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« Quand on est préparé à la crue, on la subit moins » : elle anime un programme d’actions de prévention des inondations... |
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Angers, 16 février 2026. Élodie Gutierrez, chargée de mission prévention inondation, devant le Pont de Verdun. © CO - Anthony PASCO
Élodie Gutierrez est chargée de projets « Prévention des inondations » sur le territoire élargi des Basses Vallées Angevines, en amont d’Angers. La crue de la Maine, reconnaît-elle, mérite cette année d’être analysée avec une vigilance particulière.
Élodie Gutierrez est chargée de mission au sein du Syndicat mixte des Basses Vallées Angevines et de la Romme (SMBVAR). Présidée par Jean-Paul Pavillon, maire des Ponts-de-Cé, cette structure est chargée depuis 2020 de mettre en place le Programme d’actions de prévention des inondations (PAPI) dans 34 communes représentant 260 000 habitants.
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Quel est votre regard sur la situation en cours ?
Élodie Gutierrez : Contrairement à 1995, la crue de la Maine, donc d’amont, se conjugue cette année avec une crue de la Loire, la Vienne étant très haute. La Maine ne pourra pas facilement s’écouler en aval. Il faut donc surveiller cette montée des eaux avec vigilance, jour par jour. D’autant qu’il va encore beaucoup pleuvoir mercredi et jeudi. On est déjà (ce lundi, ndlr) 20 centimètres au-dessus de la crue de 2021
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Faut-il s’en inquiéter ?
Non car les communes concernées se sont toutes préparées, soit en interne comme à Angers, soit avec l’aide de notre syndicat. On a organisé une dizaine d’exercices depuis deux ans pour mettre en pratique les protocoles de sécurisation. Le dernier s’est déroulé mi-janvier à Bouchemaine
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Comment se déroulent-ils ?
On a imaginé une crue de la Maine assez importante, entre 5,80 et 6,30 mètres. Les services municipaux ont mis en place une astreinte de week-end, prévu les déviations, bastaings, parpaings, etc. On leur a également passé plein de coups de fil, pendant une heure, pour simuler notamment diverses demandes de riverains. Il arrive qu’on implique aussi la population, comme en novembre 2025 à Corzé. La cellule de crise avait été ouverte aux référents de quartiers. Ils ont fait du porte-à-porte pour prévenir les habitants
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La population est-elle consciente des risques ?
C’est ce qu’on a constaté l’an passé lors de la commémoration des 30 ans de la crue de 1995. Tous les gens qui sont venus avaient vécu cet événement ou en avaient entendu parler. La culture du risque se transmet
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Surtout dans un contexte de réchauffement climatique…
C’est en effet ce que dit le rapport du GIEC : les précipitations seront plus intenses, sur un laps de temps plus court. Ce type de phénomène risque d’être plus fréquent
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Les zones inondables jouent-elles leur rôle ?
Le nouveau parc Saint-Serge est en effet utile pour les petites crues. Il reste un bassin de stockage ponctuel. Le Parc Balzac, en eau depuis un petit moment, est également très utile. Sans ces zones tampon, la crue serait plus importante en aval d’Angers
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La Maine est-elle particulièrement sensible ?
Elle a quand même pris 3 mètres en deux semaines ! Elle vit et on doit vivre à son rythme. Tous les acteurs partagent cette idée : ce sont les aléas d’une rivière de déborder et de retourner dans son lit. Il ne faut pas être dans le déni savoir quoi faire quand ça arrive : protéger les personnes, l’habitat et ses biens. Quand on est préparé à la crue, on la subit moins
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4 % des logements inondables à Angers

Les zones urbanisées inondables à Angers (en vert). DR
Dans les Basses Vallées Angevines, vaste plaine à la confluence des trois rivières qui forment la Maine (Mayenne, Sarthe et Loir), environ 10 000 personnes résident dans une zone inondable selon un rapport du SMBVAR, dont 6400 à Angers.
En cas de scénario « extrême », plus de 14 000 habitants seraient concernés, dont 9000 à Angers dans plus de 5 000 logements.
La commune la plus vulnérable sur ce territoire reste Cheffes où 76 % des habitations sont exposées au risque inondation, loin devant Briollay (27 %) et Angers (4,21 %).