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Angers. À Biopole, le piquet de grève tient bon contre la réforme des retraites... |
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Angers. À Biopole, le piquet de grève tient bon contre la réforme des retraites
La grève contre la réforme des retraites est suivie de manière très sporadique en Maine-et-Loire. Mais à Biopole, une poignée d’agents parvient à perturber la collecte des ordures ménagère à Angers et dans son agglomération. Reportage aux deux piquets de grève.
La grève contre la réforme des retraites fait la Une de l’actualité. Paris est focalisé sur ses problèmes de transports mais en Anjou, les effets du bras de fer qui se joue au niveau national semblent bien limités. À l’évidence, malgré le succès de la mobilisation angevine de jeudi dernier – environ 12 000 manifestants à Angers, Cholet, Saumur et Segré –, les appels à la grève de l’intersyndicale n’ont été entendus, ici, que de manière sporadique.
À Angers et son agglomération, la partie la plus visible du conflit – SNCF mise à part – est celle des ordures qui commencent à s’amonceler sur les trottoirs. C’est la conséquence du mouvement entamé depuis jeudi dernier par les syndiqués de la CGT et de FO, rejoints par Sud, qui ont entrepris de bloquer les accès à l’usine Biopole, où sont stockés l’essentiel des déchets ramassés dans la ville.
La collecte ne peut plus être assurée. Les équipes non grévistes ne peuvent pas sortir le matériel et l’agglomération a du faire appel au privé pour assurer le ramassage auprès des plus gros producteurs de déchets (Ehpad, établissements scolaires…).
Visite d’un huissier
La direction a beau ne compter qu’une poignée de grévistes, les deux piquets tenaient bon lundi matin, battus par le vent froid. Et la visite en milieu de matinée d’un huissier de justice mandaté par la direction n’a pas entamé la détermination de la quinzaine de grévistes et militants présents, parmi lesquels figuraient quelques gilets jaunes.
Ici, le ravitaillement est assuré par des sympathisants qui ont répondu à l’appel à la solidarité sur les réseaux sociaux. « Le piquet de grève a besoin de soutien pour tenir ! Des bouteilles d’eau, du pain frais, des saucisses, de quoi brûler pour se réchauffer
», pouvait-on lire sur Twitter dimanche 8 décembre. Une cagnotte Leetchi a d’ailleurs été ouverte.
Au fait, les salariés de #Biopole tiennent le piquet de grève depuis 4 jours maintenant.
Vous pouvez aller les soutenir à tout moment, ils ont également besoin de ravitaillement (eau, nourriture, bois...) #Angers #greve9decembre #GrèveGénérale pic.twitter.com/6AiYQKsaLT— Manon Cantin (@ManonCantin49) December 8, 2019
Sous le barnum de fortune, on cause retraite. Et on s’inquiète. « Avant on pouvait partir à 55 ans. Avec la réforme de 2010 ça a été repoussé de deux ans. Et là on veut aligner ! Mais vous pensez vraiment qu’on peut faire ce métier jusqu’à 63 ans ?
», interroge l’un des agents grévistes. « Il serait temps de parler de pénibilité et pas seulement d’économies
», ajoute un autre qui s’interroge : « Et après ? Aujourd’hui c’est les retraites mais ils comptent s’attaquer à la Sécu ?
»
« Il n’y a pas d’injustice »
« Cette réforme va inévitablement conduire à baisser les niveaux de pension. Mais vous savez combien on gagne ? Moi je suis à 1450 euros par mois après huit ans, dont 350 euros de primes. Nous ne sommes pas des privilégiés
», lance un jeune agent. Manuel Guérin, élu CGT, est au diapason du mot d’ordre national : « Il faut purement retirer ce projet de réforme.
» Côté FO, Patrice Bouyer n’attend de son côté rien des annonces du Premier ministre mercredi.
« Notre régime, la Caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) se porte bien. On compte trois actifs pour un retraité et nous sommes en excédent, il n’y a pas de raison de la supprimer. Quant aux problèmes de financements, ils sont dus aux 40 milliards du CICE accordés aux entreprises. Et non, il n’y a pas d’injustice entre le public et le privé puisque, certes nos pensions sont calculées sur les six derniers mois, mais nos carrières sont linéaires, contrairement au privé
», lance Manuel Guérin.
Sur les piquets de grève de Biopole, tous espèrent que le mouvement de mardi 10 décembre sera encore plus important que celui de jeudi dernier, et que le Premier ministre pliera. Sans quoi, ils promettent de poursuivre le combat. Le ramassage des ordures ménagères peut bien attendre… à moins que la visite de l’huissier finisse par aboutir à la levée forcée du blocage.