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Un huissier au tribunal pour abus de confiance... |
Un Angevin de 48 ans, à la tête d'une étude, a comparu lundi devant le tribunal correctionnel. Il lui est notamment reproché d'avoir détourné plus de 18 000 € dans le cadre de son métier.
Costume et cravate noirs, cet ancien huissier d'Angers répond aux questions du président du tribunal et tente de s'expliquer. En face de lui, la procureure de la République en personne et un bataillon d'avocats des parties civiles. Ils représentent notamment les chambres nationale et régionale des huissiers de justice.
La profession particulière de cet homme de 48 ans est au coeur des débats. « C'est rarissime d'avoir à requérir contre un huissier de justice », souligne Brigitte Angibaud, la procureure. Officier ministériel, celui qui occupe cette fonction est le seul compétent pour signifier et exécuter les décisions rendues par les tribunaux et les cours.
Cet homme, qui a vendu son étude, est poursuivi pour abus de confiance. Il lui est reproché d'avoir retenu de l'argent à l'étude au-delà du délai légal, des fonds qui transitent via l'huissier de justice entre un débiteur et son créancier. « Ce sont souvent des petites sommes de 30 à 40 € par mois », note le président Jean-Paul Besson, en épluchant des documents. « Là, par exemple, c'est vraisemblablement une épouse qui attendait une pension alimentaire de son ex-mari et qui ne l'a pas vu venir pendant des mois. »
Ses comptes personnels
La justice lui reproche également d'avoir détourné de l'argent en encaissant de l'argent sur ses comptes personnels, pour un total de 18 498 € entre la fin 2005 et l'été 2008. Des fonds normalement destinés à des créanciers. « Mon étude avait des problèmes financiers, on tirait le diable par la queue », reconnaît le prévenu, qui travaillait avec son épouse.
Les parties civiles martèlent : « Il porte le discrédit sur cette difficile profession, qui souffre à tort d'une image d'Epinal plutôt mauvaise », note une avocate. « Pire, il renforce l'image de la caricature à la Daumier », ajoute, un autre. « À son insu, mon client a fait le banquier de cet huissier », ajoute un troisième.
« Una ambiance lourde »
La procureure évoque « une comptabilité truquée », « un système installé depuis des années » et un prévenu « qui se positionne en victime ». Elle requiert deux ans de prison avec sursis et l'interdiction d'exercer.
L'avocat de l'huissier dénonce « l'ambiance lourde et accusatoire » de l'audience. D'autant que toutes les victimes ont été remboursées ou sont en cours de l'être. « Ce gars-là travaille beaucoup, mais probablement mal », note Philippe Tuffreau, ajoutant que son client avait un train de vie tout ce qu'il y a de plus classique. Il raconte les déboires de cette étude achetée « sans doute plus chère qu'elle ne le valait et qui a perdu de gros clients rapidement. Vous avez devant vous, tout sauf un escroc de haut vol ! »
Réponse du tribunal le 9 juillet.