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432 salariés de Lactalis convoquent leur patron devant le tribunal correctionnel de Laval... |
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Emmanuel Besnier, président du Groupe Lactalis. © Ouest-France
Deux avocats représentant 432 salariés du géant mondial du lait ont déposé une citation à comparaître au tribunal correctionnel de Laval (Mayenne). Ils veulent faire condamner Lactalis pour avoir minoré ses bénéfices, spoliant ainsi la participation de ses employés. Emmanuel Besnier, son président, est « tenu de se présenter » à l’audience, précise la citation. Reste à fixer la date.
La citation à comparaître devant le tribunal correctionnel de Laval émane de 432 salariés et ex-salariés de Lactalis. Ils ou elles sont ouvriers, cadres, conducteurs routiers, informaticiens, chauffeurs laitiers, magasiniers, secrétaires (etc.), domiciliés dans de nombreux départements français. Le poids lourd du lait et du fromage est très présent dans l’Hexagone, où il emploie 15 000 personnes.
Via la plume de leurs avocats, Renaud Portejoie et Camille Robert, les plaignants citent à comparaître en personne Emmanuel Besnier, président du groupe, pour avoir présenté ou publié des comptes infidèles
, c’est-à-dire dissimulant sciemment la réalité des bénéfices. Deux commissaires aux comptes du groupe sont visés pour complicité de ce délit.
Cela ne signifie pas que les intéressés sont dans le collimateur de la justice -ils ne sont pas poursuivis par un procureur- mais que le tribunal doit organiser une audience pour tirer les choses au clair.
Les plaignants accusent Lactalis d’avoir minoré ses bénéfices
, et donc, par ricochet, d’avoir privé les salariés d’une partie de leurs primes de participation. La spoliation pour les salariés du groupe est de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros
, lit-on, dans la citation à comparaître.
« Des milliards de bénéfices éludés »
Pour comprendre, il faut remonter à décembre 2024, quand Lactalis annonce avoir réglé 475 millions d’euros au fisc français pour clore un différend portant sur des opérations internationales de financement
. Ce règlement d’ensemble amiable, qui met un terme définitif aux procédures de contrôle portant sur une quinzaine d’années, reste secret. Un collectif de salariés, nommé Justice pour nos primes, se monte alors sous l’impulsion du lanceur d’alerte Maxime Renahy, spécialiste de l’évasion fiscale. Me Renaud Portejoie mène le combat juridique, après avoir tenté, en vain, de négocier avec Lactalis un rattrapage des participations des salariés.
Dans la citation à comparaître, les avocats attaquent dur : Le montant du bénéfice fiscal éludé (par le groupe laitier) avoisine les 8 milliards d’euros
. Rien ne le prouve. Mais Renaud Portejoie cite le récent rapport parlementaire sur les règlements d’ensemble avec le fisc : Les dix plus grands groupes concernés ont obtenu un abattement moyen de 83 % et Lactalis en faisait partie
. Il espère que le géant laitier clarifiera la question, lors de l’audience. Il attend que le tribunal de Laval fixe une date.
Côté Lactalis, le groupe nous répond : Nous n’avons pas connaissance d’une quelconque citation directe. L’entreprise demeure sereine quant aux initiatives infondées menées par l’association Justice pour nos primes
. Il dit avoir déposé une plainte pénale contre elle.