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Comment les villes s’adaptent aux inondations de plus en plus fréquentes ?... |
Alors que la facture des dégâts et des indemnisations explose, de nombreuses villes commencent à mettre en œuvre des solutions pour s’adapter à la recrudescence des inondations, inspirées par le concept de ville éponge popularisé par l’architecte chinois Kongjian Yu.
Goretti, Nils, Pedro… À mesure que les tempêtes et dépressions s’enchaînent, les pluies abondent et l’Hexagone a les pieds dans l’eau. Au cours du siècle dernier, l’urbanisation continue dans des zones à risque et l’artificialisation des sols ont rendu la population bien plus vulnérable aux phénomènes de crues, dont l’intensité et la fréquence augmentent avec les changements climatiques.
Alors que la facture des dégâts et des indemnisations explose, de nombreuses villes commencent à mettre en œuvre des solutions pour mieux absorber les eaux pluviales, inspirées par le concept de ville éponge popularisé par l’architecte chinois Kongjian Yu. Des collectivités cherchent ainsi à mieux gérer les eaux de ruissellement urbain, c’est-à-dire toute la pluie qui tombe sur des surfaces imperméables, surcharge les systèmes d’égouts et coule trop rapidement vers les cours d’eau, qui débordent.
1. Des villes plus poreuses et moins imperméables
Plutôt que de construire des digues pour se protéger, les urbanistes appellent désormais à désimperméabiliser les sols pour « permettre l’infiltration des eaux de pluie là où elle tombe, plutôt que de la véhiculer vers les rivières et les océans », explique Philippe Clergeau, professeur émérite au Muséum d’histoire naturelle et expert en écologie urbaine.
L’une des solutions phares pour désimperméabiliser est la végétalisation des villes. « Les méthodes dépendent des endroits, mais la plus intéressante, et de très très loin, ce sont les aménagements végétalisés en pleine terre », affirme Philippe Clergeau. Lors des fortes pluies, la présence d’arbustes et d’arbres favorisent l’infiltration et réduisent le risque d’inondation tout en aidant à réguler le cycle de l’eau.
À Alès, dans le Gard, un quartier confronté à des inondations récurrentes et dangereuses a été détruit puis transformé en espaces naturels et perméables, après que ses habitants ont accepté d’être relocalisés.
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Certains aménagements, comme les noues paysagères, sont connus depuis l’Antiquité et retrouvent une certaine popularité. Ces larges fossés en pente douce végétalisés facilitent l’absorption de l’eau et peuvent la diriger vers des zones spécifiques ou la stocker. La ville de Brest (Finistère) a opté pour cette solution, entre autres, en creusant des noues sous les rails du tramway.
À Paris, le plan ParisPluie, lancé en 2018, impliquait la création de jardins pluviaux, qui combinent les propriétés des plantes à celles des micro-organismes présents dans les sols pour stocker et favoriser l’infiltration de l’eau. Un concept efficace déjà largement adopté en Angleterre, puis aux États-Unis, en Australie et aux Pays Bas.
2. Les zones inondables et tampons
Si cela paraît contreproductif, créer des zones humides en pleine ville est une autre solution prisée. Dans les prairies Saint-Martin à Rennes (Ille-et-Vilaine), une zone d’expansion de crues ou « zone tampon inondable » permet ainsi de contrôler l’eau grâce à des vannes et ainsi de limiter la montée de cette dernière dans les secteurs habités.
C’est aussi ce qui a été fait à Saint-Martin-d’Auxigny, dans le Cher, où une friche industrielle a été rasée pour créer une zone humide qui absorbe les débordements, et restitue de l’eau en période sèche, comme une éponge.
Dans le même esprit, à Vernon, dans l’Eure, un parc inondable de 3 hectares a été aménagé en 2021, sur le territoire d’une ancienne fonderie. Contribuant à l’atténuation des inondations lorsque la Seine sort de son lit, cette initiative est même citée dans le dernier rapport d’Oxfam sur les villes résilientes.
Véritables alliés contre la pollution grâce à leurs propriétés de stockage des toxines et pesticides agricoles, ces dispositifs jouent aussi un rôle essentiel de réservoirs de biodiversité.
3. Les aménagement perméables et surélevés
De nombreuses villes, dont Nantes (Loire-Atlantique), optent aussi pour des revêtements perméables dans les rues, les parkings et les cours de collèges à la place du bitume. Des pavés drainants ou des chaussées en gravier stabilisé permettent ainsi à l’eau de s’infiltrer directement dans le sol.
Dans certaines zones très exposées, toutes ces solutions pourraient ne pas être suffisantes. Ainsi, il faut bâtir « en considérant que le rez-de-chaussée sera inondable à un moment donné, souligne Clément Gaillard, urbaniste spécialisé dans le design climatique. Pour cela, on enlève le maximum d’obstacles comme les murs, on construit sur pilotis et on fait passer l’électricité en plafond. »
À Romorantin-Lanthenay, dans le Loir-et-Cher, le quartier Matra est construit sur une friche industrielle, située dans une zone particulièrement exposée aux crues en raison de sa proximité avec la Sauldre, rivière qui a connu de nombreuses crues. Il abrite 180 logements surélevés d’au moins 1,5 m avec, entre autres, un système de clapets sous les bâtiments pour évacuer l’eau comme il en existe à Angers (Maine-et-Loire).
L’architecte a conçu les rues et les jardins parallèlement au cours d’eau, pour accompagner l’écoulement plutôt que de le bloquer. Lors d’une crue importante en 2016, les habitations ont ainsi été épargnées et la décrue s’est faite en quelques jours, alors qu’elle peut habituellement prendre des semaines.
4. Déconnecter des gouttières du réseau des eaux pluviales
Autre solution : la déconnexion des eaux pluviales du réseau d’assainissement, expérimentée par la métropole de Lyon (Rhône) avec l’Agence de l’eau. « L’eau dans la ville a toujours été plus ou moins gérée comme un déchet, explique Clément Gaillard. Historiquement, on a créé des réseaux uniques où sont mélangées les eaux usées très polluées et les eaux de pluies, ce qui entraîne tout un tas de problèmes et de coûts. »
Désormais, cette approche du « tout tuyau » est à délaisser, selon l’urbaniste. « On travaille plutôt sur des réseaux séparés qui permettent de faire plein d’économies en bout de chaine sur les stations d’épuration », poursuit-il.