|
Bruno Retailleau, l'homme qui vit l'affaire Fillon de l'intérieur s'explique6 |
1
Bruno Retailleau est un fidèle de François Fillon. © Franck Dubray
Pour Bruno Retailleau, coordinateur de la campagne du candidat LR à la présidentielle, la convocation de François Fillon, deux jours avant la clôture des parrainages, ne laisse pas le choix. "On veut priver la droite et le centre de son candidat." Face à ce qu’il qualifie de "tentative d’assassinat politique", le président des Pays de la Loire, fidèle au Sarthois, juge "qu’il y a deux poids, deux mesures".
Entretien
Bruno Retailleau, coordinateur de la campagne de François Fillon, président du groupe LR au Sénat.
Est-ce que vous étiez au courant du contenu de l’intervention de François Fillon ?
J’étais à ses côtés hier soir et ce matin. Il a beaucoup consulté et c’est en fonction de ces consultations qu’il s’est fixé, tant sur le contenu de sa déclaration que dans sa détermination à poursuivre.
François Fillon met violemment en cause la justice ?
On a été stupéfait par la convocation chez le juge le 15 mars. Je rappelle que le Parquet national financier n’avait pas trouvé les arguments, et les preuves surtout, pour faire un renvoi en correctionnelle, alors que dans deux affaires sur trois il procède de cette façon-là. Une convocation le 15 mars, à deux jours de la clôture des parrainages, n’offre pas le choix. C’est en réalité un indice qu’on veut priver la droite et le centre de son candidat à quelques semaines de l’élection présidentielle. Si on relit l’enchaînement, on voit qu’un simple article du Canard enchaîné entraîne immédiatement une enquête préliminaire. Le 6 février, quelques heures avant sa conférence de presse, le Parquet national financier (PNF) fait fuiter au journal Le Monde, en violation du secret de l’enquête. Ensuite, il y a 8 jours, le communiqué du Parquet financier est tout sauf un acte de procédure, mais un acte de communication. Enfin, il y a cette décision aussi rapide d’un juge, avec une convocation l’avant-veille de la clôture de la période de parrainage. Le hasard n’est plus une option. Il n’y a plus de hasard.
Quand il s’en remet au suffrage universel et non plus à la justice, François Fillon n’est-il pas dans le bras de fer avec les institutions ?
Non, je pense qu’il est respectueux. Qu’il veut être traité comme n’importe quel justiciable. Même si nous sommes à la veille d’une élection présidentielle, François Fillon ne prétend pas être au-dessus de la loi, mais il ne veut pas être en dessous. On voit bien depuis le début qu’il y a deux poids deux mesures. Il y a des livres et des informations parus ces derniers temps qui n’ont pas justifié que le Parquet national financier diligente une enquête. C’est troublant. François Fillon respecte les institutions et il a d’ailleurs indiqué qu’il se rendra à la convocation. Quand des grands juristes ont pris la parole pour indiquer que l’enquête n’avait pas de fondement juridique ou qu’elle était en quelque sorte illégale, on peut quand même s’interroger. Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant à quelques semaines du 1er tour ?
Est-ce que François Fillon a raison de mettre en scène sa convocation par les juges ? Il n’y a pas comme une dramatisation ?
J’ai vécu de l’intérieur ces dernières heures et c’est franchement une préoccupation qui n’a jamais été présente dans nos esprits. Ce sont des heures où il a fallu réfléchir et peser le pour et le contre. Au-delà des conseils des uns et des autres, c’est en son âme et conscience qu’il a puisé des suppléments de ressource pour résister. Et, croyez-moi, j’ai vu un homme debout.
En repartant ainsi à l’offensive, n’est-ce pas le moyen de relancer sa campagne ?
On aurait tellement préféré que ce genre de chose n’arrive pas, mais faire du terrain et parler du fond. Il y a une tentative d’assassinat politique. On ne peut pas laisser les Français avec la seule alternative de l’extrême droite de Marine Le Pen, c’est-à-dire la ruine de la France, ou d’Emmanuel Macron qui est la continuation du hollandisme.
Vous pensez que le parti Les Républicains va continuer de suivre son candidat ?
François Fillon est venu au Salon de l’agriculture, où je l’ai accueilli, avec François Barouin, Valérie Pécresse, Luc Châtel et beaucoup d’autres… Il est très entouré.