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Archéologie préventive : les propos de la ministre Rachida Dati passent mal... |
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La ministre de la culture, Rachida Dati, lors d’une visite en Ille-et-Vilaine le 11 avril 2024. © Archives Mathieu Pattier / Ouest France
Les archéologues ne décolèrent pas depuis la sortie médiatique de la ministre de la Culture, qui a brocardé l’archéologie préventive et préconisé d’en limiter l’utilisation.
« Il ne faut pas faire des fouilles pour se faire plaisir. » « Je préfère mettre l’argent dans la restauration plutôt que de creuser un trou pour un trou. » Ces phrases en forme de punchline de la ministre de la Culture sur l’archéologie préventive, rapportées par le Parisien à l’occasion d’une visite de Rachida Dati au Château de Dampierre, dans les Yvelines, près de Paris, ont piqué au vif la communauté des archéologues.

Franky Mulliez, propriétaire du Château de Dampierre, dans les Yvelines. Archive Ouest-France
Les doléances du propriétaire privé des lieux, qui évoque les difficultés rencontrées lors des coûteux travaux de rénovation, ont semble-t-il eu l’oreille de la ministre qui a précisé son propos sur X (ex-Twitter) le 5 avril 2024, proposant de limiter l’utilisation aux « prescriptions archéologiques indispensables ».
?? Hier au château de Dampierre avec @jnbarrot, l'histoire se rappelle à nous grâce à tous les artisans et à l’investissement de Franky Mulliez !
— Rachida Dati ? (@datirachida) April 5, 2024
La restauration méticuleuse de ce joyau patrimonial supervisée par l’expert Christophe Bottineau permettra à ce lieu chargé… pic.twitter.com/sIkTAWXRcJ
La réponse a été « épidermique » pour le syndicat SGPA CGT, qui s’est fendu le jour même d’un communiqué sur le même réseau social.
« L’indignation agite toute la communauté et pas seulement le secteur du préventif », rapporte Séverine Hurard, secrétaire générale de la section archéologie de la CGT.
Pour elle, Rachida Dati oppose ici à tort « architectes des Bâtiments de France et archéologues, mettant à mal des décennies de politique de protection du patrimoine et de travail en commun ».
« On s’adapte en permanence »
L’archéologie préventive, c’est faire des choix. « On ne peut jamais tout fouiller. On est obligés d’échantillonner, toujours en lien avec les impératifs d’aménagement, insiste Séverine Hurard. On s’adapte en permanence au projet dans des délais contraints, en faisant constamment le deuil de données que l’on ne pourra pas collecter. Et on fouille très très rarement la totalité d’un gisement. »
Sondages et fouilles permettent de valoriser des sites et d’alimenter les connaissances sur l’histoire des territoires. « Cela donne un ancrage et une légitimité aux projets de restauration, en consolidant les choix des architectes. Il y a aussi des enjeux pour les citoyens, qui sont très attachés à leur patrimoine historique. Ici, la ministre défend malheureusement les intérêts privés au détriment de l’intérêt collectif. »
Lire aussi : Comment l’archéologie préventive a préservé la mémoire
Dimanche 14 avril 2024, dans Le Monde, des archéologues et professeurs d’universités ont publié une tribune rappelant le rôle et le poids financier réel de l’archéologie préventive : « Au vu des sondages, de véritables fouilles ne sont réalisées que dans un quart des cas. » Et de rappeler que « seules 6 à 7 % des opérations d’aménagement sont en fait concernées par des fouilles préventives ». Syndicats comme signataires de la tribune regrettent, chez la ministre, une « profonde méconnaissance de la législation » et « des métiers de l’archéologie ».