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Donald Trump vante le « redressement historique » de l’Amérique lors de son discours sur l’état de l’Union... |
Bousculé par la Cour suprême, malmené dans les sondages, menacé d’une sanction électorale à l’automne, Donald Trump a prononcé le discours sur l’état de l’Union le plus long de l’histoire des États-Unis, au cours duquel il a vanté un bilan « historique », tout en blâmant son prédécesseur.
« Notre Nation est de retour : meilleure, plus forte, plus riche, qu’elle ne l’a jamais été ».
Fidèle à lui-même, Donald Trump s’est livré à une séance d’autosatisfaction mardi 24 février 2026 au Capitole, à l’occasion de son « discours sur l’état de l’Union ». Une longue allocation d’une durée d’une heure et quarante-sept minutes : un record en la matière.
Un peu plus tôt, lors de son arrivée, le président américain avait été accueilli par un élu démocrate afro-américain brandissant une pancarte sur laquelle on pouvait lire « les Noirs ne sont pas des singes ». La pancarte faisait référence à une vidéo raciste partagée ce mois-ci par Donald Trump dépeignant l’ancien président Barack Obama en singe. Al Green, élu démocrate du Texas, se trouvait juste en face de l’occupant de la Maison blanche lorsqu’il a déployé cette pancarte avant d’être escorté hors du Congrès, où retentissaient les cris « USA, USA, USA ! ».
Cet accueil a donné le ton d’une soirée au cours de laquelle les démocrates se sont fait bruyamment entendre pour protester contre les affirmations du président républicain durant son discours. Une joute verbale à laquelle le milliardaire répondait par des « vous êtes une honte pour ce pays ».
Plus d’une trentaine de parlementaires démocrates avaient quant à eux décidé de bouder Donald Trump et de prononcer un contre-discours intitulé l’« état de l’Union du peuple » sur la grande esplanade du National Mall près du Capitole.
Premier à prendre la parole sur la petite estrade éclairée, le sénateur du Connecticut Chris Murphy a estimé que Donald Trump « tournait cette institution (le Congrès) en dérision et ne méritait pas d’audience ».
Quelques dizaines de personnes étaient rassemblées devant l’estrade avec des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Protégez notre démocratie » ou « Pas d’argent pour ICE », la police de l’immigration.
« De retour »
Sous la coupole du Capitole, Donald Trump a pour sa part vanté le « redressement historique » de l’Amérique un an après son retour au pouvoir, dans un discours devant le Congrès où il a dressé un tableau idyllique des États-Unis.
« Après seulement un an, je peux dire dignement et fièrement que nous avons accompli une transformation sans précédent et un redressement historique », a déclaré le président américain, sans omettre d’égratigner le bilan de son prédécesseur, Joe Biden, qu’il a accusé de tous les maux et de toutes les erreurs.
« L’inflation chute, les revenus augmentent vite, l’économie est florissante comme elle ne l’a jamais été », a-t-il encore dit sous les applaudissements des élus de son Parti républicain.
Car il a fort à faire pour convaincre les Américains que « l’âge d’or » promis il y a un an lors de son investiture est à portée de main.
L’enjeu est majeur : habitué à gouverner sans entraves, le républicain de 79 ans verrait sa marge de manœuvre considérablement réduite si son parti perdait le contrôle du Parlement en novembre lors des « midterms ».
Dans son discours, il a énuméré son bilan en matière d’immigration, assurant que la frontière n’avait « jamais été aussi sûre », et dit que les États-Unis avaient reçu plus de 80 millions de barils de pétrole de la part du Venezuela, « notre nouvel ami et partenaire ».
Depuis la capture par les États-Unis le 3 janvier du président vénézuélien Nicolas Maduro, désormais déchu, Washington s’efforce de contrôler l’exploitation des énormes réserves d’hydrocarbures du pays d’Amérique du Sud.
Les pays alliés et rivaux des États-Unis guettaient par ailleurs tout indice sur les intentions de l’imprévisible commandant en chef concernant l’Iran, alors qu’il a massé au Moyen-Orient d’importants moyens militaires.
Iran et réforme électorale
Donald Trumpa également évoqué la question iranienne, brandissant la menace d’une attaque de Téhéran sur le sol américain. L’Iran a « déjà développé des missiles qui peuvent menacer l’Europe et nos bases » militaires et « travaille à bâtir des missiles qui pourront atteindre bientôt les États-Unis », a-t-il déclaré, soulignant que les États-Unis, de manière préventive, ont massé une imposante armada militaire dans la région du Golfe. Le républicain a cependant ajouté que sa préférence allait à une solution par « la diplomatie » pour résoudre le différend avec l’Iran.
Sur le plan intérieur et en prévision des élections de mi-mandat, Donald Trump a demandé au Congrès américain d’approuver sa réforme sur la fraude électorale, qui exige que chaque électeur présente une pièce d’identité pour pouvoir voter, lors de son discours de politique générale devant les parlementaires.
« Je vous demande d’approuver la loi + Sauver l’Amérique + (Save America Act), afin d’empêcher les étrangers en situation irrégulière - et autres personnes sans papiers - de voter lors de nos élections américaines sacrées », a déclaré le président américain, ajoutant que « la triche est galopante dans nos élections », une allégation infondée qu’il répète souvent, tout en pointant du doigt les démocrates.
Ce sujet épineux est un serpent de mer aux États-Unis, où des millions de personnes en âge de voter ne possèdent pas de tel document.
Début février, la Chambre des représentants, à majorité républicaine, a approuvé cette proposition de loi qui imposerait à toute personne en âge de voter de présenter en personne une preuve de citoyenneté, comme un passeport ou un certificat de naissance, afin de s’inscrire sur les listes électorales.
Elle imposerait également de présenter une pièce d’identité avec photo au moment de voter, ce qui n’est pas le cas actuellement dans une grande majorité des États.
Mais le texte fait face à un obstacle de taille au Sénat, où 60 voix seraient nécessaires pour l’adopter.
JD Vance contre la fraude sociale
Donald Trump a par ailleurs annoncé que son vice-président JD Vance était désormais chargé de mener la « guerre contre la fraude » aux aides sociales, qu’il a imputée aux migrants et localisée dans certains États, tous démocrates.
«Ce soir, et même si cela a commencé il y a quatre mois, j’annonce officiellement une guerre contre la fraude, qui sera menée par notre excellent vice-président JD Vance ».
Il s’en est une nouvelle fois violemment pris à la communauté somalienne du Minnesota (nord des États-Unis), dont des membres ont été mis en cause dans un vaste scandale de fraudes aux aides sociales.
« Les pirates somaliens qui ont pillé le Minnesota nous rappellent qu’il existe de nombreuses régions dans le monde où la corruption et l’anarchie sont la norme, et non l’exception », a dit Donald Trump.
« L’importation de ces cultures par le biais d’une immigration incontrôlée et de frontières ouvertes fait naître ces problèmes ici même, aux États-Unis. Et ce sont les Américains qui en paient le prix », a-t-il poursuivi, faisant un lien avec l’augmentation des frais médicaux ou encore de la criminalité.
« Nous allons nous occuper de ce problème, nous sommes sérieux », a-t-il ajouté.
Outre le Minnesota, le président américain n’a cité que des noms d’États dirigés par les démocrates comme exemples de territoires selon lui rongés par la fraude aux aides sociales.
Hommage à l’équipe de hockey
En début de séance, le dirigeant républicain avait fait une entrée en grande pompe dans l’hémicycle de la Chambre des représentants, où le clan Trump était omniprésent dont la Première dame Melania Trump.
Plusieurs dizaines de parlementaires de l’opposition démocrate avaient eux choisi de laisser leurs sièges vides.
Le républicain a salué l’équipe masculine de hockey sur glace des États-Unis, qui vient de remporter l’or olympique, présente dans la salle et très applaudie au point de presque lui voler la vedette.
Devant des juges de la Cour suprême, il a par ailleurs jugé « très regrettable » leur décision d’invalider une bonne partie des taxes douanières dont il a assommé les partenaires commerciaux des États-Unis.
Quatre des neuf juges de l’institution, que Donald Trump a violemment critiquée, étaient au premier rang pour son discours. Il leur a serré la main à son arrivée.
Dans un sondage YouGov/Marketwatch publié mardi, près de 47 % des personnes interrogées jugent que leur pouvoir d’achat s’est dégradé depuis qu’il est revenu au pouvoir en janvier 2025.
Outre l’équipe de hockey, le républicain a aussi convié Erika Kirk, veuve de l’influenceur pro-Trump Charlie Kirk, assassiné en septembre et dont la Maison Blanche, au diapason de la droite chrétienne, a fait un « martyr ».
Certains parlementaires démocrates ont, eux, invité des victimes de l’ancien financier Jeffrey Epstein, mort en prison en 2019 avant son procès pour crimes sexuels et dont Donald Trump a été proche.