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Angers. Son père a tué sa mère : elle se bat pour qu’on retire les droits des parents maltraitants... |
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Angers. Son père a tué sa mère : elle se bat pour qu’on retire les droits des parents maltraitants
Son père a tué sa mère sous ses yeux. Elle avait 13 ans. L’Angevine Françoise Le Goff se bat pour que la loi retire les droits parentaux des assassins, violeurs et maltraitants.
Mari violent et alcoolique, Daniel Le Goff, 38 ans alors, commet l’irréparable le 11 décembre 1982 à Angers, en tuant de deux coups de fusil sa femme Josiane, 34 ans. Ses filles, Françoise, 13 ans et Laurence, 10 ans, assistent à la scène. Un assassinat suivi d’un deuxième drame pour les deux sœurs et leur frère, celui d’être placés séparément pour le reste de leur adolescence.
« Je n’ai jamais vu une assistante sociale venir voir si j’allais bien »
Et puis ce nouveau traumatisme que nous révélions l’an dernier (Le Courrier de l’Ouest du 14 décembre 2018) quand ces enfants que la vie n’a pas épargnés reçoivent un courrier du Conseil départemental. Une enquête d’obligation alimentaire, car il faut financer l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de leur père, sorti de prison depuis bien longtemps, aujourd’hui âgé de 75 ans. Tous ces cauchemars ravivés. Un long travail de reconstruction psychologique qui s’effondre d’un seul coup. Et l’obligation de prouver ce qu’ils ont subi. Car ils doivent justifier leur refus de payer un seul centime. « Ça nous a obligés à revivre tout ça »
, confie Françoise Le Goff.
Depuis un an, elle alerte les médias. Son récit tombe à pic alors que le macabre comptage des femmes tuées sous les coups de leurs conjoints mobilise enfin l’opinion. « Nous avons vécu toute notre vie dans la violence conjugale. Nous vivions en apnée, en vase clos. Puis nous avons été des enfants placés »
, témoigne Françoise Le Goff, le 22 novembre, sur le plateau de LCP.
Assise à ses côtés, Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, promet : « Le gouvernement va supprimer l’obligation d’aide alimentaire des enfants vis-à-vis de leurs pères auteurs de féminicides »
. Le Premier ministre confirme la mesure trois jours après, en concluant le Grenelle des violences conjugales.
Insuffisant pour Françoise Le Goff et sa sœur Laurence. Elles veulent aller plus loin. « Nous souhaitons la déchéance systématique des droits parentaux pour tous les parents qui ont été maltraitants. Pourquoi catégoriser les violences ? Un enfant qui voit sa mère mourir, c’est violent. Mais un enfant qui se fait violer par son père, c’est violent aussi. Il faut protéger l’enfant dans sa reconstruction. Il doit se sentir soutenu par les institutions. Moi, je n’ai jamais vu une assistante sociale venir voir si j’allais bien »
.
Les deux sœurs veulent que leur proposition de loi soit portée à l’Assemblée. Elles ont saisi la députée angevine Stella Dupont (LREM) et sa collègue des Alpes-Maritimes Michèle Tabarot (LR). Elles bombardent aussi de messages la garde des Sceaux.
« Le droit à l’oubli »
Elles ont lancé une pétition pour que soient protégés « les enfants devenus grands »
(« Une Loi, un fichier »
, sur MesOpinions.com et sur Facebook). Françoise et Laurence ont reçu en retour beaucoup de témoignages d’enfants battus qui leur ont dit : « Nous aussi, on a le droit à l’oubli »
. Depuis un an, c’est comme si elles portaient un fardeau supplémentaire, celui de tous les drames familiaux qui leur ont été confiés.
Avec sa propre histoire familiale, Françoise avait déjà une charge suffisamment lourde. La documentaliste désormais quinquagénaire est allée relire les auditions et le procès de son père aux Archives départementales. « J’ai découvert que j’avais déformé un peu l’histoire avec le temps. Je pensais que c’était moi qui avais insisté pour qu’on aille lui souhaiter la saint-Daniel le 11 décembre 1982. J’ai culpabilisé toute ma vie en pensant que c’était de ma faute et que j’avais emmené ma mère à un guet-apens »
.
Françoise s’est mariée mais n’a jamais voulu changer de nom. Elle porte toujours celui de son « géniteur »
qu’elle n’appelle plus « père »
depuis longtemps. C’est son identité. Le nom que portait sa maman. On ne peut pas tout lui enlever. On lui a déjà pris sa mère. « Si je devais effacer cette partie-là, je me sentirais aussi effacée »
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