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Cette prof angevine collecte des trésors pour nourrir l’émancipation des femmes

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photo  christine bard, professeure à l’université d’angers et commissaire de l’exposition « parisiennes citoyennes ! » au musée carnavalet.  ©  ouest-france 1

Christine Bard, professeure à l’Université d’Angers et commissaire de l’exposition « Parisiennes citoyennes ! » au musée Carnavalet. © Ouest-France

Professeure à l’Université d’Angers (Maine-et-Loire) Christine Bard a conçu Parisiennes citoyennes ! une exposition manifeste présentée jusqu’au 29 janvier 2023 au musée Carnavalet, à Paris.

Christine Bard, professeure à l’Université d’Angers (Maine-et-Loire) a conçu une exposition sur l’émancipation des femmes, présentée à Paris, au musée Carnavalet, jusqu’au 29 janvier 2023. Entretien.

Pourquoi vous intéressez-vous à l’émancipation des femmes à travers le prisme des Parisiennes ?

Je suis une « provinciale », née et élevée dans une petite ville du Nord. J’ai étudié à Lille, je vis à Angers. Je pourrais chanter comme Marie-Paule Belle : « Je ne suis pas Parisienne » ! En tout cas, je ne suis pas très sensible au mythe de « la Parisienne ».

En revanche, l’histoire sociale et politique de Paris, du point de vue des femmes, est passionnante. Les Parisiennes viennent de partout, de Bretagne, d’Auvergne ou d’ailleurs, et souvent aussi d’autres pays du monde.

La ville est peuplée d’une majorité de femmes. Les femmes du peuple jouent à Paris un rôle politique essentiel. Ceci dit, Paris n’est pas toujours en avance par rapport à ce qu’on appelle souvent, de manière condescendante, la province. Par exemple, la première bachelière, Julie Victoire Daubié, obtient, après avoir mené une rude bataille, de passer l’examen à Lyon (Rhône) et non pas à Paris.

L’exposition que vous avez conçue, Parisiennes citoyennes ! visible à Paris, incite-t-elle à l’optimisme ?

Avec les deux commissaires d’exposition de Carnavalet, Catherine Tambrun et Juliette Tanré-Sczewczyk, nous avons essayé de faire une exposition joyeuse, positive, qui nous donne des forces.

Les réactions d’opposants à l’émancipation des femmes sont mentionnées par petites touches, comme le « projet de loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes », porté par l’avocat Sylvain Maréchal en 1803, mais l’essentiel condense la diversité des enjeux d’émancipation. Nous montrons comment les femmes ont conquis le droit de vote, le droit de circuler dans l’espace public, de faire du vélo, de disposer librement de leur corps, d’accéder à la contraception, d’aller à l’école, d’entrer à l’université, de devenir avocate, sportive… C’est une expo qui en contient mille autres et donne des repères.

Les actuelles manifestations en Iran peuvent-elles nous permettre d’espérer continuer d’avancer vers l’émancipation ?

L’égalité n’est jamais acquise. La banalité des violences sexistes et sexuelles, la disparité des salaires et des carrières, la répartition du pouvoir, la double journée des femmes sont toujours des enjeux. L’égalité entre les femmes et les hommes est un processus lent et compliqué, souvent remis en cause par des périodes de régression.

Nous vivons cette révolution et ce risque de contre-révolution en France. Mais le processus est planétaire. En Iran comme ailleurs, l’émancipation des femmes est dépendante de la configuration du pouvoir patriarcal, des formes spécifiques, politiques et religieuses, qu’il adopte.

Les engagements actuels des Iraniennes et de leurs alliés font converger féminisme et droits démocratiques. Au prix d’un courage extrême, au risque de leur vie même.

Leurs adversaires veulent les discréditer en accusant le féminisme d’être un mouvement occidental. C’est faux. Sous des formes diverses, les engagements pour l’émancipation des femmes existent partout dans le monde.

L’Université d’Angers à la pointe de l’engagement des femmes

Attachée à la défense de valeurs humanistes et progressistes, l’Université d’Angers considère les études sur le genre comme une de ses priorités de recherche. En 2001, Christine Bard et ses équipes y ont créé un Centre des archives du féminisme au sein de la bibliothèque universitaire de Belle-Beille (Angers) qui réunit 80 fonds d’archives nationaux ou locaux, de militantes ou d’associations (Yvette Roudy, la première ministre des Droits de la femme, Cécile Brunschvicg, qui a présidé l’Union française pour le suffrage des femmes et a fait partie du gouvernement de Front populaire, ou encore l’Union féminine civique et sociale).

L’Université d’Angers pilote également un master d’études sur le genre qui réunit aussi les universités de Rennes 2 (Ille-et-Vilaine) de Brest (Finistère) du Mans (Sarthe) et de Nantes (Loire-Atlantique). Le laboratoire d’histoire Temos a aussi créé Musea (https://musea.univ-angers.fr) un musée virtuel sur l’histoire des femmes et du genre, qui présente gratuitement des expositions en ligne passionnantes.

 
Recueilli parFrédérique JOURDAA.    Ouest-France  

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