|
Dominique Jamet à la moulinette de Marc Bergère... |
1
Marc Bergère reproche à Dominique Jamet d'avoir transformé Jacques Vasseur en personnage ballotté par les événements. « Alors qu'il a fait ses choix en connaissance de cause. En pleine période de collaboration. »
Parce qu'il a fait un « roman ». En fait, une sorte de « docu-fiction », comme en produit la télé. Ce qui parasite les faits réels. L'écart présent-passé est brouillé, la distance est gommée. Pourquoi déplacer les lieux, pourquoi l'appeler Deleau et non pas Vasseur, pourquoi le faire arrêter en 1965 alors qu'il l'a été en 1962, pourquoi le libérer en 1985 alors qu'il l'a été en 1983... ?
Dominique Jamet explique qu'il a préféré transposer l'histoire vraie à travers un « roman » faute d'avoir pu rencontrer Vasseur. Ces « différences » ne sont pas déterminantes sur le fond...
Le plus dérangeant, c'est l'idée sous-jacente qui traverse l'ouvrage : Vasseur n'a-t-il pas été le jouet d'événements qu'il n'a pas pu maîtriser ? Et au-delà : choisit-on vraiment de devenir traître ? Et voilà qu'on voudrait faire de Vasseur une sorte de Lacombe Lucien, ce jeune garçon de condition modeste en mal de reconnaissance sociale qui va se trouver valorisé à travers la collaboration (racontée par Louis Malle dans un film titré Lacombe Lucien). Tout le contraire de Vasseur, dont le parcours universitaire est brillant, le niveau d'éducation supérieur à la moyenne, intelligent, milieu familial stable, inséré professionnellement... Donc à l'opposé de l'univers gestapiste habituel, qui regroupe des personnages asociaux, déclassés, qui cherchent l'ascension sociale dans la collaboration.
Sa fascination pour l'Allemagne était réelle, en revanche. Le fait qu'il ait été toute sa vie surprotégé par sa mère aussi... : elle le cachera pendant dix-sept ans ! Au point de devenir sa marionnette ?
C'est mon reproche principal : Dominique Jamet a fait de Vasseur un être ordinaire, et même un personnage pitoyable. Qu'il appauvrisse le personnage est navrant mais ce n'est pas l'essentiel. Le plus grave, c'est de faire croire qu'il n'a été qu'un rouage alors qu'il a assumé son choix et joué un rôle majeur. Et un choix fait en vraie connaissance de cause : ça se passe en 1942, on n'est plus en 1940... D'abord engagé comme interprète, il a vite pris des responsabilités et il a fini par diriger les services de la Gestapo ! Les Allemands lui avaient accordé une véritable autonomie d'action avec son équipe : ils appréciaient son efficacité ! Donc il a vraiment choisi, et pas n'importe quel service !
Recueilli par Alain MACHEFER.