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Maine-et-Loire. Ludovic Ménard, celui qui fut défendeur des fendeurs d’ardoise... |
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En 1890, Ludovic Ménard crée un syndicat ardoisier et, dès l’année suivante, lance une grande grève qui va immobiliser pendant six mois les 2 000 ouvriers des mines. © Boz
Le panthéon de l’Anjou par Calixte de Nigremont. Notre galerie des illustres s’intéresse, ce dimanche, à Ludovic Ménard (1855-1935), syndicaliste.
Ce panthéon de l’Anjou qui occupe vos dimanches serait-il un endroit snob et guindé dans lequel, comme au bal des débutantes ou dans les salons des beaux quartiers, on ne croiserait que des têtes couronnées, des artistes en vogue, des aristocrates raffinées, des industriels fortunés (sans oublier des saintes fondatrices de congrégations religieuses) occupés à prendre le thé (ou un quart-de-chaume) ? Et au nom de quoi ne pourrait-on placer dans notre panthéon un simple fendeur d’ardoise en blouse d’ouvrier entre une Jeanne Say en robe de soirée de soie sauvage et un Richard Cœur de Lion cuirassé dans son armure de croisé ?
Ludovic Ménard (pour l’état civil, Il ne s’appelle pas Ludovic mais Charles, qu’importe…) naît à Saumur en 1855, dans une famille très modeste. Son père est un journalier qui se place dans les usines saumuroises d’abord, puis angevines et trélazéennes enfin, où la famille s’établit. Fréquentant d’abord assidûment l’école communale, le jeune Ludovic en est retiré à ses 11 ans pour commencer son apprentissage de fendeur d’ardoises et compléter le revenu familial.
De la politique au syndicalisme
À 17 ans, aux ardoisières, il se lie avec un officier de santé qui lui ouvre sa bibliothèque et le pousse à s’inscrire aux cours du soir. Le jeune fendeur d’ardoise acquiert une solide culture générale et s’intéresse aux choses de la politique.
En 1884, il crée la section angevine de la Fédération des travailleurs socialistes et, dans la foulée, se présente aux élections législatives. Il est battu. Quelques élections (aussi malheureuses) plus tard, en 1889, il découvre l’anarchisme (qui prône l’abstention électorale et le militantisme ouvrier) et s’engage dans ce qui va être sa vie : le syndicalisme. Il y a fort à faire dans l’industrie ardoisière angevine, répartie entre deux grandes sociétés, à l’époque en plein boum.
Une grande grève dans les mines en 1891
En 1890, il crée un syndicat ardoisier et, dès l’année suivante, lance une grande grève qui va immobiliser pendant six mois les 2 000 ouvriers des mines. Mais les attentats anarchistes, qui font rage en France (quoique désavoués par Ludovic Ménard, dont les sympathies lui valent d’être surveillé en permanence par la police), menacent la croissance du syndicat des ardoisiers. Mais au début du XXe siècle, la mobilisation des ardoisiers a repris du poil de la bête : 3 000 militants, une union syndicale étendue à tout le département, une reconnaissance par la Bourse du travail d’Angers…
En 1904, sous l’impulsion de Ludovic Ménard qui en devient le secrétaire général, le syndicat trélazéen, rejoint par les Ardennais, les Savoyards, les Pyrénéens… devient la Fédération nationale des ardoisiers.
En 1910, la fédération des ardoisiers fusionne avec celle des mineurs, mais il faudra attendre l’après-guerre pour que le gouvernement accorde aux ardoisiers le même statut que les mineurs. À cette même période, Ludovic Ménard est élu à la tête de la Bourse du travail d’Angers. Il n’y restera que deux ans, cédant sa place devant les dissensions internes et se retirant de la vie publique jusqu’à sa mort à 80 ans.
Entre Ici, Ludovic Ménard, héros des ardoisiers angevins !
À Trélazé, dans les pas de Ludovic Ménard
Vous voici sur la place Ludovic-Ménard (son nom a aussi été donné au lycée professionnel de Trélazé), sur laquelle s’élève le monument érigé en 1939 par le sculpteur René Guilleux (à qui l’on doit, par ailleurs, le Dumnacus des Ponts-de-Cé voisins) pour célébrer la mémoire du syndicaliste angevin. Chaque 1er mai, le monument est fleuri pour rendre hommage aux combats des ouvriers ardoisiers.

Le musée de l’Ardoise perpétue les savoir-faire. Archives Ouest-France
Vous vous rendez ensuite au musée de l’Ardoise. Au milieu de l’ancien site d’extraction ardoisière de 200 hectares aujourd’hui aménagés, où les fonds (carrières à ciel ouvert) et les buttes (collines faites de déchets ardoisiers) voisinent avec les quelques chevalements (structures métalliques permettant l’extraction) subsistant, à la suite de l’abandon définitif de l’exploitation en 2014, voici l’ancienne maison de l’Union, où l’on vous accueille au musée. À son voisinage, les salles d’exposition, installées dans l’ancienne manufacture d’allumettes, présentent l’histoire des ardoisières, dont l’exploitation a commencé à Trélazé au début du XVe siècle et dont la qualité extrême est aujourd’hui encore vantée. Caractéristiques de ce musée, les démonstrations de fente de l’ardoise sont présentées par d’anciens ouvriers, membres de l’association qui fait vivre ce lieu et conserve la mémoire de ces savoir-faire.
Au voisinage du musée, on restaure, depuis quelques années, l’ancien moulin d’exhaure (entendez un moulin à vent qui pompe l’eau des carrières pour permettre aux ardoisiers de travailler) de l’Union, élevé au début du XIXe siècle et ruiné au siècle suivant.
Musée de l’Ardoise, 32, chemin de la Maraîchère, à Trélazé. Ouvert toute l’année.