|
À Angers, une pièce sur le harcèlement scolaire « libère les émotions et responsabilise les élèves »... |
2
Le spectacle « Mouton noir » dépeint les mécanismes du harcèlement scolaire. Montée par la compagnie « Piment, langue d’oiseau », la pièce tourne dans le département et interpelle les élèves. © Romain Mulochau
Le théâtre se saisit du sujet sensible qu’est le harcèlement scolaire, avec la pièce d’Alex Lorette, Mouton noir, joué par la compagnie angevine (Maine-et-Loire) « Piment, langue d’oiseau », depuis 2021. Comment traiter un sujet si douloureux au théâtre ? Et comment réagissent les jeunes spectateurs ? Rencontre avec la metteuse en scène.
Depuis un an, la pièce Mouton noir, écrite par l’auteur belge Alex Lorette en 2016, tourne dans le département du Maine-et-Loire. Mise en scène pour la première fois en France par Marie Gaultier, de la compagnie angevine Piment, langue d’oiseau, elle raconte l’histoire tragique de Camille, 15 ans, harcelée à l’école. Joué dans des théâtres et des établissements scolaires, le spectacle met en lumière un phénomène massif encore difficile à appréhender. Rencontre avec la metteuse en scène, Marie Gaultier.
Comment le projet est-il né ?
Dans le cadre d’atelier théâtre au lycée, j’ai proposé la pièce de l’auteur belge, Alex Lorette, Mouton noir, jamais montée en France. Mais les professeurs avec qui je travaille n’ont pas voulu. J’étais surprise au début, mais je comprends aujourd’hui : entre les personnages et les élèves, il y a une trop grande proximité. La pièce risquait de remuer des choses qu’on ne peut pas gérer en dehors d’un atelier de théâtre. Donc je l’ai fait avec ma compagnie.
Comment avez-vous construit le spectacle ?
En 2020, on a embauché quatre jeunes comédiens, sortis des conservatoires d’Angers et de Nantes. On a beaucoup échangé sur la pièce, parfois difficile, notamment autour de la question du suicide. Pour créer de la distance et éviter le pathos, chaque comédien a appris tout le texte et joue tous les personnages. C’est aussi une manière de dire que le harcèlement n’a pas d’identité, mais qu’on n’est jamais enfermé dans un rôle.
Par ailleurs, des élèves ont assisté aux répétitions. On voulait vérifier qu’ils comprenaient bien les personnages, et le déroulement parce que la pièce n’est pas chronologique. Et en fait, les élèves comprennent tout.

Les quatre comédiens sur scène jouent tous les personnages. Une manière de montrer que le harcèlement touche tout le monde, mais qu’il n’enferme pas non plus chacun dans un rôle. Romain Mulochau
Quelles sont leurs réactions justement ?
Certains sont choqués par les insultes, et par le corps des comédiens. Par exemple, dans une scène, Camille est dénudée par deux autres. Elle est en sous-vêtements. Et là, c’est le choc. Ils ne supportent pas de voir la peau en spectacle vivant, alors qu’au quotidien, ils voient des images choquantes, et qu’ils nous disent que dans la réalité, le harcèlement, c’est bien pire.
Est-ce que la pièce a suscité des prises de paroles chez des élèves ?
Oui parfois, mais en construisant la pièce, on a contacté des professionnels de santé, et l’association ACVS 49 (agir contre les violences scolaires) nous accompagne. La pièce permet de libérer les émotions, et de responsabiliser les élèves parce qu’il y a plein de choses qu’ils ne savent pas : ce qu’ils risquent, pénalement ; ce qu’entraîne le phénomène de groupe ; que chacun reste responsable, etc. Il faut bien le comprendre parce que le phénomène est le même dans le monde des adultes.
C’est-à-dire ?
On retrouve les mêmes mécanismes de groupe, d’exclusion, dans le monde du travail. Il faut une prise de conscience plus large de la société sur ces questions. C’est pour cela que le spectacle s’adresse aussi aux adultes qui, bien souvent, n’ont aucune conscience de ce qu’il se passe, et moi la première avant de me pencher sur la pièce.
Mouton noir, d’Alex Lorette. Spectacle tout public, en tournée dans le département… 7 avril, à Cholet ; 8 avril à Chemillé-en-Anjou ; 26 avril ; à Châteaubriant… Plus d’informations sur le site de la compagnie ciepiment.fr/nos-spectacles