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Climat. Les actions militantes radicales desservent-elles la cause écologiste ?

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photo  les deux militantes de just stop oil, à la national gallery de londres, le vendredi 14 octobre 2022.  ©  afp 3

Les deux militantes de Just Stop Oil, à la National Gallery de Londres, le vendredi 14 octobre 2022. © AFP

L’action menée vendredi 14 octobre 2022 par des militantes de « Just Stop Oil » devant le tableau « Les Tournesols » de Vincent Van Gogh a choqué certains observateurs, quand d’autres ont compris qu’on puisse agir de manière si radicale. Quels sont les arguments des deux partis ? Réponse avec François Gemenne, du Giec, et David Belliard, adjoint écologiste à la mairie de Paris.

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Il est environ 13 h ce vendredi 14 octobre 2022. Deux jeunes militantes du mouvement britannique Just Stop Oil s’introduisent dans les couloirs de la National Gallery de Londres, où est exposée la toile Les Tournesols, l’un des chefs-d’œuvre de Vincent Van Gogh.

Une toile sur laquelle elles vont jeter de la soupe à la tomate, avant de se mettre à genoux, sous le tableau barbouillé en collant une de leur main au mur. But de leur happening : attirer l’attention sur l’état de la planète, et demander au gouvernement britannique d’arrêter de subventionner les projets liés aux énergies fossiles.

Circonspection contre compréhension

Il n’en fallait pas plus pour mettre les épidermiques réseaux sociaux en ébullition, et les voir se diviser en deux camps. Car certains tweetent rapidement leur circonspection, sinon leur désarroi, et le font d’autant plus fortement que l’information rappelant que l’œuvre est protégée par une vitre n’a pas encore totalement filtré. D’autres se veulent plus compréhensifs et voient dans l’action des militantes de Just Stop Oil un moyen de lutte légitime.

François Gemenne, membre du Giec (le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), est de la première école. David Belliard, adjoint écologiste à la mairie de Paris, est plutôt de la seconde. Quelques jours après l’action de Just Stop Oil, les deux hommes détaillent à Ouest-France leur position.

François Gemenne : « Ce type d’action choc détourne une partie du public de la cause climatique »

« Ma première réaction a été une réaction d’incompréhension. Je me suis dit : « Mais pourquoi s’en prendre à une œuvre d’art ? Et pourquoi celle-là ? ». J’avais déjà vu des actions avec des militants qui s’attachaient à des cadres ou se collaient les doigts au mur, et j’avoue que je ne comprenais pas non plus.

Je peux comprendre des actions de désobéissance civile quand elles visent un ministère ou un site de production pétrolière par exemple, voire même quand il s’agit de bénéficier de l’exposition médiatique d’un événement sportif. Mais dans des musées… Ce n’est pas en s’attaquant au beau que l’on va sensibiliser au vivant.

photo françois gemenne, en 2022.  ©  francois gemenne

François Gemenne, en 2022. FRANCOIS GEMENNE

Le problème est double. D’abord, ce type d’action choc va détourner une partie du public de la cause climatique. On va essentiellement parler à des convaincus qui vont s’enthousiasmer pour cette action d’un genre un peu nouveau et complètement disruptif. Mais à côté de ça, vous avez toute une partie de la population qui ne se reconnaît pas dans le mouvement climat, et ce type d’actions va les rebuter plus qu’autre chose.

Le deuxième problème, c’est que je trouve ce type de performance un peu égoïste. Cela va parler à un type de public avec des codes culturels très élevés qui va pouvoir s’interroger sur la valeur de l’art, son côté sacré. Mais la plupart des gens vont juste y voir une tentative de vandalisation d’une œuvre d’art. Et dans les pays du Sud, notamment, ça peut être très dangereux pour toute une série d’activistes ou de chercheurs, qui pourraient se faire assimiler à des agitateurs politiques voire même à des écoterroristes.

Et cela provoque chez moi un certain découragement car le message qui nous est adressé à nous chercheurs, qui avons investi du temps dans la vulgarisation, dans les débats et les conférences, c’est que finalement tout ça ne sert à rien et qu’il suffit de jeter un peu de soupe sur un tableau pour faire les gros titres de la presse du monde entier. »

Lire aussi : Climat. Face à l’inaction, les scientifiques sont-ils en train de radicaliser leur discours ?

David Belliard : « Ces jeunes femmes viennent bousculer les lignes »

« Que des gens traditionnellement opposés aux actions pour le climat soient choqués, je l’entends. Cette action, elle est choquante. Moi-même, elle m’a choqué. Ma première réaction c’était : « qu’est-ce qu’elles font ? » Mais l’action est plus intéressante que ça. En vérité, ces deux militantes ont choisi un tableau protégé par une vitre, et le tableau n’a subi aucune dégradation. Et l’action fait parler du climat et de ce qu’on doit faire pour alerter le public.

J’ai été assez choqué par une série de réactions de commentateurs dits de gauche ou d’écolos qui se sont sentis obligés de participer à la dénonciation. Les gens qui agissent, on ne peut pas leur jeter la pierre. Il y a quelque chose qu’on appelle la sororité chez les féministes. Eh bien, moi, j’aimerais bien qu’il y ait une solidarité entre écologistes.

photo l’écologiste david belliard, adjoint à la maire de paris, le 4 mars 2020.  ©  bertrand guay / archives afp

L’écologiste David Belliard, adjoint à la maire de Paris, le 4 mars 2020. BERTRAND GUAY / ARCHIVES AFP

Ce type d’actions fait partie d’une longue tradition qui a échappé à une partie de la gauche et des écologistes. C’est une tradition qu’on retrouve notamment dans la lutte contre le sida. C’est le même registre d’action que celles d’Act Up. Lorsqu’ils jetaient du faux sang ou mettaient un préservatif géant sur l’obélisque de la Concorde, à l’époque, ça a fait un scandale, mais ça a fait bouger des lignes.

Ce n’était pas toujours réussi, mais il y avait quelque chose de l’urgence vitale. Aujourd’hui, c’est un peu pareil avec le climat. Et la radicalité portée par Act Up permettait de rendre acceptable ce que portait Aides. Là on est exactement dans les mêmes choses.

Ces actions sont complémentaires de l’action publique ou des rapports des scientifiques. Le Giec a sorti un rapport pour nous expliquer que le réchauffement climatique s’accélérait mais personne n’en a parlé. Ce n’était même pas en top tweet sur Twitter. Et ce ne sont pas ces jeunes filles qui empêchent ce rapport d’être visible.

Les questions du climat et de biodiversité sont sous-traitées médiatiquement. Donc ces jeunes femmes viennent bousculer les lignes, elles bougent le curseur du débat. »

 
Maxime MAINGUET.    Ouest-France  

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