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De la musique aux semelles de vent au Grand Théâtre d’Angers... |
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Grand Théâtre, le 5 mai 2022. Ramzi Aburedwan (à gauche) et son ensemble Dal’Ouna pour leur voyage « Natouf ». © Yves HARDOUIN
Ramzi Aburedwan et son ensemble Dal’Ouna ont ravi un Grand Théâtre bien rempli, jeudi, avec leur nouveau spectacle, « Natouf », vraie invitation au voyage.
« Île des doux secrets et des fêtes du cœur ! / De l’antique Vénus le superbe fantôme / Au-dessus de tes mers plane comme un arôme, / Et charge les esprits d’amour et de langueur »… C’est ce que nous inspire « Natouf », cette strophe du poème « Un voyage à Cythère » de Baudelaire, qui elle-même nous plonge dans le tableau de Watteau, « L’embarquement pour Cythère ». Peinture, voyage, poésie : une règle de trois à l’opposé de celle des unités au théâtre, tant le nouveau spectacle de Ramzi Aburedwan et de son ensemble Dal’Ouna multiplie les temporalités, les lieux et les inspirations.
Sur la scène du Grand Théâtre, jeudi, c’est une histoire de cordes, celles du bouzouk du fondateur de l’association Al Kamandjâti, du oud de Ziad Ben Youssef et celles vocales du chanteur Abo Gabi et de Salaam Rasheed, Rahaf Alcharif et Dima Abou Rashed formant un choeur de femmes impeccable. C’est aussi une histoire de souffle avec l’accordéoniste et claviériste Edwin Buger ; c’est encore une histoire de pulsations avec les percussions de Youssef Hbeisch.
Ce que l’on trouve remarquable dans cette odyssée vers le Levant est la parfaite alchimie entre une musique que l’on devine très écrite – en maître à bord, un Ramzi Aburedwan qui donne subtilement le tempo – et les chemins de traverse que se permettent les musiciens, chacun y allant de son chorus sans jamais s’y enfermer. Les interprètes sont complices entre eux et complices avec le public. On a bien sûr nos moments de grâce à nous : quand l’accordéon et le oud s’unissent pour nous évoquer un certain Anouar Brahem et son « Pas du chat noir » ; quand une électro planante épouse une voix planante nous confirmant que l’arabe chanté est d’une grande beauté ; quand une danse tout en souplesse et en légèreté rythme un final enlevé. Ce qui pourrait vite devenir folklore gênant ou kermesse exotique avec ces applaudissements récurrents d’un public enthousiaste ne l’est jamais : la poésie de Jacques Prévert et de Gibran Khalil Gibran, les compositions et les prières sont d’une distinction et d’une classe folles !