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Art et patrimoine. Le chemin de croix des mineurs sublimé dans une chapelle... |
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Maÿlis Thuret, Vincent Roussier et Florent Maussion, devant un des portraits de son chemin de croix dans la chapelle Sainte-Barbe à Nyoiseau. © CO – Marie-Hélène MORON
Six lieux méconnus du patrimoine religieux et six artistes entrent chaque été en communion pour le circuit Art et chapelles en Anjou. Il fait pour la première fois escale en Haut-Anjou segréen cet été. Éclairage avec le chemin de croix du peintre Florent Maussion, dans la chapelle Sainte-Barbe des mineurs nyoisiens, à Segré-en-Anjou-Bleu (Maine-et-Loire).
Une chapelle sans prétention. Grise, au bout de la cité de Bois II à Nyoiseau. Derrière l’autel en schiste, le retable est une peinture de la vie des mines de fer. Il est attribué à Pampo, un mineur espagnol. Le tabernacle, surmonté d’une croix en tiges de fer, reproduit la cage qui emmenait les mineurs au fond. Ce sont vraiment les hommes qui ont vécu ici qui ont bâti cette chapelle Sainte-Barbe
, souligne Vincent Roussier, président d’Art et chapelles en Anjou.

En chemin de croix, les portraits de mineurs de Florent Maussion ont trouvé leur place dans la chapelle Sainte-Barbe de Bois II, à Nyoiseau. CO – Marie-Hélène MORON
C’est dans ce décor sobre et authentique que l’association a invité Florent Maussion. Une première pour le peintre segréen qui a, depuis 2001, son atelier dans un bâtiment désaffecté du Carreau nyoisien, à deux rues. J’ai fait plein de tableaux sur la mine, mais je n’avais jamais exposé ici
, dit-il.
Du bleu et de la lumière
Comme chacun des artistes de ce 18e circuit Art et chapelles en Anjou, Florent Maussion avait carte blanche pour créer des œuvres en résonance avec ce lieu symbolique, construit par les mineurs. Il lui a inspiré quatorze portraits. Un chemin de croix figuratif, dont la dominante bleue donne une nouvelle intensité à la simplicité de celui en place. Il complète ces mains expressives dessinées de noir, d’or et d’argent. Vincent Roussier, le président d’Art et chapelles est admiratif : On a l’impression que les tableaux sont bleus, mais en s’approchant on distingue toute une palette de couleurs. C’est magnifique
.

Les encadrements du chemin de croix de Florent Maussion sont peints avec de la poudre de fer : de l’encre de mine, un symbole fort pour ses portraits de mineurs. CO – Marie-Hélène MORON
« L’encre de la mine »
Cet ensemble de quatorze faciès est un hommage à ces hommes qui ont marqué l’histoire contemporaine segréenne. Être mineur, c’était aussi une forme de chemin de croix
, exprime l’artiste. Dans ses toiles, telle une auréole, la lampe du casque éclaire chaque visage. D’une vérité saisissante, ces gueules burinées n’ont jamais existé. Leurs traits sont nés sous le pinceau. Ce sont des mineurs imaginaires
, auxquels le peintre a voulu donner des surnoms. C’était la tradition entre mineurs.
Autre symbole fort, Florent Maussion a utilisé du minerai de fer en poudre comme pigment pour représenter les paysages de friche industrielle qui encadrent ses portraits. C’est l’encre de la mine. C’est très lourd
, sourit-il.
Le Carreau et ses galeries ont particulièrement inspiré cette année le peintre segréen, qui ouvre parallèlement son atelier-galerie de Centrale II aux visiteurs pour « Passeurs de lumières », une exposition commune avec la sculptrice MaHo visible du 24 juin au 16 juillet. L’exposition dans l’atelier est un prolongement à ce qui se passe ici
, dit-il.
« Faire vivre les chapelles et les hommes »
À travers les œuvres, le principe du circuit Art et chapelles en Anjou est de susciter une communion entre un lieu patrimonial religieux, les hommes qui en ont fait l’histoire et un artiste. Selon Vincent Roussier, président de l’association depuis cinq ans, l’édition 2023 – la première en Haut-Anjou segréen – est un circuit d’hommes
. Pour chacune des six étapes de ce « pèlerinage »
de 60 km dans des lieux méconnus, souvent merveilleux
, tous les artistes ont joué le jeu de faire vivre les chapelles et les hommes
. Chacun avait neuf mois pour s’en imprégner et créer ses œuvres.
Ce 18e circuit commence par le corps morcelé de Matthias Saillard, dans la chapelle du cimetière de Sainte-Gemmes-d’Andigné, se poursuit à Sainte-Barbe avec les portraits de Florent Maussion, puis s’arrête en Mayenne dans l’étonnante chapelle Saint-Christophe, chapelle des pèlerins voyageurs ornée de voitures aux pochoirs, qui accueille les installations de Dominique Bellanger.

Sculpture de Julien Parsy à la chapelle de la Primaudière. SD
L’escale suivante est à la chapelle Saint-Joseph à Combrée, où le bâton fleuri de Joseph a inspiré des représentations du vivant à Nine Geslin, plasticienne de Vergonnes. L’étape 5 s’arrête dans la chapelle de la Primaudière à Armaillé, où renaissent des anges et rois oubliés, sous les mains de Julien Parsy. Le circuit prend fin à la chapelle de la Cour des Aulnays, ancienne seigneurie lauréate de la Mission Bern à Challain-la-Potherie, dont les pierres ont touché le sculpteur Christian Couaillier.
Dans chaque chapelle, un(e) médiateur(trice) est disponible pour éclairer les visiteurs. Maÿlis Thuret insiste sur le dynamisme
de ces jeunes recrues. Chaque été, cette bénévole du Baugeois se réjouit de cette immersion artistique et patrimoniale qu’elle vit comme une exploration d’un nouveau territoire et la mise en œuvre de talents
. Le Nord du département gagne à être connu
, invite Pierre Rochepeau, adjoint au maire chargé du patrimoine à Segré-en-Anjou-Bleu.

Pierres de Christian Couaillier à la chapelle de la Cour des Aulnays. SD
Toutes les œuvres sont en vente. Le circuit Art et chapelles n’étant pas une galerie d’art, les personnes intéressées pour en acquérir sont invitées à contacter directement les artistes.
Entrée libre du 24 juin au 20 août, les vendredis de 14 h à 19 h, les samedis, dimanches et jours fériés de 10 h à 13 h et de 14 h à 19 h. Accueil par un médiateur. Participation souhaitée : 2 € par visiteur.