|
Angers. Les identitaires de l’Alvarium s’installent en centre-ville... |
1
Quelques personnes discutent sur le pas de la porte du nouveau local de l’Alvarium, avant la conférence de jeudi soir. Il est situé dans la rue du Cornet, à quelques mètres des dernières terrasses de bar de la rue Saint-Laud. © Ouest-France
Six mois après avoir fermé leur bar associatif de l’avenue Pasteur, les militants d’extrême-droite aménagent un local de la rue du Cornet. Ils visent une ouverture officielle en septembre.
Volet roulant fermé. Lumière visible au travers de la vitre dépolie contre laquelle des personnes sont adossées. Au 31 de la rue du Cornet, sous un balcon où s’affiche un panneau « à vendre »
, le rassemblement se veut discret, ce jeudi 13 juin. Des petites grappes de personnes sont entrées bien avant le rendez-vous, fixé à 21 h. Mais le petit groupe réuni à l’abri des regards ne trompe personne. L’Alvarium, association identitaire angevine, s’est trouvé un nouveau point de chute, en plein centre-ville.
Des figures connues, d’autres un peu moins, et même un visiteur à l’allure de skinhead. La concomitance avec la conférence annoncée sur la page Facebook de l’Alvarium, celle d’Arnaud de Robert, ancien porte-parole du Mouvement d’action sociale et chantre de la fachosphère, ne doit rien à la coïncidence. Le bar associatif, fermé en décembre, a relocalisé ses activités. Des jeunes s’en échappent de temps en temps pour leurs fameuses maraudes, destinées à fournir café et un peu de nourriture aux SDF angevins estampillés 100 % français.
Installation discrète
Ces tournées dans les rues n’ont jamais cessé. Mais elles restaient la seule trace, épisodique, de l’action de l’Alvarium depuis la mi-décembre. Jusqu’à ces dernières semaines, où l’association a annoncé un regain d’activité sur sa page Facebook. « Les conférences de l’Alvarium sont de retour », écrit-elle le 10 mai. Premier rendez-vous une semaine plus tard : Pierre-Antoine Plaquevent était invité à présenter son brûlot contre George Soros, associé à « l’invasion migratoire »
et à « l’idéologie mondialiste »
.
Le rythme semble s’accélérer puisqu’une nouvelle conférence est programmée vendredi 21 juin. L’invité sera Viktor Ober, du groupuscule identitaire Academia Christiana. Point commun de tous ces rendez-vous fixés à Angers : aucun lieu précis n’est mentionné et l’inscription se fait par courriel ou par message privé. Une façon de procéder plus discrète qu’au lancement du bar associatif, en janvier dernier, dans un appartement d’une barre d’habitation de l’avenue Pasteur.
Protestations
La recette n’avait guère fonctionné. L’Alvarium avait suscité pendant des mois manifestations et autres réactions de protestation. Et les riverains, dont certains avaient perdu le sommeil, voyaient avec angoisse revenir ses réunions en soirée. L’annonce par l’association de son départ était d’ailleurs survenue alors que l’assemblée générale des copropriétaires de l’immeuble s’apprêtait à engager une action en justice. Il s’agissait d’obtenir la résiliation du bail de l’appartement accueillant l’Alvarium.
Rue du Cornet, la discrétion ne durera pas. L’association n’entend pas y installer de bar. Depuis janvier ou février, elle aménage les deux pièces du local en bibliothèque et salle de réunion. « Nous voulons ouvrir officiellement, en septembre, un lieu mélangeant culture et action sociale, plus accessible en centre-ville », justifie Jean-Eudes Gannat. Le porte-parole de l’Alvarium annonce des conférences « tous les quinze jours, ouvertes à tous »
.
« On ne débat pas avec l’extrême-droite »
Du côté du Réseau angevin antifasciste (Raaf), on décèle « beaucoup d’effets d’annonce et de mensonges dans leur discours, affirme Véronique. Il y a même eu des conférences annoncées, puis déplacées puis tout simplement non tenues sans un mot d’explication. La grenouille se rêve toujours aussi grosse que le bœuf ». À la conférence de jeudi soir, le Raaf n’a pas compté « une seule personne extérieure à leur entourage. Une opération de com, comme toujours ».
Jean-Eudes Gannat espère précisément convaincre des intervenants « pas d’accord avec nous » pour des débats mensuels. « Même si je sais très bien que des gens pensent qu’on ne débat pas avec l’extrême-droite », reconnaît-il. Au moins tant que tient le cordon sanitaire du bloc républicain.