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Avrillé. « J’ai le meilleur époux qui soit »... |
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Avrillé. « J’ai le meilleur époux qui soit »
Sœur Agnès et sœur Marie de Nazareth ont vu plus de monde en un après-midi qu’en une année pleine. La foule s’est pressée au monastère Saint-Joseph samedi. Presque trop pour s’imprégner de la quiétude du lieu.
2011, 2015, 2019… L’ouverture du monastère Saint-Joseph pour les journées du patrimoine est rare. Disons-le de suite : ce n’était que samedi à 16 heures. Si cette visite était discrète les années antérieures, ce week-end, d’Avrillé et au-delà, on s’était passé le mot, tant et si bien que d’une visite unique, Saint-Joseph a joué les portes ouvertes toute la fin d’après-midi.
Douze heures de parloir par an
Le monastère, niché au bout du quartier huppé du Parc de la Haye en direction de l’étang, est toujours aussi discret. Seule la cloche éveille les consciences de l’existence d’un lieu cultuel ici.
La lourde porte de bois franchie, sœur Agnès et sœur Marie de Nazareth ont le sourire à l’accueil des visiteurs. Ce sont deux sœurs « converses », c’est-à-dire deux religieuses qui ont le droit de rencontrer le public en dehors de la clôture en des moments exceptionnels comme cette visite du patrimoine. « En revanche, lorsque nous recevons notre famille, par exemple, c’est, comme pour les autres, en étant séparés
», précise sœur Agnès. Non loin, le parloir et sa double grille que le public approche, marque physiquement cette clôture. On découvre ici que les dominicaines contemplatives n’ont que 12 heures de parloir par an et une demi-heure de récréation par jour durant laquelle elles peuvent parler entre elles. Sinon, c’est silence, l’un de leurs vœux. « Cette coupure physique n’entame en rien les relations avec nos proches. Au contraire, des liens extrêmement étroits se tissent. Nous sommes là totalement pour eux, avec eux. Nos frères et sœurs à l’extérieur font leur vie et s’éloignent un peu des parents. Pas nous
». Sœur Marie de Nazareth, arrivée du Dakota du Nord (États-Unis), n’a vu ses parents qu’une seule fois en quatre ans.
Silence, prière, travail
Le monastère Saint-Joseph a été fondé en 1982. Outre ces sœurs converses, la communauté est composée de sœurs de chœur. Elles vivent recluses dans le silence et le travail, la prière ponctuant la journée à de nombreuses reprises.
Des sourires, des rires même, et des visages lumineux étonnent les visiteurs. « La vocation est un appel, une évidence qui s’impose à nous. Le secret du bonheur n’est-il pas de faire de notre vie ce pour quoi on a été créé, quelles que soient les croix à porter ? J’ai le meilleur époux qui soit, Dieu. Pourquoi serai-je triste ?
». Une alliance témoigne de ce mariage.
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Une fondation en Périgord
En 2015, lors de la dernière séquence d’ouverture pour le patrimoine, le monastère comptait une trentaine de sœurs françaises, européennes, américaines, philippines. Sœur Marie-Emmanuelle, la mère prieure (décédée au début de cette année) avait décidé d’essaimer, créant une fondation dans le Périgord. « Les travaux ont été menés. Nous avons eu un chapitre exceptionnel le 15 août dernier pour le départ de nos sœurs, explique sœur Agnès. Mère prieure avait tout organisé avant son cancer foudroyant. C’est elle qui a choisi celles qui devaient partir. Si nous devions imaginer une seconde fondation, elle s’implanterait au Portugal
».
Il reste 14 moniales à Avrillé. « C’était le souhait de notre mère d’avoir des communautés réduites
».