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Images du Scoop sous le regard du photographe... |
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Thierry Bonnet commente l'une des photos prises, au Bangladesh, par Munem Wasif.
Photographe pour « Vivre à Angers » depuis sept ans, Thierry Bonnet décrypte deux expos photos réalisées par l'agence Vu parmi les plus marquantes du Festival du Scoop.
Les photos, aux cadrages originaux et aux modèles souriants, qui illuminent « Vivre à Angers », le mensuel municipal, dévoilent sa sensibilité, qui n'est pas que photographique. Thierry Bonnet, 42 ans, quelques millions de déclics et de nombreuses expos, a bien voulu prêter son regard d'expert sur les expos proposées au centre des congrès, dans le cadre du festival du Scoop (1). Qui trop embrasse mal étreint : l'oeil du spécialiste préfère s'attarder sur deux expositions en noir et blanc proposées par l'agence de reportage Vu.
Première escale devant Pakistan, vérité ou contre-vérité, de Massimo Berruti. « Chaque image porte une histoire. Tu as l'impression de vivre la scène. Les détails et les environnements sont bien saisis », juge Thierry Bonnet. « Un cliché doit trouver une accroche qui t'amène à l'info », exactement comme un article. « Sur ces prises de vue, le photographe est toujours placé au bon endroit. Ce n'est pas du bol, mais de l'anticipation », observe-t-il. Et l'utilisation du noir et blanc ? « C'est plus fort, l'image n'est pas parasitée par la couleur. Tu es dans l'émotion, le vécu ». Tout le contraire de ces photos « trash », que Thierry déteste : « Je suis très méfiant quant aux sujets sur les enfants, ou la misère. Il y a deux comportements possibles, le voyeurisme ou l'humanisme, avec une vision pudique et respectueuse. »
Le deuxième reportage de l'agence Vu, signée Munem Wasif au Bangladesh, lui permet d'illustrer son propos. « Regarde cette photo : sous ce linceul, entouré de visages tristes, tu imagines que c'est un enfant, mais tu ne le montres pas. C'est d'autant plus fort et douloureux. » Un cliché qui montre bien que le photographe doit se faire « oublier » pour capter « des scènes de vie incroyables », sans la moindre mise en scène. Cette autre image, qui représente une femme et son enfant au pied d'un arbre (voir photo) interpelle Thierry : « Elle permet d'envisager plein de choses. L'arbre est tortueux, comme l'est peut-être leur vie ».
Thierry insiste aussi sur un aspect plus technique : « Il y a un gros boulot au tirage, qui est la signature du photographe. Le tirage accentue l'émotion, renforce la réalité. Le noir donne une dramaturgie aux scènes. C'est un outil qu'il faut savoir utiliser, à condition que le sujet soit vraiment fort, au départ. Attention aux « effets ». Un bon photographe est celui qui sublime les choses, à partir de rien ».