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« Retour à Silent Hill » : l’amour, la brume et les spectres du passé... |
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Retour à Silent Hill de Christophe Gans © Metropolitan Filmexport
Un homme revient à Silent Hill pour retrouver une femme morte. Son voyage vire au cauchemar intime, entre deuil, culpabilité et monstres intérieurs.
James retourne à Silent Hill, la petite ville brumeuse où il a rencontré et aimé Mary, désormais disparue. Il est persuadé qu’elle l’y attend encore. Son voyage, qui ressemble d’abord à une quête romantique, glisse rapidement vers une errance plus sombre : celle d’un homme qui s’enfonce dans les zones grises de sa mémoire et affronte ce qu’il s’était efforcé d’oublier.
20 ans après sa première adaptation de Silent Hill, Christophe Gans revisite l’univers du jeu culte en délaissant la mythologie du premier opus pour un récit plus resserré, centré sur la psyché d’un seul personnage. Silent Hill n’est plus un décor fantastique, c’est un espace intérieur, un paysage fissuré par le deuil et la culpabilité. Ici, les rues désertes et les bâtiments hantés ressemblent moins à des lieux qu’à des souvenirs qui se déforment. Les monstres qui croisent sa route ne sont pas là pour effrayer, mais pour traduire ce que le héros ne parvient pas à dire. Corps tordus, visages déformés : ces projections fantasmatiques représentent la honte et le désir du héros. Même l’emblématique bourreau à la tête pyramidale incarne moins une icône qu’un reproche vivant.
Là où le premier Silent Hill jouait la grande fresque infernale, celui-ci s’aventure du côté du cauchemar intime. Le cinéaste emprunte autant au cinéma fantastique qu’au thriller psychologique : un peu de Sueurs froides, un peu de Polanski, et surtout beaucoup de lui-même. Le rythme reste contemplatif, au risque d’égarer ceux qui cherchent un train fantôme à grande vitesse. Mais cette approche, plus sensorielle que brutale, donne au film sa singularité : une plongée dans un deuil qui refuse de cicatriser, où l’horreur naît moins des créatures que de l’amour qu’on ne parvient pas à laisser partir. Vénéneux.
De Christophe Gans. Avec Jeremy Irvine, Hannah Emily Anderson, Robert Strange… (1 h 46)