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« Ce n’est pas grave, ce ne sont que des vieux… » : le plan « grand âge » passe à nouveau à la trappe... |
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D’ici à 2050, le pays comptera près de 23 millions de Français d’au moins 60 ans (cinq millions de plus qu’en 2021) et 2,8 millions de personnes en perte d’autonomie. © GUILLAUME SALIGOT / OUEST FRANCE
Charlotte Parmentier-Lecocq, la ministre de l’Autonomie, quitte le gouvernement pour retrouver l’Assemblée nationale. La présentation de son plan « grand âge », prévue le 12 février, a été reportée sine die. « Cette inconstance n’est plus acceptable », fustige Jean-Christophe Amarantinis, à la tête du syndicat Synerpa.
Une mutation inattendue… qui se précise. D’ici à quelques jours, dans la foulée du départ de la ministre de la Culture Rachida Dati, candidate à la mairie de Paris, la ministre déléguée à l’Autonomie et aux Personnes handicapées fera également ses cartons. Après seize mois passés auprès de Michel Barnier, François Bayrou et Sébastien Lecornu, Charlotte Parmentier-Lecocq veut retrouver son siège de députée et le groupe Horizons de l’Assemblée, afin de permettre à son suppléant de participer aux élections municipales dans le Nord, les 15 et 22 mars. Un choix assumé, par celle qui entend aussi s’engager dans la prochaine campagne présidentielle d’Edouard Philippe pour 2027.
« L’aveuglement de la France »
La future parlementaire abandonne donc les dossiers qui lui avaient été confiés. À commencer par le plan « grand âge » qu’elle prépare depuis plusieurs mois et devait dévoiler… ce jeudi au ministère de la Santé. La rencontre a été reportée sine die. De quoi agacer les professionnels du secteur, usés par des années de promesses non tenues, tant par Nicolas Sarkozy et François Hollande que par Emmanuel Macron. « Ce n’est pas grave, ce ne sont que des vieux… », réagit Pascal Champvert avec ironie. Le vice-président de l’Association des directeurs au service des personnes âgées dénonce « des renoncements sur renoncements et l’aveuglement de la France sur la situation démographique ».
« Au pied du mur »
D’ici à 2050, selon une étude de la Direction de la recherche, de l’évaluation et des statistiques (Drees), le pays comptera près de 23 millions de Français d’au moins 60 ans (cinq millions de plus qu’en 2021) et 2,8 millions de personnes en perte d’autonomie. « Nous sommes au pied du mur, insistent plusieurs directeurs d’établissement. Le temps des concertations, des tours de France et des mesurettes est terminé. Il nous faut un plan ambitieux et financé », réclament-ils, évaluant à 200 000 le nombre d’emplois à créer pour l’autonomie, dont 118 000 aides à domicile. « Le grand âge est la variable d’ajustement de l’instabilité politique. Un portefeuille qu’on déplace au gré des remaniements. Cette inconstance n’est plus acceptable », fustige Jean-Christophe Amarantinis, à la tête du syndicat Synerpa.
Dix milliards par an
Si ce plan « grand âge » de Charlotte Parmentier-Lecocq ne faisait pas l’unanimité parmi les professionnels du secteur, parce que « manquant de souffle » selon eux, « il avait au moins le mérite d’exister. Maintenant, il est remis en cause », déplore Jean-Christophe Amarantinis. Lequel attend, désormais, une « vraie prise de conscience de l’urgence » au sein du gouvernement actuel et des suivants. « Il faut écouter les acteurs de cette filière du grand âge. Tout le monde se plaint ! Pour tout remettre d’équerre dans la Caisse de solidarité pour l’autonomie, il faudrait dix milliards supplémentaires chaque année ». Pas certain que Sébastien Lecornu ait cette somme dans son porte-monnaie… D’autant qu’il prévoit déjà de dépenser 250 millions, cette année, pour recruter 4 500 professionnels en Ehpad. Un plus, mais forcément insuffisant.