de vote des femmes. Cécile Brunschvicg est aussi intervenue au sein d’événements qu’elles ont organisé. Ce groupe a existé jusque dans les années 30. Elles faisaient des conférences avec de grandes figures nationales qui parfois regroupaient jusqu’à 200 personnes ! »

Georgette Boulestreau (1903-1986)

Georgette Boulestreau © ARCHIVES/MARIE-ANGGE GUÉRY

« Dans les années 30, la Ligue française des droits des femmes a une section angevine créée par Georgette Boulestreau. C’était une sage-femme libérale militante. Pour elle, son métier, c’était déjà une forme de militantisme. Elle soutenait les mères de famille en difficulté. L’Espace Femme, situé rue Saint-Exupéry, a d’ailleurs baptisé une de ses salles dans les années 2000 « Georgette Boulestreau ». Elle est restée célibataire toute sa vie. Elle protestait contre l’hypocrisie de la loi contre l’avortement. Elle a ouvert la Maison des mères, rue de la Pyramide où il y avait des consultations des mères et des nourrissons. Georgette Boulestreau communiquait dans le Petit Courrier pour annoncer les festivités et les consultations à la Maison des femmes. Elle a fait partie d’une manifestation à la Roche de Mûrs avec le parti radical pour réclamer le droit de vote des femmes. Elle a rencontré Daladier. Elle était pacifiste. Elle appartenait aussi à la Ligue internationale des combattants de la paix. Elle a quasiment élevé ses neveux qui se déplacent encore lors d’événements qui la concernent. Elle a été suspectée d’être communiste, elle a même été perquisitionnée chez elle. »

Germaine Canonne (1909-2009)

Germaine Canonne © GERMAINE CANONNE

« Germaine Canonne est la belle-soeur de Michel Canonne et Jeanne Héon qui ont été résistants. Elle était originaire de Picardie, c’est une Angevine d’adoption. Née Pouillant, elle a rencontré son mari à Paris et l’a suivie à Angers. Elle était professeur d’Anglais. En 1945, elle s’est présentée aux élections municipales sur une liste socialiste. Elle est élue au Conseil municipal, elle est adjointe avec deux autres femmes : Fanny Galland (socialiste) et Marthe Germain (communiste) sous Allonneau. Elle s’est aussi présentée la même année aux élections au Conseil général et elle devient la première femme élue du Maine-et-Loire. Elle était « la seule femme parmi 32 mâles » selon ses dires. Elle était amenée à faire des mariages et l’écharpe n’était pas à sa taille. À l’époque, les gens ne savaient pas comment l’appeler, son statut était inédit dans les environs. Elle a été vice-présidente du Conseil général. Elle a aussi été candidate aux Législatives, toujours avec les Socialistes. Elle a surtout eu des actions pour le domaine social. Elle tenait une permanence hebdomadaire. En 1946, sur sa demande, la Ville a fermé les 6 maisons closes. Elle avait fait des enquêtes concernant ses lieux au préalable et découvert les conditions de travail déplorables. Ses préoccupations étaient « l’enfance et les vieux ». Elle a inauguré l’organisation « La goutte de lait » en 1947. Elle visait la distribution de lait stérilisé aux mères qui ne pouvaient pas allaiter. Elle a procédé à l’ouverture à la première crèche, la crèche Marie Placé, en 1949. Elle s’est beaucoup intéressée aux écoles, aux orphelinats, à la section enfants à Sainte-Gemmes, aux colonies de vacances. Elle a aussi créé le foyer des vieux travailleurs, boulevard Pasteur, en mai 46. Une petite anecdote amusante : Entant qu’adjointe elle a invité le général Patton à Angers et lors du repas, il lui a dédicacé le menu en notant « Protest woman ». Elle a d’abord cru que c’était une référence à sa religion alors qu’il visait sa condition de femme militante. Elle a écrit ses mémoires : « Mes mémoires d’élue ». En 1990, elle a été décorée de l’ordre du mérite national. Depuis qu’elle avait pris sa retraite, elle était bénévole à l’Université du Temps libre à Angers. »

ÉVÉNEMENTS

  • 16 mars : conférence sur la journaliste Séverine (de son vrai nom Caroline Rémy)
  • 23 mars : sur Cécile Brunschvicg
  • 30 mars : sur Madeleine Pelletier 

À 18h, à l’Institut municipal, 9 rue du Musée à Angers, gratuit


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Rédaction et photographies : Alice Labrousse & Katell Morin

 
  

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