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A la Catho, trois étudiants aux parcours atypiques... |
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Jean-Damascène Habarurema, Marion Le Roch et Halina Niazi.
Jean-Damascène Habarurema : il court, il court, et il étudie
« J'ai commencé à courir pour me défouler, pour évacuer, avoue Jean-Damascène Habarurema. Je suis arrivé en 2003 à Angers. Dans une société individualiste où je disais bonjour dans la rue. Evidemment, personne ne me répondait ! »
Dur, dur. Surtout après le drame dont il sortait. De mère hutue et de père tutsi, il a perdu toute sa famille au Rwanda, à l'âge de 13 ans. « Nous étions douze. Seuls ma mère et moi avons survécu. »
La course, cela lui est venu naturellement. Enfant, il courait déjà sur le trajet de l'école : 5 km dans chaque sens. « Je me suis aussi mis à courir pour rencontrer des gens, avoue-t-il. Je me suis inscrit à l'Entente Nord Anjou (Ena) Angers. Ils m'ont donné un entraîneur, un kiné. J'ai commencé à faire des performances. » Et de fil en aiguille, il a couru en Australie, en Guadeloupe, aux Etats-Unis, au Mexique... « Et avec des Kenyans ! » insiste-t-il, à la fois fier et honoré.
Un homme qui choisit
En 2008, le Rwanda lui a demandé de représenter son pays aux Jeux olympiques de Pékin. Il a refusé. « Je ne voulais pas porter les couleurs d'un pays qui a exterminé ma famille. » D'ailleurs, il est en cours de naturalisation. « Ce n'est pas que je renonce à la nationalité rwandaise. Je choisis la Fance car elle m'a beaucoup apporté : sportivement, affectivement et professionnellement. »
Le matin, Jean-Damascène se lève tôt pour aller courir au lac de Maine. Une heure minimum. Puis il part à la Catho, où il poursuit un doctorat sur la place des sourds dans la société entendante. « J'ai choisi les sciences de l'éducation parce que j'avais besoin de comprendre comment des gens instruits ont pu pousser la population à l'extermination »,explique-t-il.Quant à la surdité, il l'a côtoyée de très près. Au Rwanda, il a été recueilli par des frères qui s'occupaient de sourds. Et il connaît la langue des signes.
En novembre, Jean-Damascène a remporté le cross du Courrier de l'Ouest. Et établi le nouveau record de l'épreuve (9,660 km) : 29'50». Un homme aujourd'hui heureux. Et qui n'a pas fini de nous bluffer.
Claudine QUIBLIER.
Marion, 15 ans, en première année de fac
« Des fois, j'ai envie d'être normale. » A 14 ans, Marion Le Roch était la plus jeune bachelière de l'académie d'Orléans-Tours. Avec un bac S mention très bien. Originaire de Tours, elle est aujourd'hui la plus jeune étudiante de la Catho. En première année de langues. « Je savais lire à 3 ans. A la fin de la maternelle, je suis entrée en CE1 et je m'ennuyais. Je pleurais. Je voulais plus aller à l'école. Alors, à 6 ans, je suis passée en CM1. A 7 ans, j'étais en 6e. » Et, à 11 ans, elle faisait un stage à Polytechnique !
C'est bien gentil d'être une surdouée. Mais ça ne nourrit pas sa personne, sur le plan affectif. « Je n'ai ni les mêmes sujets de conversation que les gens de mon âge. Ni les mêmes que les gens plus âgés »,fait-elle un peu triste. Alors Marion lit beaucoup : des polars, des romans fantastiques, des BD. Mais aussi Balzac, Maupassant, Voltaire... Et heureusement, sa mère s'est mise en disponibilité pour l'accompagner à Angers. « J'étais admise en prépa Sciences de l'ingénieur à Tours. Mais j'avais peur que ce soit trop rapide. »
Sa vie, Marion la voit comme enseignant-chercheur en langues. A moins qu'elle ne reprenne des études scientifiques. Son père est secrétaire général adjoint à l'université de Tours. Sa mère prof de chimie. Mais elle l'assure : ils n'ont jamais essayé de la pousser.
Halina au pays de « la langue d'amour »
A 28 ans, Halina Niazi est la première étudiante afghane à la Catho. Elle est arrivée en 2005 à Angers, en avion. Mais ses parents ont mis deux mois et demi, par la route, à travers l'Asie centrale et l'Europe. Avec leurs quatre autres enfants. « Les Afghans se réfugient plutôt en Angleterre ou aux Etats-Unis, remarque Halina d'une voix douce. Mais, quand il était jeune, mon père a rencontré une infirmière française à Kaboul. Elle était tellement généreuse qu'il s'était juré d'émigrer en France, si le destin l'obligeait à quitter son pays. »
Alors il a tenu sa promesse. « France Terre d'asile a tout fait pour notre scolarité, s'émerveille la jeune femme. Un couple de retraités venait tous les jours chez nous. Le mari nous apprenait les maths, la physique et la chimie. Et la femme, le français. Chez nous, on dit que c'est la langue d'amour. »
Grâce à eux, Halina a réussi une licence d'anglais-français à Belle-Beille. Cette année, elle s'est inscrite à la Catho, en Développement commercial import-export. « Je veux travailler dans l'humanitaire, à destination de l'Afghanistan si possible. »
Le père d'Halina était militaire. Sa mère prof d'anglais à l'université. Toute la famille a maintenant le statut de réfugiés. « On a eu la chance d'être accueillis par une association extraordinaire. »