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« Mon chien a fait le sacrifice de sa vie pour m’éviter d’avoir à faire un choix déchirant »... |
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« Alors que je sortais pour notre promenade quotidienne dans les bois, mon chien n’était pas là… » Photo d’illustration. © Nigel Jarvis / Getty Images / iStockphoto
Courrier des lectrices et des lecteurs. « Un jour froid et humide, un chien de chasse blanc était assis en face de ma porte. Il avait la peau sur les os et grelottait de toute sa carcasse. Ma situation étant provisoire, j’hésitais à lui porter secours mais d’un autre côté, ses bons yeux implorants ont pénétré au fond de mon cœur… »
Dans le cadre de notre rubrique « Courrier des lectrices et des lecteurs », Martine Carrez nous livre cette histoire émouvante :
« J’ai beaucoup aimé l’histoire de Dicky racontée par une de vos lectrices et vous remercie de nous l’avoir fait partager.
Mon histoire remonte maintenant il y a plus de 25 ans. J’étais jeune et amoureuse d’un homme marié que j’avais rencontré sur une plage idyllique des Maldives. Il était avocat italien (damnation). J’étais à un moment de ma vie où je remettais tout en question, et notamment j’avais entrepris des études de droit, tout en espérant secrètement qu’un jour il me demanderait de le rejoindre chez lui à Rome, car il faut préciser que sa femme souffrait d’une maladie incurable. Ce n’est pas très joli à dire que j’attendais son décès pour pouvoir rejoindre mon amant mais je n’ai jamais souhaité sa mort, les choses étaient ainsi, c’est tout.
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« J’hésitais à lui porter secours »
J’habitais alors à la campagne et un jour froid et humide de neige, un chien de chasse blanc à taches noires était assis en face de ma porte. Il avait la peau sur les os et grelottait de toute sa carcasse. Ma situation étant à mon sens provisoire, j’hésitais à lui porter secours. Mais d’un autre côté, ses bons yeux implorants ont pénétré au fond de mon cœur et je lui ai expliqué la situation : « Je veux bien te secourir car je ne veux pas te retrouver mort devant ma porte demain matin, mais sache que si mon amant m’appelle à le rejoindre, je ne pourrai pas t’emmener ». Alors ses bons yeux m’ont répondu : « Merci infiniment. À chaque jour suffit sa peine. Qui vivra verra… Et sache que je ne serais jamais une contrainte pour toi ».
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Les années ont passé. Mes cinq ans d’études se terminaient en juin et mon compagnon à quatre pattes avait suivi et remporté brillamment tous les examens. On était fin mars et il avait suivi en courant ma voiture quand j’étais rentrée des cours, comme d’habitude, mais le lendemain, alors que je sortais pour notre promenade quotidienne dans les bois, il n’était pas là. C’était très surprenant, je l’ai appelé longtemps puis je suis partie, espérant qu’il allait me rejoindre mais j’étais inquiète et j’ai écourté la balade. De retour, en cherchant, je l’ai trouvé blotti dans les feuilles sous un grand chêne. Il arrivait à peine à bouger et ses bons yeux s’excusaient de me faire de la peine.
Je l’ai apporté tout de suite chez le vétérinaire, qui m’a dit qu’il arrivait fréquemment chez les chiens que l’estomac se retourne lorsqu’ils courent après avoir beaucoup bu et que, vu que mon chien était vieux, il ne supporterait pas l’opération. Il fallait donc l’euthanasier pour soulager ses souffrances.
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« Vingt-cinq ans plus tard, je n’arrive pas à comprendre »
Deux jours plus tard, mon amant me téléphone et me demande comment ça va. Je lui réponds que ça ne va pas très bien car mon chien est mort lundi. Il répète alors plusieurs fois : « Lundi ? Ton chien est mort lundi ? ». Et il ajoute : « Moi c’est ma femme ».
J’espère que mon histoire vous a plu. Vingt-cinq ans plus tard, je suis toujours émerveillée par l’amour que ce compagnon m’a apporté et n’arrive pas à comprendre comment il a pu savoir le jour de la mort de la femme de mon amant, à plus de mille kilomètres de là, et faire le sacrifice de sa vie pour m’éviter d’avoir à faire un choix déchirant.
Il s’appelait Droopy. »
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