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« Chez moi, ça sent le troglodyte » : dans ce village évacué, les habitants découvrent les premiers dégâts... |
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À Cheffes-sur-Sarthe, village entièrement évacué, quelques habitants profitent de la décrue pour commencer le nettoyage des maisons. © Franck Dubray / Ouest France
Le village de Cheffes, au nord d’Angers (Maine-et-Loire), est touché par une crue historique. Ce mardi 24 février 2026, le beau temps et la décrue amorcée ont fait revenir les premiers habitants.
Une pellicule de boue de 10 cm recouvre le sol de la maison de Dominique et Alain, retraités et habitants de Cheffes (Maine-et-Loire) depuis leur naissance. Comme les 1 000 autres habitants du village, ils ont été contraints d’évacuer leur maison à cause des inondations. Ce mardi 24 février, ils ont enfilé leur combinaison de pêche pour voir les dégâts et récupérer un pot de confiture et quelques pommes.
Quand on a ouvert la baie vitrée, toute la crasse est rentrée, déplore Dominique. Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les flaques de gasoil. L’odeur s’imprègne, c’est très dur à nettoyer.
Chez eux, presque tout était sur des parpaings quand l’eau est montée à 42 cm. L’électricité est toujours coupée. Le couple n’en est pas à sa première crue. En anticipant, ça se passe bien
, concèdent les deux habitués. Ils attendront le lendemain pour commencer à nettoyer au jet d’eau.

Les premiers habitants sont venus constater les dégâts. Franck Dubray / Ouest France
L’arrêté d’évacuation est toujours en vigueur dans le village. Ce mardi, plusieurs dizaines d’habitants, plus ou moins impactés, sont tout de même venus constater les premiers dégâts. C’est le cas de Camille Dauchy et Thomas Evellens. Le couple habite depuis trois ans et demi dans une maison de 1880 avec vue sur la Sarthe. On est passés tous les jours depuis l’évacuation. Il reste encore 30 cm, mais demain il ne devrait plus y avoir d’eau dans la maison.
La trentenaire relativise. On avait tout surélevé, donc ce n’est pas trop la catastrophe. On va avoir du boulot, mais on va se retrousser les manches.
Avec son compagnon, ils ont commencé à passer un coup de jet d’eau sur les murs pour enlever le gros de la saleté.

Malgré l’arrêté d’évacuation, certains sont revenus pour entamer un premier nettoyage. Franck Dubray / Ouest France
« Le parquet est foutu, gondolé »
Sur le chemin du retour, Camille Dauchy croise des riverains du chemin des Champs. Tout le monde a déjà la tête à l’après. Un fois que l’électricité sera revenue, on va faire tourner les déshumidificateurs. J’en ai trois ! Chez moi ça sent le troglodyte
, ironise la trentenaire.
Jean-Pierre Mascaro, 62 ans, est moins optimiste. C’est la première crue qu’il vit dans cette maison achetée sur un coup de cœur, il y a cinq ans. On est un peu démoralisés. On avait effectué des travaux, passé du temps sur cette maison. Et en deux coups de cuillère à pot…
Le retraité compte sur l’assurance tout remettre au carré. Le parquet est foutu, gondolé, et les murs vont pourrir… Il y a du boulot !
Le retraité envisage de mettre du carrelage au sol, comme chez son voisin, Mickaël Martinotti. J’ai été conseillé par les anciens quand j’ai retapé cette maison de 1850. J’ai mis de la tomette et l’eau est passée à travers, sans laisser de trace !
Chez celui qui porte aussi la casquette de référent de quartier, les plaques de plâtre ne vont pas jusqu’au sol, et le circuit électrique est à l’étage. Il a ouvert grand les portes, laissant passer le soleil pour sécher les murs. Ma maison, elle en a vu d’autres, des crues ! La priorité, c’est de s’entraider dans les jours à venir et le nettoyage, dès que l’électricité sera revenue.

Le redoux permet de faire sécher l’électroménager resté sous l’eau. Franck Dubray / Ouest France
Les Cheffois sont résilients, mais s’apprêtent à affronter des semaines de fatigue. Pour le couple de retraités Dominique et Alain, le plus dur reste à venir
. Les maisons les plus concernées, et les habitants les moins préparés, pourraient faire de tristes découvertes dans les jours à venir, une fois la Sarthe descendue sous les 6 m. Je me souviens de la grande crue de 1995, pose Alain. Tout avait chaviré, ça flottait. Ce n’était pas beau à voir. L’après, pour l’avoir vécu en tant que bénévole, c’est le plus dur.

Les Cheffois se préparent à la décrue et anticipent les jours de nettoyage à venir. Franck Dubray / Ouest France
Décrue amorcée
Le niveau de la crue à Cheffes est encore exceptionnellement élevé, avec 6 m 40 de hauteur. Selon la mairie, des techniciens Enedis devraient être dépêchés sur place, mercredi matin, pour faire le point sur les rues ou le courant pourrait être rétabli. Un arrêté de la mairie devrait être publié dans la foulée, vers 14 h, pour annoncer la réouverture partielle pour les secteurs les moins touchés.