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Avec « Je suis Romane Monnier », Delphine de Vigan fouille dans nos smartphones... |
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Delphine de Vigan s’empare d’un objet phare de notre époque, le smartphone. © Francesca Mantovani
Dans « Je suis Romane Monnier », Delphine de Vigan imagine une héroïne qui se déleste volontairement de son smartphone. La romancière se penche sur ce que notre téléphone portable dit de nous à travers un roman prenant qui saisit bien l’air du temps.
Catastrophe des catastrophes, Thomas a perdu son téléphone portable au cours d’une soirée. Plus exactement, il l’a échangé avec celui d’une inconnue. Après l’avoir localisée, il pense pouvoir procéder à un rapide échange. Surprise : la jeune femme veut bien lui rendre son portable, mais elle ne tient pas à récupérer le sien. Pire, elle lui donne son code, ce qui lui permet d’avoir accès à toutes les données stockées dans l’appareil…
.Il n’y a que Delphine de Vigan pour se saisir aussi bien de l’air du temps. Déjà , avec son précédent roman, « Les enfants sont rois », elle s’emparait avec maestria du phénomène des enfants influenceurs et de l’exposition sur Internet. Dans « Je suis Romane Monnier », elle imagine une intrigue géniale pour parler du smartphone, ce petit espion de poche qui contient toute notre vie.
Attention au Love Bombing
Car à force de fouiller dans l’appareil, de lire les sms, les vocaux et autres enregistrements, Thomas va tout savoir de Romane. Fasciné, harponné et un peu voyeur, le lecteur découvre avec lui les amours, les problèmes familiaux, jusqu’aux paroles que prononce la jeune femme en dormant. De façon un peu effrayante, les traces numériques parviennent à dessiner un portrait fidèle, jusque dans les détails les plus triviaux.
Romancière attentive et tendre, Delphine de Vigan a soigné la personnalité des deux protagonistes, qui se retrouvent sur le terrain de l’enfance blessée. Thomas, hanté par certains aspects de son passé, est du genre à se laisser ballotter par l’existence, qui en profite pour lui envoyer de sacrées épreuves. Romane est fragile, obsédée par l’idée de découvrir ce qui s’est joué lors du divorce de ses parents. Elle est habitée par la question de la vérité, tellement malmenée en cette époque où chacun se travestit pour apparaître à son avantage sur internet.
Habilement, Delphine de Vigan questionne la responsabilité du numérique dans le malaise existentiel actuel. Certaines pratiques sont effrayantes, comme le Love Bombing, qui consiste à inonder quelqu’un d’amour pour l’en sevrer brutalement en le « ghostant » sur Internet.
« Je suis Romane Monnier », Gallimard, 336 pages, 22 €, E-Book : 15,99 €.