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POINT DE VUE. Vaccin Covid : obligatoire ou pas ?1 |
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« Si les médecins et infirmiers sont vaccinés à 90 %, les personnels non-soignants ne le sont qu’à 40 % dans les Ehpad et parfois beaucoup moins. » © Franck Dubray / Ouest-France
Jacques Le Goff, professeur émérite des Universités (Droit public, Brest-Quimper), revient sur la question qui fait débat : « À l’heure où le Covid constitue la première maladie nosocomiale, il y a là matière à étonnement et interrogation sur la stratégie à adopter : obligation ou pas ? »
Déjà en 1906, le professeur Duclaux, directeur de l’institut Pasteur notait que tout ce à quoi les populations sont très rétives, c’est au principe de l’obligation vaccinale
. Vingt-quatre ans plus tôt, en 1882, Jules Ferry avait dû reculer sur son projet de vaccination obligatoire contre la variole, dans le primaire.
L’allergie à l’obligation en matière de vaccin n’est donc pas nouvelle. Les antivax d’aujourd’hui peuvent se réclamer d’une tradition dont l’ancienneté ne vaut pourtant pas titre de légitimité. Car cette résistance orchestrée par diverses officines, dont la Ligue contre l’obligation des vaccinations, soulève un débat des plus aigus lorsque ses agents appartiennent au secteur de la santé. Si les médecins et infirmiers sont vaccinés à 90 %, les personnels non-soignants ne le sont qu’à 40 % dans les Ehpad et parfois beaucoup moins. À l’heure où le Covid constitue la première maladie nosocomiale, il y a là matière à étonnement et interrogation sur la stratégie à adopter : obligation ou pas ?
Pour justifier leurs réticences, les antivax avancent deux grands types d’arguments : le danger pour la santé et l’atteinte liberticide.
La dimension collective, le véritable enjeu du débat
Le danger pour la santé s’est vérifié dans quelques cas, au demeurant fort rares et souvent sujets à doute sur les causes réelles des affections observées. Il reste que le bilan coût-avantages se révèle formidablement positif : des milliers de vies sauvegardées pour quelques effets secondaires parfois sévères hâtivement imputés au vaccin. Le risque de thrombose de l’ordre de 0,01 pour mille dans le cas du vaccin Covid est 20 fois plus grand lorsqu’on monte dans un avion ! Comment des professionnels de la santé peuvent-ils se dérober à semblable évidence en oubliant que toute baisse de vigilance s’accompagne sans retard d’une recrudescence des maladies ? On l’a vu en Italie où le ralentissement de la couverture vaccinale en 2016 s’est traduit en 2017 par un doublement des cas de rougeole par rapport à 2016 et une multiplication par six par rapport à 2015. Où est la rationalité de ce déni ? Où est l’exemplarité que l’on serait en droit d’attendre des soignants qui se sont bien pliés à la vaccination obligatoire contre l’hépatite B ?
Mais la vraie raison est d’ordre culturel et idéologique. Les réfractaires n’admettent pas l’ingérence de l’État dans un domaine réputé relevé de la seule gestion privée de sa santé et de son corps. Comme si la vaccination sous contrainte s’apparentait à une forme de viol par la biopolitique. Comme si cette affaire ne relevait que de soi, de son choix et de son autonomie. En escamotant bien sûr la dimension collective qui est le véritable enjeu du débat. Ce sont les mêmes arguments qui avaient été invoqués naguère pour s’opposer à la ceinture de sécurité. Et ceux-là qui contestent la sécurité sociale assurée par le vaccin seront souvent les premiers à exiger plus de sécurité ! Une figure emblématique de l’hyper-individualisme dont Sandrine Hurel dégagera, dans un rapport, la maxime : Je n’aime rien, ni personne que moi ; le monde extérieur m’est indifférent
. Et Agnès Buzyn, ex-ministre de la santé, d’en tirer la leçon a contrario : La vaccination engage toute la collectivité et permet le vivre-ensemble
.
Tout à fait d’accord avec elles et avec Patrick Zylberman estimant, dans La guerre des vaccins (O. Jacob, 2020), que l’obligation vaccinale n’est pas une vache sacrée mais un outil de gouvernement auquel il serait irresponsable de renoncer
.
la police ne fait rien il n y a pas de loi